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Coulez mes larmes, dit le policier [Flow My Tears, the Policeman Said - fr]

Электронная книга - «Coulez mes larmes, dit le policier [Flow My Tears, the Policeman Said - fr]». Краткое содержание книги:

Jason Taverner est un homme comblé : toutes les semaines, 30 millions de Fans regardent son show télévisé.
Mais il se réveille un matin dans une chambre d'hôtel sordide pour s'apercevoir que son identité s'est évanouie sans laisser de trace : même sa maîtresse, la belle Heather Hart, ne se souvient plus de lui.
Une situation pour le moins inconfortable, dans un Etat ultra-policier où tout défaut de papiers d'identité suffit à vous faire expédier dans un camp de travail…
Seulement voilà : ce n'est pas un homme comme les autres. Produit d'une expérience secrète, Taverner est un six, un mutant aux nerfs d'acier qui mènera une lutte sans merci, sous les yeux d'un pol sentimental, contre la folie où vient de basculer le monde…
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Je dispose de trois atouts, songea-t-il. J’ai de l’argent, une bonne gueule et de la personnalité. Quatre, même : je suis aussi un six de quarante-deux ans.

Un appartement…

Mais si j’en loue un, le gérant de service prendra mes empreintes digitales, conformément à la loi : elles seront envoyées au Central Pol-Dat… et quand la police découvrira que mes papiers sont faux, je serai entre leurs mains. Donc, pas question.

Ce qu’il faut, c’est dénicher quelqu’un qui a déjà un appartement. À son nom et dont on a pris les empreintes.

C’est-à-dire lever une fille.

Mais où dégoter une fille répondant à ces spécificités ?

Il avait déjà la réponse sur le bout de la langue : dans une boîte chic. Le genre de boîtes où vont beaucoup de femmes… Avec un orchestre de trois hommes bien habillés, noirs de préférence, qui jouent du pseudo-jazz.

Mais est-ce que je suis assez élégant ? Il examina attentivement son complet de soie à la lumière d’une énorme enseigne AAMCO blanche et rouge. Ça allait à peu près, bien qu’il fût froissé. Enfin, dans la pénombre d’une boîte, on n’y verrait que du feu.

Il héla un aérotaxi qui l’emporta vers les quartiers moins mal famés dont il avait l’habitude. Enfin, tout du moins, au cours des dernières années de sa vie, de sa carrière. Depuis l’époque où il était arrivé au sommet de l’échelle.

Un club où je me suis déjà exhibé. Un club que je connaisse bien. Dont je connais le maître d’hôtel, la fille du vestiaire, la fleuriste… À moins qu’ils n’aient changé, eux aussi, comme moi.

Mais jusqu’à présent, il semblait que rien n’avait changé en dehors de lui. C’était sa situation qui avait changé, pas celle des autres.

Le Salon du Renard Bleu au Hayette Hotel de Reno. Il y avait joué pas mal de fois. Il connaissait les lieux comme sa poche. Et le personnel.

— Reno, ordonna-t-il au taxi.

Le véhicule vira gracieusement à droite en faisant une ample courbe et accéléra. Ravi, Jason se laissait aller. Le couloir aérien était pratiquement désert et la vitesse maximale autorisée allait probablement jusqu’à vingt mille kilomètres/heure.

— Je voudrais téléphoner.

La cloison de gauche coulissa et un vidéophone dont le cordon entortillé faisait un chou baroque jaillit de la niche.

Jason composa le numéro du Renard Bleu qu’il savait par cœur. Au bout d’un instant, le déclic retentit et une voix aux sonorités graves dit :

— Ici le Renard Bleu où Freddy l’Hydrocéphale présente son numéro tous les soirs à vingt heures et à minuit. Trente dollars seulement et la maison fournit les filles pendant le spectacle. En quoi puis-je vous être utile ?

— C’est ce bon vieux Jumpy Mike ?

— Oui, lui-même. (Le vernis cérémonieux de la voix s’écailla.) À qui ai-je l’honneur de parler ? demanda Jumpy Mike avec un gloussement cordial.

Jason prit une profonde aspiration.

— Ici Jason Taverner.

Jumpy Mike parut déconcerté.

— Je suis désolé, monsieur Taverner, mais, actuellement, il m’est absolument impossible…

— Ça fait longtemps, l’interrompit Jason. Pouvez-vous me réserver une table proche de la scène ?

— Elles sont toutes retenues, monsieur Taverner, grasseya Jumpy Mike de sa voix d’obèse. Je suis vraiment navré.

— Vous n’avez pas une seule table ? À n’importe quel prix ?

— Je suis navré, monsieur Taverner, répéta l’autre sur un ton qui prenait ses distances. Nous n’en avons plus une seule. Rappelez-nous dans quinze jours.

Et le bon vieux Jumpy Mike raccrocha. Silence. Seigneur ! s’exclama Jason intérieurement.

— Nom de Dieu ! lâcha-t-il à voix haute. Le diable l’emporte !

Il grinça des dents, déclenchant des ondes de douleur d’un bout à l’autre de son nerf trijumeau.

— On change de direction ? s’enquit le taxi en atonal.

— Allons à Las Vegas, bredouilla Jason.

Je vais essayer le Nellie Melba, aux Armes de Drake, décida-t-il. Il n’y avait pas longtemps, la chance lui avait souri, là-bas. C’était pendant qu’Heather Hart faisait une tournée en Suède. Un nombre raisonnable de poupées raisonnablement distinguées y allaient pour jouer, boire et écouter les artistes. Il valait la peine de tenter le coup si le Renard Bleu et les autres boîtes du même cru lui étaient fermés. Après tout qu’avait-il à perdre ?

Une demi-heure plus tard le taxi le déposa sur la terrasse des Armes de Drake. Grelottant dans la nuit glaciale, Jason se dirigea vers le somptueux tapis de descente. Au bout de quelques instants, il émergea dans l’ambiance chaude, colorée, lumineuse et animée du Nellie Melba.

Il était sept heures et demie. Le premier spectacle n’allait pas tarder à commencer. Il jeta un coup d’œil au programme. Freddy l’Hydrocéphale faisait aussi son numéro ici mais écourté et pour un cachet inférieur. Peut-être qu’il se souviendra de moi. Probablement pas. Sûrement pas, réflexion faite. Aucune chance.

Si Heather Hart ne se souvenait pas de lui, personne d’autre ne s’en souviendrait.

Il s’installa sur le seul tabouret encore libre devant le bar et quand le barman le remarqua, il commanda un scotch-miel chaud. Une lamelle de beurre flottait à la surface du breuvage.

— Trois dollars, dit le barman.

— Vous n’aurez qu’à mettre ça sur ma…

Jason s’interrompit et sortit un billet de cinq dollars.

Ce fut alors qu’il la vit.

Elle était assise un peu plus loin. Il avait été son amant pas mal d’années auparavant et ne l’avait pas revue depuis une éternité. Mais elle a encore de l’allure, observa-t-il, bien qu’elle ait pris de la bouteille. Ruth Rae… Le vrai coup de veine !

Une chose à porter à son crédit : elle était assez intelligente pour éviter de trop bronzer. Rien ne vieillit autant la peau d’une femme que le bronzage et peu de femmes paraissent le savoir. À son âge – Ruth devait maintenant avoir trente-huit ou trente-neuf ans – le hâle aurait transformé son épiderme en une sorte de cuir parcheminé.

En outre, elle savait s’habiller et mettre en valeur sa superbe silhouette. Si seulement le temps n’avait pas pris autant de rendez-vous avec son visage… En tout cas, elle avait toujours de magnifiques cheveux noirs, remontés en chignon sur la nuque. Ses faux cils en plastique, autant de scintillantes balafres violettes sur ses joues, comme si elle avait été griffée par un tigre psychédélique.

Avec son sari bariolé, ses pieds nus – comme d’habitude, elle s’était débarrassée n’importe où de ses souliers à hauts talons – et sans lunettes, elle n’était franchement pas mal. Ruth Rae… Les vêtements qu’elle coud elle-même, les lunettes qu’elle ne met jamais quand il y a quelqu’un aux environs… sauf moi. Lit-elle toujours la Sélection du Livre du Mois ? Se passionne-t-elle encore pour ces interminables et mornes romans sur les perversions sexuelles pratiquées dans d’étranges petites bourgades du Middle West apparemment normales ?

C’était l’une des caractéristiques de Ruth Rae : elle était obsédée par le sexe. Une année, il se rappelait qu’elle s’était envoyé soixante bonshommes, lui non compris : il avait tenté sa chance plus tôt, quand les statistiques étaient moins impressionnantes. Et elle avait toujours aimé la musique de Jason. Elle aimait les chanteurs sexy, les ballades pop et les guitares langoureuses jusqu’à l’indigestion. À une époque, elle avait fait installer dans son appartement de New York un gigantesque compact hi-fi et vivait quasiment cloîtrée, mangeant des sandwiches diététiques et buvant des boissons synthétiques visqueuses et glacées, fabriquées avec trois fois rien. Pendant quarante-huit heures d’affilée, elle écoutait l’un après l’autre les disques des Purple People, un groupe qu’il exécrait, quant à lui.

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