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Bouge ton pied, que je voie la mer

Электронная книга - «Bouge ton pied, que je voie la mer». Краткое содержание книги:

— Bouge ton pied que je voie la mer, soupira Véra.
J'ai bougé mon pied.
Elle a vu la mer.
Et du même coup, le spectacle le plus effarant, le plus incrédulant, le plus tout ce que tu voudras qui se puisse imaginer !
Si tu ne crains pas les péripéties, entre avec nous dans la ronde, mon pote.
On n'a pas le temps de s'embêter.
D'ailleurs, on n'a même pas le temps de comprendre.
Mais on n'est pas là pour ça, hein ?
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La police du cru survoltée par la découverte de deux cadavres dans la vieille ville. Et puis moi, baisant la jolie Véra à perdre ma laine, lui pratiquant tout ce que j’ai pu accumuler de très chouette au cours de mon existence aventureuse (tu trouveras la liste reliée pleine peau de burnes comme prime à la Pléiade, elle te sera remise gratuitement contre l’acquisition de deux kilos de café Grand’mère.

Je suis bien sous la caresse, comme on dit puis en noble littérature, de ce soleil inusité, engendreur de sécheresse, le bougre, que si ça continue, on va être obligés de faire sa toilette à l’eau d’Evian.

Mes pensées sont troublées par l’impact d’un ballon shooté par un petit misérable d’une septaine d’années, ballon que je déguste en pleine poire avant qu’il ne rebondisse sur ma compagne.

Agacée, Véra se dresse sur un coude.

— Ce qu’ils sont tartants avec leurs gosses ! grommelle la Merveilleuse. Tout ça pour fabriquer d’autres cons !

Elle, au langage si châtré, comme dirait le Gravos !

Le menton en équilibre sur ses deux mains superposées, elle laisse surfer son regard sur la vague toute proche.

Et brusquement :

— Est-ce que tu vois ce que je vois ? demande-t-elle d’un ton peureux.

Je mate dans la direction qui lui capte l’attention.

Je n’en crois pas mes yeux, deux points à la ligne. Ne voici-t-il pas qu’une chose énorme, inusitée, inouïe jaillit de l’eau. Cela brille dans un ruissellement indescriptible, ce qui va donc m’épargner de te le décrire. C’est haut, c’est rond, c’est pointu. Une fusée ? Pourquoi pas. A cela près qu’à sa base existe un renflement bizarre, pareil à une grosse couronne percée d’orifices.

L’engin, car c’en est un, s’arrache de l’eau, demeure un moment au-dessus du flot berceur, puis un monstre bouillonnement se produit et il file dans le ciel tel un météore ou un pet le long d’une tringle de rideau.

Stupides de stupeur, nous le regardons gagner les nues et s’y fondre. Un instant, son scintillement fait la nique au soleil, puis le monde redevient superbement indifférent.

— C’était quoi ? demande Véra d’une voix plus blanche que le Nord Canada un soir de Noël patronné par Omo.

— Probablement un dauphin, réponds-je, mais qui saute particulièrement haut.

Les gens, naguère avachis sur la plage, se signent à tour de bras, croyant, les uns à une manifestation divine, les autres à un danger terrestre. Et puis ça se met à jacasser, hurler, s’égailler, glapir, courir, alerter, tout bien comme il se doit dans une foule en panique.

On nous enjambe, nous marche dessus, nous shoote, nous saute, qu’on doit se protéger la théière de nos bras pour éviter la fracture du crâne.

Tout le monde, à l’exception de nos chers zigs, reflue à l’intérieur des terres, comme s’attendant à quelque raz de marée amarré au ras de ma raie, ajouterai-je pour faire divers sillons.

Et Véra, stoïque, confiante en mon calme, me regarde le regard cerné par la stupeur qui se prolonge en elle.

— Non, sans blague, chéri, qu’est-ce que tu penses de cela ?

— Je t’en dirai davantage quand j’aurai lu les journaux de demain, ou écouté la radio de tout à l’heure, ma Sublime. S’il s’agit d’une fusée, elle sera tombée quelque part.

— A moins qu’elle ne se soit perdue dans le cosmos ?

— Dans cette hypothèse, il aurait fallu pour l’y propulser une aire de lancement des plus formidables.

— Elle est partie d’un sous-marin ?

— Tu plaisantes : elle s’est arrachée à moins de cent mètres d’ici, il n’y a pas un fond supérieur à trois ou quatre mètres.

On voit encore le bouillonnement qui continue vers le point d’irruption dans l’atmosphère. Que parlé-je de cent mètres : cinquante, oui ! Tout au plus.

Un transistor oublié par un paniquard continue de mouliner en espagnolade pur fruit (grenade) sur le sable. Un machin genre tango, avec des « tatsoin tatsoin » vachement cuivrés.

— J’ai l’impression que nous venons d’assister à une grande première, déclaré-je.

Mais une sourde angoisse me taraude.

Un pareil événement, dis ! Et je suis témoin à son mariage. Je lève la main droite et je crie : je le jure !

D’emblée, ce qui me saute aux méninges, c’est que ce prodige technique n’est pas sans relation avec les événements de Marbella. Tous ces gens bizarres qui gravitent dans ce coin d’Espagne, dis, c’est pas pour des prunes ! Mme Kaufmann qu’on fout sur écoute privée ! Bob Lanson qui réclamait son pauvre mari, l’autre jour, au Charles Quinte. Le beau Noir Walter Equal. Le Vieux qui, comme par enchantement m’amène ici… L’étrange dame Kasompez-j’sais-plus-où, qui entre en contact avec moi et que deux vilains gorgent de gnole pour la neutraliser ! Ces deux types aperçus dans le palace parisien, en même temps que Bob. La cage à oiseaux vide, amenée de Paris à Marbella. Volée dans la nuit aux coquins que j’ai effacés… Ça fait beaucoup, non ? Ça fait peut-être trop ? Oui, tu trouves ? Faudrait larguer un peu de vapeur ? Jeter du lest ? Et mon Béru ? Qui l’a incité à rappliquer ici ? Qui lui a fait respirer le gaz dont j’ai la flemme de rechercher le nom ? Que d’incidents ! C’est presque grandiose, dans le genre.

— Où vas-tu ? égosille Véra en me voyant gagner le flot berceur.

— Faire trempette, réponds-je.

— Tu es fou, reviens !

Mais un Sana déterminé, c’est pire qu’un taureau fougueux. Le taureau, quand il fonce sur la muleta, cornes basses, essaie un peu de l’amadouer par des « minou-minou » !

Je m’avance dans l’eau. Il a beau faire soleil, la mer se rappelle qu’on est en décembre ; frisquette, la gueuse.

Je ressens des picotements plein sur ma peau comme si cent milliards (au moins) d’aiguilles m’asticotaient en même temps. Des ondes tumultueuses continuent de se former. Le jaillissement de la fusée (je l’appelle ainsi faute de mieux) a durement secoué le fond marin. Que de bulles ! dirait le cher Mac Mahon ! Quelle effervescence ! A croire qu’un phénoménal comprimé l’Alka-Seltzer achève de se dissoudre.

Je m’approche résolument de la zone incriminée. Ça flatule, rucule, postule, dodule, auricule, fascicule, mandibule, crapule, fistule sauvagement. Le petit séisme, quoi !

L’eau est noirâtre comme si cent seiches venaient de jeter l’encre. La plage cesse d’être en pente douce et dévale brutale. En outre, j’éprouve une sensation de brûlure. Dis, tu vois pas que je radioactive !

Fissa, je retourne sur la plage où Véra continue de me héler.

Le ciel est imperturbable, si bleu, si calme. Comme plus rien ne se produit, des hivernants s’enhardissent à revenir. Sur un demi-hectare, la Méditerranée se couvre de poissons morts.

— Circulons, y a plus rien à voir, fais-je à ma compagne.

Je la biche par le bras et nous fendons la foule de plus en plus dense pour regagner nos appartements.

— Si on buvait un grand coup de champ’ pour fêter ça ? suggéré-je.

Je m’approche du téléphone, et, simplement en portant le combiné à mon oreille, constate qu’il est un poil de cul déséquilibré. Il s’agit d’un rien, d’un souffle, mais que je perçois illico étant un homme auquel rien n’échappe, pas même son fondement, ainsi qu’il arriva à Mme Gargamelle, si tes souvenirs sont exacts, ce qui m’étonnerait.

Moi, tu penses ! Je dévisse le fourbi et n’ai aucun mal pour dégauchir le même appareillage mutin que le camarade Walter a posé sur le poste à chère Daisy.

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