Face aux feux du Soleil [The Naked Sun - fr]
- Автор: Азимов Айзек
- Год: 1961
- Язык: французский
- Переводчик: Andre-Yves Richard
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Face aux feux du Soleil [The Naked Sun - fr]». Краткое содержание книги:
C’est désormais sur la lointaine planète Solaria qu’ils vont devoir exercer leur talent. Sur ce monde, les hommes n’acceptent plus de se rencontrer physiquement mais se « visionnent » grâce à des projections télévisées.
Or, un meurtre a été commis, un meurtre apparemment impossible puisque aucun Solarien n’aurait eu la force nerveuse suffisante pour s’approcher d’un de ses compatriotes. Qui plus est, un robot semble impliqué, ce qui est absurde, puisque les lois de la robotique interdisent à ces êtres de métal de causer le moindre tort aux hommes.
Baley n’insista pas. Il aurait dû penser de lui-même aux liaisons radio de robot à robot. Dans un monde aussi abandonné à l’emprise des robots, il fallait bien qu’il existât, entre eux, quelque moyen de communication indépendant pour éviter les incidents inhérents à ce système. Cela expliquerait pourquoi une douzaine de robots pouvaient arriver lorsque l’on avait appelé un robot, mais uniquement si leur présence se révélait nécessaire.
Un robot fit son entrée, boitant, une jambe paralysée. Baley se demanda pourquoi, puis haussa les épaules. Même chez des robots aussi primitifs que ceux fabriqués sur Terre, les réactions à une perturbation du cerveau positronique ne se manifestaient jamais d’une manière aussi évidente au profane. Un circuit hors d’état de fonctionner pouvait interdire l’usage d’une jambe, comme dans ce cas, et ce fait serait d’une signification aveuglante pour le roboticien, mais absolument incompréhensible pour quiconque d’autre.
En prenant mille précautions, Baley demanda :
— Vous rappelez-vous un liquide incolore, contenu dans une carafe posée sur la table de votre maître, dont vous avez versé une petite quantité dans un verre à lui destiné ?
— Vi, maîte, répondit le robot.
« Allons bon, il est retombé en enfance », pensa Baley.
— Quelle était la nature de ce liquide ?
— C’était l’eau, maîte.
— Juste de l’eau, rien d’autre ?
— Juste l’eau, maîte.
— Où la prenez-vous ?
— Au robinet du rézevoi, maîte.
— La carafe est-elle restée longtemps dans la cuisine avant que vous l’ameniez à table ?
— Le maîte il voulait boi pas trop froid, maîte. Il avait dit toujou qu’on ti l’eau une heur avant le epas.
« Mais, comment donc, pensa Baley. Comme-ça, ceux qui étaient au courant… »
— Bon, dit-il. Que l’un des robots m’appelle le docteur qui visionne votre maître dès que le praticien sera en mesure de me parler. Pendant ce temps, qu’un autre vienne m’expliquer le fonctionnement du robinet du réservoir. Je veux tout savoir de l’alimentation de cette maison en eau.
Le docteur se rendit libre assez rapidement. C’était l’homme de l’espace le plus âgé que Baley ait jamais rencontré, ce qui voulait dire, pensa Baley, qu’il avait peut-être plus de trois siècles d’existence. Les veines ressortaient sur ses mains, et ses cheveux, coupés en brosse, étaient d’un blanc neigeux. Il avait la manie de taper de l’ongle sur ses dents aurifiées de devant, ce qui donnait un petit cliquetis que Baley trouva exaspérant. Il s’appelait Altim Thool.
— Heureusement, dit le docteur, il a pu rejeter une grande partie du poison. Mais il n’est pas sûr qu’il vive. C’est un accident tragique.
Et il poussa un profond soupir.
— Quel poison est-ce, docteur ? demanda Baley.
— Je ne saurais vous le dire (clic-clic-clic-clic…).
— Hum ! fit Baley. Et comment le soignez-vous donc ?
— Une stimulation directe du système neuromusculaire pour éviter la paralysie, mais, à part cela, je laisse à la nature le soin de le guérir. (Sur son visage, à la peau légèrement olivâtre comme un cuir extrapatiné par le temps, se dessina une expression de désarroi :) Nous n’avons pas l’expérience de ce genre de choses. Je ne me souviens pas, en deux cents ans de pratique, avoir rencontré une histoire pareille.
Baley le dévisagea avec mépris :
— Vous savez, tout de même, qu’il existe des substances qui sont des poisons pour l’homme, non ?
— Oh ! oui (clic-clic). N’importe qui sait cela.
— Vous avez bien des dictionnaires de références, microfilmés : vous pourriez y trouver le moyen d’accroître vos connaissances en la matière.
— Mais cela prendrait des journées entières. Il existe une telle variété de poisons minéraux. Nous utilisons les insecticides chez nous, et il n’est pas impossible d’obtenir des toxiques bactériens. Même avec les symptômes intégralement microfilmés, il faudrait beaucoup trop de temps pour réunir l’équipement de laboratoire et découvrir les techniques permettant de les étudier.
— Eh bien, si sur Solaria personne ne sait rien, dit Baley, d’un air plutôt rébarbatif, je vous suggère de vous mettre en rapport avec d’autres mondes et de voir s’ils ont des connaissances plus complètes sur cette question. Entre-temps, vous feriez mieux d’analyser le réservoir d’eau du domaine et d’y rechercher des traces de poison.
Baley n’hésitait pas à malmener un vénérable Spacien lui enjoignant de faire telle et telle chose comme si le praticien n’eût été qu’un robot, sans se soucier le moins du monde d’une telle inconvenance. D’ailleurs, le Spacien ne la relevait pas non plus.
Le Dr Thool répondit, l’air dubitatif :
— Mais comment le réservoir pourrait-il bien avoir été empoisonné ? Je suis persuadé qu’il ne l’est pas.
— C’est probable, oui, reconnut Baley, mais analysez-le de toute façon, pour plus de sûreté.
Effectivement, la probabilité d’un empoisonnement du réservoir était fort mince. Les explications du robot lui avaient prouvé que c’était là encore un exemple type de l’autarcie solarienne. L’eau provenait de n’importe quelle source et était ensuite rendue potable. Les micro-organismes qu’elle pouvait contenir étaient filtrés, les matières inorganiques éliminées. On lui donnait, ensuite, l’oxygénation convenable, ainsi que les oligo-éléments à une concentration favorable aux besoins du corps humain. Il était hautement improbable que la moindre trace de poison puisse échapper aux différents filtres de contrôle.
Néanmoins, si l’on établissait irréfutablement la salubrité du réservoir, on avait alors en main un élément essentiel de l’enquête : le temps, c’est-à-dire cette question d’une heure, juste avant le repas, où la carafe (exposée à l’air libre, pensa Baley avec répulsion) avait été laissée à tiédir pour satisfaire aux manies de Gruer.
Mais le Dr Thool, fronçant les sourcils, était en train de demander :
— Comment vais-je faire pour cette analyse du réservoir ?
— Jehoshaphat ! Amenez un animal avec vous. Injectez-lui dans les veines, ou faites-lui boire, un peu d’eau prise au robinet de ce réservoir. Vous avez une cervelle, non ? Alors, servez-vous-en ! Et faites-en de même avec ce qui reste d’eau dans la carafe. Si celle-là est empoisonnée, ce qui est des plus certain, effectuez les analyses précisées dans les microfilms de références. Trouvez les expériences les plus simples, mais faites enfin quelque chose !
— Oui, oui, mais, mais quelle carafe ?
— La carafe contenant l’eau qu’il a bue. La carafe que le robot a utilisée pour lui servir à boire.
— Mais, mon Dieu ! Je pense qu’elle doit être rincée et rangée. Les domestiques ne l’ont certainement pas laissé traîner.
— Non, bien sûr, grommela Baley. (Impossible de conserver une preuve avec ces robots, toujours pressés de la détruire au nom de l’ordre qui doit régner dans la maison. Il aurait dû leur ordonner de mettre cette carafe de côté, mais, voilà, cette vie-là n’était pas la sienne et il réagissait toujours à contretemps.)
Finalement, on vint rendre compte que le domaine Gruer, fouillé dans tous ses recoins, s’était révélé vierge de toute présence humaine intruse.
— Cela ne fait qu’obscurcir l’énigme, Elijah, dit Daneel. Car il semble bien qu’alors personne n’a pu assumer le rôle d’empoisonneur.
Baley, plongé dans ses pensées, l’entendit vaguement et répondit : « Quoi ? Ah oui. Oh non, pas du tout, pas du tout, au contraire, cela simplifie les choses », sans donner de plus amples explications, car il n’ignorait pas que Daneel serait incapable de comprendre ce qui était une vérité évidente pour Baley, et plus encore d’y croire.