Bouge ton pied, que je voie la mer
- Автор: Дар Фредерик
- Серия: Le Commissaire San-Antonio #109
- Год: 1982
- Язык: французский
- Год: Éditions Fleuve Noir
- ISBN: 2-265-01992-5
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «Bouge ton pied, que je voie la mer». Краткое содержание книги:
J'ai bougé mon pied.
Elle a vu la mer.
Et du même coup, le spectacle le plus effarant, le plus incrédulant, le plus tout ce que tu voudras qui se puisse imaginer !
Si tu ne crains pas les péripéties, entre avec nous dans la ronde, mon pote.
On n'a pas le temps de s'embêter.
D'ailleurs, on n'a même pas le temps de comprendre.
Mais on n'est pas là pour ça, hein ?
Je le retire, le fourre dans un sac de lavatory, destiné généralement aux dames lors de cette période qui fait d’elles de brillantes pipeuses et je prie Véra de m’attendre.
Cap sur le logement du beau monsieur noir.
Il crèche deux bâtiments plus loin que nous, au dernier niveau, et dispose d’une terrasse joliment ensoleillée.
M’étant permis d’entrer chez lui par les fractions, et marchant sur la pointe de mes semelles crêpe, je le surprends armé d’une paire de jumelles, explorant la plage, le ciel, la mer qu’on voit danser, le grouillement des touristes, l’arrivée des flics à bicornes et des autres à casquettes plates.
— C’était réussi, n’est-ce pas ? lui fais-je aimablement.
Equal se retourne et laisse pendre ses jumelles sur sa poitrine, grâce à la dragonne qui les affuble (Je le sais, vieux nœud, qu’on devrait dire « dont elles sont affublés », mais qu’est-ce que ça peut foutre puisque tel est mon bon plaisir fureteur ?). Le Noir prend ses lunettes cerclées d’or qu’il avait déposées sur le rebord de la balustrade et me regarde sans sourire.
— C’est curieux, dit-il, il m’avait bien semblé que j’avais fermé la porte à clé.
— Rassurez-vous, m’empressé-je : votre mémoire ne donne pas de la bande, cher ami ; fermée, elle l’était votre porte avant que je n’arrive, comme était innocent le téléphone de ma chambre avant que vous ne lui adjoigniez ces différentes bricoles.
Je vide mon sac sur la table.
Le Noir reste un pas vide.
— Le temps est déjà venu pour nous d’accorder nos violons, mon bon, poursuis-je. J’aimerais savoir pour quelle maison vous voyagez !
Il s’assied dans un fauteuil de cuir blanc, qui le met pleinement en valeur, et croise ses jambes dont on lit l’intéressante musculature à travers le pantalon de lin bleu.
— Vous parlez un langage que je ne comprends pas, répond-il, très tête de pioche sous ses cheveux luisants, plaqués à lui faire éclater le bol.
— Écoutez, Walter, la tyrolienne des protestations, laissez ça aux petits voleurs de Prisunic, reprends-je. Pour vous dire vrai et tout, hier soir, j’étais planqué derrière les rideaux de la mère Kaufmann lorsque vous avez été placer le même fourbi chez elle. Appareillage très sophistiqué, d’ailleurs. On atteint à une miniaturisation fabuleuse. En outre, je vous ai vu, au bar, quand vous avez versé votre poudre de perlimpinpin dans le verre de cette pocharde. Vous le voyez, je joue franc-jeu. A votre tour de vous aligner sur ma longueur d’onde.
Walter, qui m’était sympa, opère un revirement qui ne l’est pas.
— Je ne comprends rien à vos boniments et vous ne pouvez fournir aucune preuve de ce que vous avancez !
— Je possède plus qu’une preuve : j’ai été le témoin oculaire de ce que je viens de dire. Étant officier de police, donc assermenté, mon témoignage pèse son pesant de moutarde forte.
— De moutarde française, sans doute, mais nous nous trouvons en Espagne. Ici, c’est votre parole contre la mienne. A moins que vous n’escomptiez des réactions bassement racistes qui donneraient l’avantage à votre peau plus qu’à vos affirmations.
Je réprime la châtaigne qui grimpe quatre à quatre à mes phalanges. Cet homme sera inébranlable (bien qu’il y ait de la prise, si j’en juge au renflement de son bénoche). Nier l’évidence fait partie de son turbin.
— Vous êtes au courant de l’événement, puisque vous l’avez suivi à la jumelle ? dis-je pour changer de sujet.
— Étrange histoire, répond le Noir.
— C’est le moins qu’on puisse dire. Le monde entier va se remuer le cul pour en savoir davantage. Les services secrets de la planète vont débouler à Marbella. Dans un tel contexte, mister Equal, ma petite histoire aura plus de retentissement que si je l’allais narrer en temps ordinaire aux flics locaux. Voulez-vous parier que je trouverai des oreilles crédules ?
Il ne répond pas et fourbit ses besicles contre sa chemise. L’ai-je convaincu que son attitude ne rimait à rien ?
Un coup de sonnette impératif retentit. Comme il est chez lui, je le laisse aller ouvrir.
— Faut qu’j’voie m’sieur Santonio dare-dare ! déclare une voix familieuse.
Et voilà mon Béru qui s’apporte, les paupières gonflées comme des phares de moto, la bouche encore comateuse.
— Te voilà réveillé, belle excroissance ! l’accueillis-je.
— Mande pardon, mais faut que je vais te parler rapidos, mec, si tu voudrais bien me suivre…
— Je suis en pleine converse avec monsieur, c’est très important.
— Rien ne peut z’être plus important que ce dont j’ai à te dire, Sana.
Il est grave, agité. Il a mis son pantalon à l’envers, ce qui risquera de le gêner lorsque sa vessie posera ses conditions.
Mal remis de son valdingue soporifique, il jacte comme si on avait remplacé son dentier par une pomme cuite.
Je lui cueille le bras, comme on prend un cuisseau de veau pour l’aller offrir aux gentils petits Polonais qui aimeraient tant tellement ne plus être européens un jour pour voir l’effet que ça fait.
— Vous permettez, Walti, qu’on aille bavarder sur votre jolie terrasse ?
Il a un geste noble, vague et affirmatif.
Le Mastard s’excite de plus rechef :
— Écoute, mec, de source motorisée, j’peux t’dire que quéqu’ chose d’un peu pas banal va s’produire dans les environs au jord’hui.
— Quoi, par exemple ?
— L’espérimentance d’un engin jamais vu dont à propos de quoi j’peux rien taire, sinon qu’ça va faire du bruit dans le landeau.
— Comment es-tu venu de l’hôpital ici, Alexandre-Benoît ?
— Un louchébem m’a pris en stop su’son camion. Un espèce d’énervé qui jactait comme quand t’est-ce tu renroules la bande d’ton magnéto. Il fonçait comme un dératisé, c’con, pis qu’si y l’aurait drivé une formule un. A plusieurs reprises on s’est trouvés à la limite du hors jeu, d’quoi flouzer dans mon slip si j’l’aurais pas oublié à l’hosto, ce qui n’a pas d’importation du fait qu’il remonte des vacances et qu’j’apprêtais d’en changer pour Noël. Hier, j’voulais t’informer d’ces combines marloupines qui sont en gesticulation dans le bled, mais un serveur de c’t’abelbergo nous a filé un coup de bombinette à gaz dans les naseaux, moi et Mélanie, si bien qu’on a été effacés en deux trous d’gruyère en pot, moi et la môme.
Il reprend souffle, hébète un peu du regard et soupire :
— J’ai soif ! L’ changement d’avec la France, mon pote. Là-bas, c’est la méchante vague de froid : neige et brouillard. Y a des congénères su’les routes des Alpes. Et tu t’pointes laguche, v’là le bel été fourré mimosas, palmiers, orangeades.
Il la ferme enfin.
— Béru, lui dis-je, sais-tu pourquoi l’obligeant boucher qui t’a ramassé était si fonceur et surexcité ? Parce que l’événement s’est produit, mon pote. A l’instar des hommes politiques, tu inventes ce qui existe et prophétises les faits qui se sont déjà produits.
En quatorze mots, deux virgules, un point-virgule, une majuscule et un point final, je lui résume « l’événement ».
Walter a branché la radio où ça déferle sec, espère ! Dans les pays latins, les grandes nouvelles sont narrées en relief et en soixante-dix-huit tours.
— Donc, j’arrive trop tard, boudasse le bouddha.
— Quoi, trop tard ? Qu’aurais-je pu empêcher ?
— Y avait mèche, mec ! Y avait mèche !
— Bon, alors raconte-moi comme il se fait que tu te sois apporté à Marbella, avec la petite radasse, plein d’informations surprenantes et de secrets d’État ?
— J’veux bien, mais avant d’m’lancer, faut qu’j’écluse la moind’ des choses, gars. T’entends pas comme j’cause ? J’ai la menteuse découpée dans d’la feutrine et l’reste du clapoir en papier buvard.