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Bouge ton pied, que je voie la mer

Электронная книга - «Bouge ton pied, que je voie la mer». Краткое содержание книги:

— Bouge ton pied que je voie la mer, soupira Véra.
J'ai bougé mon pied.
Elle a vu la mer.
Et du même coup, le spectacle le plus effarant, le plus incrédulant, le plus tout ce que tu voudras qui se puisse imaginer !
Si tu ne crains pas les péripéties, entre avec nous dans la ronde, mon pote.
On n'a pas le temps de s'embêter.
D'ailleurs, on n'a même pas le temps de comprendre.
Mais on n'est pas là pour ça, hein ?
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Le hasard veut qu’ils se dirigent carrément vers moi. Je me rencogne le plus possible, ce qui n’empêche (à la ligne) qu’ils m’avisent lorsqu’ils parviennent à ma hauteur.

Ils se cabrent comme deux chèvres.

Le plus âgé murmure entre ses dents :

— Tu es décidément trop curieux, connard !

En français.

Il amorce un geste. Mais sa réflexion m’a déjà mis en état de mobilisation générale et je me décrète l’état d’urgence. Tu connais ma manchette infernale ? Comment ! Je t’en ai pas encore parlé ? T’auras oublié ! Je l’exécute en deux temps. Préliminaire : un coup de pied de semonce dans les roustons c’est le mieux, mais là je ne dispose pas de suffisamment de recul, alors je lui satonne le tibia. Il grimace, ça le paralyse un instant. C’est la fraction de temps mort que je mets à pertes et profits pour l’assaisonner en lui expédiant le tranchant de ma droite sur la glotte. Ça craque. Il se met à tibuter (il n’a plus assez de conscience pour tituber, tout se brouille) et finit par s’acagnarder au mur. Il serait temps que je m’occupe du numéro deux.

Seulement, lui aussi a des réflexes. De sa paluche libre (il tient la cage de l’autre), le gentil docteur me braque sur l’abdomen une seringue étrangère à ce bon M. Pravaz.

— Fais pas le samouraï, flic ! me conseille-t-il. Autrement je te transperce.

— J’ai une assurance A.G.F., réponds-je.

— En ce cas, l’heureux bénéficiaire est en passe de toucher le paquet, assure le gonzier.

Il demande à la duègne :

— Tu te remets ?

L’autre remue la tête.

— On retourne dans la maison ! décide le brillant praticien.

Un groupe de touristes se pointe en rigolant : des Teutons, tu peux y compter, ça pue déjà la cerveza.

J’ai dû marquer un certain soulagement, car mon braqueur murmure :

— Pavoise pas, flic. Si je t’alignais devant ces tronches, pas un ne lèverait le petit doigt, et ils m’allumeraient même mon cigare si je leur demandais du feu !

La duègne s’est reprise. Un second pétard brille entre ses doigts. Les touristes passent. Moi je vais trépasser, comme disent ceux qui font de vrais jeux de mots.

Bon, il faut se soumettre ou se démettre, qu’ajouteraient les mêmes gens d’esprit.

La maison du retour écœurant.

La porte obéit au passe du docteur.

— Vous faites également dans la serrurerie ? lui demandé-je.

— Et idem dans l’équarrissage, assure le dangereux garçon.

Ils n’avaient pas éteint les loupiotes en partant. Ça brille tout azimut.

— L’office ! ordonne laconiquement le plus âgé.

Le toubib dépose la cage à oiseaux sur une ravissante table aux pieds tournés. Puis les deux me canalisent en direction des communs, eût écrit la mère Rostopchine.

L’office est voûté et dispose d’une monumentale cheminée encombrée de chaudrons, crémaillères, landiers, bassinoires de cuivre et autres bricoles faisant le bonheur des antiquaires de nationales.

Au centre, une table de travail, massive comme un billot de boucher.

— Couche-toi là-dessus ! ordonne le docteur.

— J’espère que vos intentions sont pures ? plaisanté-je.

— Rassure-toi, quand on se fait un flic, c’est avec un flingue.

Je m’installe sur la table. Le plafond en ogive est très beau. Par contre, ça sent le remugle. Moi, cette baraque, je l’habiterais volontiers avec Félicie, le petit Antoine et un gros chat castré à gueule de chanoine qui ronronnerait près de la cheminée dans laquelle je ferais du feu. Tiens, c’serait poilant, m’man et moi en Espagne ! Castagnettes et toros ! Olé !

— Il faut des cordes, dit le vieux.

Le toubib grimace.

— Prends mon feu et garde tes distances, t’as vu qu’il est coriace ?

Il sort. On entend résonner son pas dans la grande maison. En haut, la dame Kasompez Consigno valdingue toujours dans l’inconscience. S’ils lui ont fait ingurgiter deux bouteilles de gnole, elle ne s’en remettra pas. L’ex-duègne me toise d’un œil cruel, méfiant et revanchard.

— Je te réserve une petite séance à ma façon, promet-il.

— Le salut de l’homme est dans le pardon des offenses, mon frère, lui dis-je. Abandonnez tout ressentiment et vous connaîtrez la paix de l’âme.

— Rigole bien, l’ami, rigole pendant que tu peux encore le faire.

— Vous pensez sincèrement me mettre à mal ?

— On n’est pas allés te chercher, mon pote ; quand on fourre son nez dans les affaires des autres, faut s’attendre à être mouché.

Une galopade retentit.

Le second glandu se pointe, sans corde mais avec l’air affolé.

— La cage, bordel ! La cage ! il glapit.

— Quoi, la cage ? demande le plus vioque.

— Où l’as-tu mise ?

— Dans l’entrée, sur une table.

— Elle y est plus !

— Qu’est-ce que tu déconnes ?

— Va voir !

Le vilain cruel fonce précipitamment. Dans son affolement, il est sorti en conservant les deux pétards. Donc, tu tires les conclusions, non ? Pardon ? Ben, oui, tu penses ! D’une détente je bondis de la table sur lui. Le léopard affamé ne se jette pas plus impétueusement sur une porte phacochère boiteuse. Il se prend ma tronche sur la tempe, et de hun ! Secundo, je lui vrille mon poing gauche dans son foie droit (ou d’oie). Tertiaire, il se biche ma droite au menton, voltige en arrière, et va se péter la coquille contre un chenet chenu de la cheminée, que ça représentait un sphinx accroupi. Il devient aussi pensif que cette bestiole, le regard fixé sur la lampe accrochée au plaftard, écarquillé de partout, y compris du cervelet, ce nœud !

Loin de lui porter aide et assistance, j’empare un énorme tisonnier de fer à manche de laiton ouvragé et fonce m’embusquer derrière la porte.

Pas long à attendre. Le vieux se pointe, plus surexcité que cent morpions dans la culotte d’Elisabeth II. Il entre en trombe. Avise son pote, s’arrête, prend mon tisonnier sur la calotte glaciaire et Saint-Phalle, je veux dire : et s’affale.

Ne me reste qu’à ramasser les deux pétards.

Ce dont je.

La baraka m’interprète le grand air de « T’as du pot, l’Antonio », acte trois, verset six. Boudi, ce qu’il fait bon régner sur sa vie !

Je palpe la poitrine du toubib : naze !

Puis, celle de la fausse duègne : ça bat, mais si mon pote, l’horloger Piaget ne vendait que des mouvements aussi pécloteurs, il devrait aller pêcher la moule dans le Léman.

Seconde opération : la foufouille de ces messieurs. Papiers, siouplaît ! Ils ont sur eux des passeports espingos, mais je sais que c’est des fafs bidons, car ces vilains sont français, hélas pour le standing de notre glorieuse nation.

Je les abandonne pour porter secours à Mme Kasompez Machin.

Nota : Il est exact que la cage ne se trouve plus sur la jolie table ancienne.

1.000

— Bouge ton pied, que je voie la mer, murmure Véra.

Il fait un soleil à tout casser. Tu te croirais jamais en décembre. Les gens de Marbella affirment à l’unanimité qu’ils n’ont pas revu un jour de décembre pareil depuis le 14 août 1623. Et tu peux leur faire confiance, car un Espagnol ne ment jamais, sauf cas de force majeure.

Je bouge mon pied. Elle soupire un merci de moribond auquel on vient de cloquer l’extrême-onction tous frais payés et se remet à somnoler. Moi, je reprends ma gamberge. La mère Kasompez Truc-chose à l’hosto. Béru et Mélanie non encore réveillés. La dame Kaufmann en pleine bourre, pimpante, surgonflée avec son cador à la con dans les nichemars. Le Vieux furieux, qui s’est taillé, nous laissant un mot très pincé, ce dont on se fout, et un paquet de pesetas, ce qui est appréciable.

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