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Электронная книга - «Les Essais - Livre II». Краткое содержание книги:

Les Essais - Livre II
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8. Leur discipline militaire était beaucoup plus rude que la nôtre, et produisait donc des effets fort différents. Voici un trait étonnant à ce propos : il fut reproché à un soldat de Sparte d'avoir été vu à l'abri dans une maison, pendant une expédition. Ces soldats étaient tellement endurcis que c'était pour eux une honte, en effet, d'être vus sous un autre toit que celui du ciel, quel que soit le temps. Et Scipion Émilien, reformant son armée en Espagne, ordonna à ses soldats de ne manger que debout, et rien qui soit cuit. À ce compte-là, nous ne mènerions pas bien loin nos soldats d'aujourd'hui !

9. Au demeurant, Ammien Marcellin, bon connaisseur des guerres romaines, note soigneusement la façon de s'armer des Parthes, et ce d'autant plus qu'elle est très différente de celle des Romains. [Comme elle me semble très proche de la nôtre, j'ai voulu emprunter ce passage à son auteur, ayant déjà pris autrefois la peine de dire en détails ce que je savais sur la comparaison de nos armes avec celles des Romains. Mais ce passage de mes brouillons m'ayant été dérobé — ainsi que plusieurs autres — par un homme qui était à mon service, je ne veux point le priver du profit qu'il espère en tirer... et d'ailleurs il me serait bien difficile de mâcher deux fois la même viande.]126.

10. « Ils avaient, dit-il, des armures tissées avec des sortes de petites plumes : elles n'entravaient pas leurs mouvements, et pourtant étaient si résistantes que nos flèches rebondissaient sur elles (ce sont comme les “écailles” dont nos ancêtres faisaient couramment usage). » Et ailleurs il ajoute : « Ils avaient des chevaux forts et robustes, recouverts de gros cuir, et eux-mêmes étaient bardés, de pied en cap, de grosses lames de fer, arrangées de telle façon qu'à l'endroit des jointures des membres elles se prêtaient aux mouvements. On eût dit des hommes de fer, car ils avaient des casques si parfaitement ajustés aux formes naturelles des différentes parties du visage qu'il n'y avait pas moyen de les atteindre, sauf par les petits trous ronds à l'endroit des yeux, qui leur donnaient un peu de lumière, et par des fentes sur le nez par où ils respiraient, assez malaisément d'ailleurs. »

Spectacle effroyable ! le métal flexible de l'armure

Semble animé par les membres qu'il recouvre...

On dirait des statues de fer qui marchent,

Des guerriers de métal, et qui pourtant à travers lui respirent;

Les chevaux sont de même : leurs fronts menaçants

Sont bardés de fer, et leurs flancs ferrés

Se meuvent aussi à l'abri des blessures.

[Claudien Oeuvres : In Ruffinum II, 358]

 

Voilà une description qui ressemble très fort à l'équipement d'un homme d'armes français, bardé de toutes les pièces de son armure !

11.Plutarque dit que Demetrios fit faire pour lui-même, et pour Alcinos, le capitaine qui était le premier après lui, une armure complète qui pesait cent-vingt livres, alors que les armures ordinaires n'en pesaient que soixante.

Chapitre 10

Sur les livres

1. Cela ne fait pas de doute : il m'arrive souvent de parler de choses qui sont mieux traitées par leurs spécialistes, et plus à fond. Je ne fais qu'utiliser ici mes capacités naturelles, et pas des connaissances acquises, et si on me convainc d'ignorance, cela ne m'atteindra pas, car je serais bien en peine de me justifier envers autrui de ce que j'avance, quand je ne puis m'en justifier envers moi-même, et n'en suis pas satisfait. Qui est en quête de science, qu'il la cherche où elle se trouve : quant à moi, il n'est rien dont je fasse moins profession. Ce sont ici mes idées, et par elles je ne cherche pas à faire connaître les choses — mais moi. Je connaîtrai peut-être un jour les sujets dont je traite, ou bien ils l'ont été autrefois, quand le hasard m'a porté là où ils étaient clairs. Mais127 je ne m'en souviens plus. Et si je suis homme qui a fait quelques lectures, je n'ai pas de mémoire.

2. Ainsi je ne garantis rien, si ce n'est de faire connaître jusqu'à quel point va, pour le moment, la connaissance que j'ai de moi. Qu'on ne s'attache pas aux sujets que je traite, mais à la manière dont je les traite128.

3. Qu'on regarde en ce que j'emprunte si j'ai su choisir quelque chose qui rehausse ou appuie convenablement le reste, qui lui, est bien de moi. Car je fais dire aux autres, non pas d'abord, mais ensuite, ce que je ne parviens pas à dire aussi bien, à cause de la faiblesse de mon langage, ou de mon esprit. Je ne compte pas mes emprunts : je les soupèse. Et si j'avais voulu les faire valoir par leur nombre, j'en aurais mis deux fois plus. Ils viennent tous, ou fort peu s'en faut, de noms si fameux et si anciens qu'ils me semblent se nommer d'eux-mêmes, sans avoir besoin de moi. Dans les raisonnements, comparaisons et arguments, si j'en transplante dans mon propre champ, pour les mélanger aux miens, je cache parfois volontairement le nom de leur auteur, pour freiner la témérité de ces critiques hâtives, que l'on profère à propos de toutes sortes d'écrits, et notamment récents, œuvres d'hommes encore vivants et écrites dans la langue « vulgaire », celle d'aujourd'hui, ce qui permet à tout un chacun d'en parler, et qui semble donner à penser que la conception et le dessein de l'œuvre elle-même sont, eux aussi, vulgaires. Je veux que ces gens-là croyant me donner une pichenette sur le nez la donnent en fait sur celui... de Plutarque ! Et qu'ils se ridiculisent à injurier Sénèque à travers moi. Il me faut bien dissimuler ma faiblesse sous ces grandes autorités.

4. J'aimerais que quelqu'un sache me découvrir là-dessous, par la clarté de son jugement, et simplement en observant la force et la beauté des propos. Car moi, qui faute de mémoire, ne parviens jamais à les trier en reconnaissant leur origine, je sais pourtant très bien reconnaître, conscient que je suis de mes capacités, que mon terreau n'est pas capable de nourrir ces fleurs trop riches dont il est parsemé, et que tous les fruits de mon propre cru ne sauraient les égaler.

5. Je suis tenu de me justifier si je m'empêtre dans mes développements ou s'il y a de la vanité et du vice dans ce que je dis, et que je ne le sente pas, ou que je ne sois pas capable de voir quand on me les montre. Car bien des fautes échappent à notre vue : mais il y a défaut de jugement lorsqu'un autre nous les révèle et que nous ne parvenons quand même pas à les voir129. La science et la vérité peuvent exister en nous sans le jugement, et le jugement sans elles. Savoir reconnaître son ignorance est en vérité l'un des plus beaux et plus sûrs témoignages de jugement que je puisse trouver. Pour disposer mes fragments, je n'ai point d'autre sergent de bataille130 que le hasard. Au fur et à mesure que mes ruminations131 se présentent, je les entasse ; tantôt elles se pressent en foule, tantôt elles se traînent à la queue leu leu. Je veux qu'on puisse voir mon pas naturel et ordinaire, si irrégulier soit-il. Je vais à l'allure qui me convient. D'ailleurs je ne traite pas ici de sujets qu'il serait défendu d'ignorer, et dont on ne pourrait parler occasionnellement et même un peu à la légère.

6. J'aimerais avoir une meilleure compréhension des choses, mais je ne veux pas en payer le prix. Ce que je veux, c'est passer tranquillement, et non laborieusement, ce qui me reste à vivre. Il n'est rien qui mérite que je me casse la tête, même pas la science, aussi importante qu'elle soit. Je ne cherche dans les livres qu'à y prendre du plaisir, par une honnête distraction. Et si j'étudie, ce n'est que pour y chercher la science qui traite de la connaissance de moi-même, et qui m'instruise à bien mourir et à bien vivre.

Voilà le but vers lequel doit courir mon cheval en sueur.

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