Coulez mes larmes, dit le policier [Flow My Tears, the Policeman Said - fr]
- Автор: Дик Филип Кайндред
- Год: 1988
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-277-22451-0
- Переводчик: Michel Deutsch
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Coulez mes larmes, dit le policier [Flow My Tears, the Policeman Said - fr]». Краткое содержание книги:
Mais il se réveille un matin dans une chambre d'hôtel sordide pour s'apercevoir que son identité s'est évanouie sans laisser de trace : même sa maîtresse, la belle Heather Hart, ne se souvient plus de lui.
Une situation pour le moins inconfortable, dans un Etat ultra-policier où tout défaut de papiers d'identité suffit à vous faire expédier dans un camp de travail…
Seulement voilà : ce n'est pas un homme comme les autres. Produit d'une expérience secrète, Taverner est un six, un mutant aux nerfs d'acier qui mènera une lutte sans merci, sous les yeux d'un pol sentimental, contre la folie où vient de basculer le monde…
Brusquement, il lui vint à l’esprit que dès que le laboratoire aurait acquis la conviction que ses papiers d’identité étaient falsifiés, le numéro du laissez-passer, son nom, sa photo seraient transmis à tous les postes de contrôle de la police d’un bout à l’autre de la planète.
Mais, d’ici là, il était en sécurité.
DEUXIÈME PARTIE
7
À l’heure où s’annonçaient les premiers gris du crépuscule, avant que l’activité de la nuit ne fleurît sur le ciment des trottoirs, le général de police Felix Buckman posa son opulent aéromobile de fonction sur le toit du bâtiment de l’Académie de police de Los Angeles. Il resta encore un moment à bord à lire les articles de première page de l’unique journal du soir, puis replia soigneusement ce dernier, le mit sur la banquette arrière, déverrouilla la portière et sortit.
C’était l’heure morte. L’équipe de jour commençait à vider les lieux, celle de nuit n’était pas encore arrivée.
L’heure qu’il aimait. Il avait alors l’impression que l’immense bâtiment lui appartenait. « Et le monde s’abandonne à l’ombre et à moi », songea-t-il, citant l’Élégie de Thomas Gray, son poète favori depuis l’enfance.
Grâce à son passe personnel, il ouvrit le sphincter express qui le parachuta rapidement au niveau quatorze, le sien. Là où il travaillait depuis qu’il avait l’âge d’homme, ou presque.
Des alignements de bureaux vides. Toutefois, tout au fond de la grande salle, un officier était encore là, laborieusement occupé à rédiger un rapport. Et, plantée devant le distributeur automatique, une femme policier buvait son café dans un gobelet Dixie.
— Bonsoir, fit Buckman.
Il ne la connaissait pas, mais cela n’avait pas d’importance, elle le connaissait, comme tous ceux du service.
— Bonsoir, monsieur Buckman.
Elle se redressa comme pour se mettre au garde-à-vous.
— Fatiguée ?
— Pardon, monsieur ?
— Rentrez chez vous.
Buckman passa devant elle, contourna la dernière rangée de bureaux, la file des cubes en métal gris sur lesquels se traitaient toutes les affaires concernant cette branche de la police de la Terre. La plupart étaient vides. Les policiers avaient terminé leurs tâches avant de s’en aller. Mais plusieurs papiers étaient posés sur le bureau 37. Voici quelqu’un qui a fait des heures supplémentaires, se dit Buckman. Et il se pencha pour lire la plaque identificatrice.
L’inspecteur McNulty, naturellement. Le prodige de l’Académie, formé sur le tas, ruminant toujours des conspirations et des vestiges de trahisons… Buckman sourit, s’assit dans le fauteuil pivotant et s’empara des papiers.
La photocopie d’un dossier caché dans les caves de la police. Qui s’était matérialisée à l’appel d’un fonctionnaire d’un zèle et d’un poids exagérés. L’inspecteur McNulty. Une petite note au crayon : « Taverner n’existe pas. »
Curieux, se dit le général en commençant à feuilleter le dossier.
— Bonsoir, monsieur Buckman.
C’était son adjoint, Herbert Maime, un garçon jeune et pointu, élégamment vêtu d’un costume civil, privilège qu’il partageait avec Buckman.
— Il semble que McNulty travaille sur le dossier de quelqu’un qui n’existe pas, lui dit ce dernier.
— Dans quel commissariat n’existe-t-il pas ?
Les deux hommes s’esclaffèrent. Ils n’aimaient pas particulièrement McNulty, mais la police grise avait besoin de gens comme lui. Tout serait parfait si les McNulty de l’Académie ne s’élevaient pas aux niveaux supérieurs de la hiérarchie. En tout cas, Buckman n’y était pour rien.
« Le sujet a faussement déclaré s’appeler Jason Taverner. Dossier erroné concernant Jason Tavern, de Kememmer, Wyoming, réparateur de moteurs diesels, a été communiqué. Le sujet a prétendu être Tavern et avoir subi opération de chirurgie esthétique. Pièces d’identité établies au nom de Taverner Jason mais pas d’antécédents correspondants. »
Intéressant, songea Buckman en continuant à lire les notes de McNulty. Absolument aucune trace de cet homme. Il alla jusqu’au bout :
« Bien habillé. Donne l’impression d’avoir de l’argent et peut-être assez d’influence pour avoir fait retirer son dossier du fichier central. Me suis informé de ses relations avec Katharine Nelson, contact pol dans le secteur. Sait-elle qui il est ? À tenté de le couvrir, mais le contact pol 1659BD a implanté un micro-émetteur sur le sujet. Ce dernier est actuellement dans un taxi, secteur N8823B, se dirigeant vers Las Vegas. Doit se présenter le 11/4 à 22 heures, heure de l’Académie. Prochain rapport à 14 h 40, heure de l’Académie. »
Katharine Nelson… Buckman l’avait rencontrée une fois à l’occasion d’un stage d’orientation des contacts pols. Elle ne livrait que les individus qu’elle n’aimait pas. Buckman éprouvait pour elle une bizarre admiration informulée. Après tout, s’il n’était pas intervenu, elle aurait été expédiée le 4 août 82 dans un camp de travail forcé en Colombie britannique.
— Passez-moi McNulty au vidéophone, ordonna-t-il à Herbert Maime. Il serait bon que j’aie une petite conversation avec lui.
Quelques instants plus tard, Maime lui tendit l’appareil. Sur le petit écran gris apparut la tête de McNulty, aussi chiffonnée que son salon. Mesquins et négligés, l’un comme l’autre.
— Oui, monsieur Buckman, dit-il, tâchant d’accommoder son regard et de rectifier sa position malgré sa lassitude. (En dépit de la fatigue et de la dose de dope ingurgitée, McNulty savait exactement comment se comporter devant ses supérieurs.)
— Mettez-moi succinctement au courant de cette histoire Jason Taverner. Je suis perdu dans vos notes.
— Le sujet a loué une chambre d’hôtel au 453, Eye Street. À sondé le contact pol 1659BD, connu sous le nom d’Ed, pour lui demander de le mettre en rapport avec un faussaire. Ed lui a collé un micro-émetteur et il l’a conduit auprès du contact 1980 CC, Kathy.
— Katharine Nelson ?
— Oui, monsieur. De toute évidence, elle a fait un travail remarquable. Les tests préliminaires effectués par le laboratoire ont montré que les fausses cartes étaient presque parfaites. Elle voulait sûrement qu’il s’en tire.
— Vous avez vu Katharine Nelson ?
— Je les ai vus tous les deux chez elle. Ni l’un ni l’autre ne se sont montrés coopératifs. J’ai examiné les pièces d’identité du sujet mais…
— Elles avaient l’air authentiques.
— Oui, monsieur.
— Vous pensez toujours être capable de vous prononcer à l’œil ?
— Oui, monsieur Buckman. Le travail a été si bien exécuté que le sujet a pu passer un point de contrôle volant sans être inquiété.
— Il mérite d’être félicité.
— Je lui ai pris ses papiers, enchaîna McNulty, et lui ai fait délivrer un sauf-conduit renouvelable d’une validité de 7 jours. Puis je l’ai fait venir au commissariat 469 où j’ai mon bureau auxiliaire et j’ai réclamé son dossier. J’ai reçu celui de Jason Tavern. Le sujet m’a parlé en long et en large d’une opération de chirurgie plastique qu’il aurait subie. L’histoire paraissant plausible, nous l’avons laissé repartir. Non, attendez… je ne lui ai donné le laissez-passer qu’après.