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Coulez mes larmes, dit le policier [Flow My Tears, the Policeman Said - fr]

Электронная книга - «Coulez mes larmes, dit le policier [Flow My Tears, the Policeman Said - fr]». Краткое содержание книги:

Jason Taverner est un homme comblé : toutes les semaines, 30 millions de Fans regardent son show télévisé.
Mais il se réveille un matin dans une chambre d'hôtel sordide pour s'apercevoir que son identité s'est évanouie sans laisser de trace : même sa maîtresse, la belle Heather Hart, ne se souvient plus de lui.
Une situation pour le moins inconfortable, dans un Etat ultra-policier où tout défaut de papiers d'identité suffit à vous faire expédier dans un camp de travail…
Seulement voilà : ce n'est pas un homme comme les autres. Produit d'une expérience secrète, Taverner est un six, un mutant aux nerfs d'acier qui mènera une lutte sans merci, sous les yeux d'un pol sentimental, contre la folie où vient de basculer le monde…
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— J’ai changé de métier. Maintenant, je suis représentant. Je vends du matériel agricole. Vous voulez voir ma carte ?

Il bluffait. Au moment où il faisait mine d’enfoncer la main dans sa poche, McNulty secoua la tête.

Et voilà ! Avec leurs méthodes bureaucratiques, ils s’étaient trompés de dossier et ils étaient si pressés qu’ils ne s’en rendaient pas compte. Dieu merci ! L’immense et complexe appareil qui enserrait toute la planète dans ses mailles comportait un vice caché. Trop de gens et trop de machines. Un inspecteur pol avait fait la première erreur et celle-ci s’était propagée jusqu’au Pol-Dat, la centrale de données de Memphis, Tennessee. Même avec mes empreintes digitales, mes empreintes plantaires, mon empreinte vocale et mon E.E.G., ils seront incapables de la rectifier, se dit-il. Plus maintenant. Le formulaire a été enregistré.

— Je le boucle ? demanda le policier en tenue à McNulty.

— Pour quel motif ? Parce que c’est un mécano ? (Il assena à Jason une claque cordiale dans le dos.) Vous pouvez rentrer chez vous, monsieur Tavern, retrouver votre douce amie au visage d’ingénue, votre petite vierge.

Et, le sourire aux lèvres, McNulty se perdit dans la cohue humaine, anxieuse et désorientée.

— Vous pouvez disposer, monsieur Tavern, fit le policier en uniforme.

Jason acquiesça et sortit du poste pour se mêler à la population libre et indépendante qui déambulait dans les rues nocturnes.

Mais, au bout du compte, ils m’auront, songea-t-il. Ils compareront les empreintes. Et pourtant… si la photo a été prise il y a quinze ans, l’électro-encéphalogramme et l’empreinte vocale remontent peut-être à quinze ans, eux aussi. Seulement, il y avait les empreintes digitales et plantaires. Celles-là ne se modifiaient pas.

Si ça se trouve, ils se contenteront de flanquer la photocopie des archives au lacérateur et on n’en parlera plus. Et de transmettre les renseignements qu’ils m’ont extorqués à Memphis pour les intégrer à mon dossier administratif. Plus exactement au dossier de Jason Tavern.

Dieu merci, Jason Tavern, mécanicien spécialiste ès moteurs diesels, n’avait jamais été en infraction avec la loi, il n’avait jamais eu maille à partir ni avec les pols ni avec les nats. Félicitations à lui.

Un flipflap de la police, son projecteur rouge allumé, surgit dans le ciel et ces mots tombèrent de son haut-parleur : « M. Jason Tavern est prié de retourner immédiatement au commissariat 469. C’est un ordre de la police. M. Jason Tavern… » L’engin continua de débiter sa litanie. Jason s’était pétrifié sur place. Ils avaient déjà découvert le pot aux roses. Cela ne leur avait pas demandé des semaines, des jours ni des heures. Il avait suffi de quelques minutes.

Taverner revint sur ses pas, gravit l’escalier de styraplex, franchit des portes commandées par des cellules photo-électriques, traversa la foule des malheureux qui tournaient en rond et se retrouva devant le policier en tenue auquel il avait eu affaire. McNulty était également présent. Les deux hommes conféraient, la mine sombre.

McNulty leva les yeux.

— Ah ! Revoilà M. Tavern. Que nous vaut l’honneur de cette nouvelle visite, monsieur Tavern ?

— Le flipflap de la police…

Mais McNulty l’interrompit :

— C’est un malentendu. Un ordre mal interprété. Mais puisque vous êtes ici… (McNulty retourna le document qu’il tenait de façon que Jason puisse voir la photo.) Vous ressembliez à cela, il y a quinze ans ?

— Je le suppose.

Un visage jaunâtre. La pomme d’Adam proéminente, des dents cariées, des yeux chassieux perdus dans le vague, des cheveux filasse et crêpelés tombant sur des oreilles en chou-fleur.

— Vous avez eu recours à la chirurgie esthétique ?

— Oui.

— Pourquoi ?

— Qui aimerait avoir une tête pareille ? rétorqua Jason.

— C’est donc pour ça que vous avez si belle allure. Un maintien aussi imposant, aussi… (il cherchait le mot)… autoritaire. On a peine à croire qu’avec ça (McNulty posa le doigt sur la photo), les chirurgiens ont réussi à faire ceci. (Il tapota amicalement le bras de Jason.) Mais où avez-vous trouvé l’argent ?

Tandis que parlait McNulty, Jason avait lu en diagonale les données consignées sur le document. Jason Tavern avait vu le jour à Cicaro, Illinois. Son père était tourneur, son grand-père possédait une chaîne de magasins d’équipements agricoles. Un coup de chance, compte tenu de ce que Taverner avait dit concernant sa prétendue profession.

— C’est Windslow qui me l’a donné. Excusez-moi, je l’appelle toujours comme ça en oubliant que les autres ne comprennent pas. (Sa formation professionnelle lui avait servi : il avait lu et assimilé la plupart des informations de la fiche pendant que McNulty discutait le coup.) C’était mon grand-père. Il avait beaucoup d’argent, et j’étais son chouchou. Son seul et unique petit-fils, voyez-vous.

McNulty vérifia et opina.

— J’avais l’air d’un péquenot. Exactement ce que j’étais : un cul-terreux. Le plus que je pouvais espérer, c’était de trouver un emploi de réparateur de diesels. Et je visais plus haut. Alors, j’ai pris l’argent que Windslow m’avait laissé et je suis allé à Chicago.

— Oui, fit McNulty, acquiesçant toujours. Ça colle. Nous savons qu’une intervention de chirurgie plastique aussi radicale est possible et pour une somme relativement modique. Mais, en général, ces opérations ne sont effectuées que sur des non-personnes ou des évadés des camps de travail. Nous surveillons toutes les usines à greffes, comme nous les appelons.

— Mais regardez comme j’étais laid !

McNulty éclata d’un rire de gorge.

— Ça, pour être moche, vous étiez plutôt moche, monsieur Tavern. Bon… Excusez-nous du dérangement.

McNulty fit un geste et Jason se prépara une fois encore à traverser la cohue.

— Oh ! s’écria le pol en lui faisant signe de revenir. Encore une chose… (La voix, noyée par le bruit ambiant, ne parvint pas jusqu’à lui. Son sang se figea dans ses veines ; Jason revint sur ses pas.)

Une fois que quelqu’un est fiché, le dossier n’est jamais complètement classé, songea-t-il. On ne retrouve plus jamais l’anonymat. Il est capital de ne jamais se faire repérer. Malheureusement, je suis fiché, maintenant.

Le désespoir l’envahit. Ils jouaient au chat et à la souris avec lui pour mieux le briser. Jason sentait son cœur, son sang, ses organes vitaux accuser le coup. Même sa superbe physiologie de six avait des ratés.

— Qu’y a-t-il ?

McNulty tendit la main.

— Remettez-moi vos pièces d’identité. Je voudrais qu’on les étudie de plus près. Si tout est en règle, on vous les rendra après-demain.

— Mais, protesta Jason, si je tombe sur un contrôle volant…

— Nous allons vous donner un laissez-passer. (McNulty adressa un signe du menton à un policier ventripotent, plus âgé.) Prenez une photo quadri de lui et délivrez-lui un sauf-conduit omnibus.

— Entendu, inspecteur, répondit le sac de tripes en tendant une patte boudinée vers l’appareil photo.

Dix minutes plus tard, Jason Taverner se retrouva sur le trottoir crépusculaire, maintenant presque désert. Cette fois, il avait un laissez-passer en bonne et due forme, plus valable que toutes les pièces que Kathy aurait pu lui fabriquer. Sauf que le document serait périmé au bout d’une semaine. Néanmoins…

Il avait une semaine de tranquillité devant lui. Après…

Il avait accompli l’impossible en troquant tout un jeu de fausses cartes contre un laissez-passer pol authentique. Il s’arrêta sous un lampadaire pour l’examiner. La notice d’expiration était holographique. Et il y avait de la place pour un chiffre supplémentaire. 7 jours. Je demanderai à Kathy de transformer le 7 en 75 ou en 97… ce qui sera le plus facile.

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