Face aux feux du Soleil [The Naked Sun - fr]
- Автор: Азимов Айзек
- Год: 1961
- Язык: французский
- Переводчик: Andre-Yves Richard
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Face aux feux du Soleil [The Naked Sun - fr]». Краткое содержание книги:
C’est désormais sur la lointaine planète Solaria qu’ils vont devoir exercer leur talent. Sur ce monde, les hommes n’acceptent plus de se rencontrer physiquement mais se « visionnent » grâce à des projections télévisées.
Or, un meurtre a été commis, un meurtre apparemment impossible puisque aucun Solarien n’aurait eu la force nerveuse suffisante pour s’approcher d’un de ses compatriotes. Qui plus est, un robot semble impliqué, ce qui est absurde, puisque les lois de la robotique interdisent à ces êtres de métal de causer le moindre tort aux hommes.
D’ailleurs, Daneel ne sollicita pas d’explications. Il eût empiété sur les pensées d’un humain, conduite inconcevable chez un robot.
Baley déambulait de long en large, sans repos. Il redoutait l’arrivée du sommeil, car alors ses craintes des grands espaces reprenaient vigueur, tandis que ses regrets de la Terre croissaient en proportion. Il se sentait pris d’un désir fiévreux d’action.
S’adressant à Daneel, il dit :
— Je ferais aussi bien de rencontrer de nouveau Mme Delmarre. Que le robot établisse la liaison en stéréovision.
Ils se dirigèrent vers le salon de conversation et Baley regarda le robot agir avec des gestes précis de ses doigts métalliques agiles. Il était dans une sorte de stupeur où ses pensées s’estompaient et il reprit conscience avec un sursaut d’étonnement lorsqu’une table délicatement dressée pour le dîner emplit brusquement la moitié de la pièce.
— Hello, fit la voix de Gladia, qui un instant plus tard pénétrait dans leur champ de vision et s’asseyait à la table.
— Comme vous paraissez étonné, Elijah ! C’est pourtant l’heure du dîner. Et je suis habillée d’une manière décente cette fois, n’est-ce pas ?
Effectivement, elle l’était. Sa robe, d’un bleu clair, descendait en plis moirés le long de ses membres jusqu’aux poignets et aux chevilles. Elle portait autour du cou et sur les épaules une écharpe jaune, légèrement plus claire que ses cheveux, maintenant coiffés en ondulations strictes.
— Je n’avais pas l’intention de vous troubler dans votre repas, dit Baley.
— Je n’ai pas encore commencé. Pourquoi ne me tiendriez-vous pas compagnie ?
— Vous tenir compagnie ? dit Baley en la considérant avec curiosité.
Elle se mit à rire :
— Que vous êtes drôles, vous les Terriens. Je ne vous dis pas de me tenir compagnie par votre présence effective. Comment seriez-vous en mesure de le faire ? Non, ce que je veux dire, c’est que vous alliez dans votre propre salle à manger, et là, vous et l’autre là-bas, pourrez dîner avec moi.
— Mais, si je quitte…
— Ne vous inquiétez pas. Votre technicien en stéréovision peut conserver la liaison.
Ce que Daneel approuva de la tête. Alors, quoique ayant des doutes, Baley tourna les talons et se dirigea vers la porte. Gladïa, la table, le couvert et les décorations de table suivirent.
Gladïa sourit pour l’encourager :
— Vous voyez. Votre technicien nous garde en liaison continue.
Baley et Daneel montèrent par un tapis roulant que Baley ne se souvenait pas avoir jamais emprunté. Visiblement, il y avait plusieurs chemins pour se rendre d’une pièce à l’autre dans cette demeure de cauchemar et il n’en connaissait que quelques-uns. Mais Daneel, bien sûr, les connaissait tous.
Et, se déplaçant au travers des murs, quelquefois en dessous du plancher, quelquefois planant au-dessus, suivaient toujours Gladïa et la table de salle à manger.
A un moment donné, Baley s’arrêta et murmura :
— Ceci demande un certain entraînement.
— Vous avez le vertige ? demanda aussitôt Gladïa.
— Oui, un peu.
— Bon, alors je vais vous dire ce que nous allons faire : pourquoi ne pas ordonner à votre technicien de bloquer la transmission ici même ? Puis, lorsque vous serez dans votre salle à manger et que vous serez prêts et tout en ordre, il nous remettra en liaison.
— Je vais m’en occuper, Elijah, dit Daneel.
Leur propre table était dressée lorsqu’ils arrivèrent dans la salle à manger, les assiettes pleines d’une soupe fumante, où nageaient, dans le brun potage, des morceaux de viande coupés en dés. En plein milieu de la table, une imposante volaille rôtie attendait d’être découpée.
Daneel donna quelques ordres brefs au robot qui faisait office de maître d’hôtel et, avec rapidité, sans heurt, les deux couverts, qui étaient déjà mis, furent côte à côte, au même bout de la table.
Comme si cette nouvelle disposition des convives avait été un signal, le mur d’en face sembla s’enfoncer, la table s’allonger et Gladïa se trouva assise à l’autre bout. Les deux salles, les deux tables se rejoignaient avec une telle perfection, que n’eussent été les différences des tapisseries au mur, des tapis sur le plancher et des services de table, on aurait facilement pu croire qu’ils dînaient tous trois à la même table.
— Voilà, dit Gladïa avec satisfaction. C’est confortable, n’est-ce pas ?
— Tout à fait, répondit Baley. (Avec précaution, il goûta au potage, le trouva succulent et se servit plus copieusement.)
— Vous savez ce qui vient d’arriver à l’inspecteur Gruer ?
Son visage, aussitôt, s’obscurcit de gêne et elle reposa sa cuiller.
— N’est-ce pas terrible ? Ce pauvre Hannis !
— Vous l’appelez par son prénom. Vous le connaissez bien ?
— Je connais tous les gens importants sur Solaria. Tous les Solariens, ou à peu près, se connaissent évidemment.
« Evidemment, bien sûr, se dit Baley. Combien y en a-t-il au fait ? »
— Peut-être, alors, connaissez-vous le Dr Altim Thool. C’est lui qui soigne Gruer, reprit-il.
Gladïa eut un petit rire discret. Le robot maître d’hôtel lui coupa sa viande et lui servit des petites pommes de terre dorées et des carottes en tranches.
— Mais bien sûr, que je le connais. C’est lui qui s’est occupé de moi.
— Il s’est occupé de vous quand ?
— Juste… Juste après l’histoire. Ce qui est arrivé à mon mari, veux-je dire.
Baley la regarda avec étonnement :
— Mais il n’y a donc qu’un seul docteur sur cette planète ?
— Non, bien sûr, et pendant un moment elle remua les lèvres comme si elle comptait intérieurement. Il y en a au moins dix. Et il y a un jeune homme, que je connais, qui fait des études de médecine. Mais le Dr Thool est l’un des meilleurs praticiens. C’est lui qui a le plus d’expérience. Pauvre vieux Dr Thool !
— Pourquoi pauvre ?
— Eh bien, vous voyez ce que je veux dire. C’est un travail répugnant d’être un docteur. Quelquefois, vous vous trouvez obligé de voir en personne les gens que vous soignez, même de les toucher. Mais le Dr Thool semble s’y être résigné et il n’hésite pas à voir ses clients en personne quand il estime qu’il le doit. C’est toujours lui qui s’est occupé de moi, depuis que j’étais toute gosse, il a toujours été si gentil, si doux et, franchement, je me dis que cela ne me ferait presque rien s’il se trouvait obligé de me voir effectivement. Ainsi, il m’a vue en réalité l’autre fois.
— Après la mort de votre mari, si je comprends bien ?
— Oui. Vous pouvez vous faire une idée de ce qu’il a dû éprouver en voyant le cadavre de mon mari et moi étendue à côté.
— Mais l’on m’avait dit qu’il s’était occupé du corps par stéréovision, dit Baley.
— Du corps, oui. Mais après s’être assuré que j’étais bien vivante, et hors de tout danger, il ordonna aux robots de me mettre un oreiller sous la tête, de me faire une piqûre quelconque puis de sortir de là. Et il est venu par avion à réaction. A réaction, vous entendez ! Cela lui a pris moins d’une demi-heure, et il s’occupa de moi et s’assura que tout allait bien. J’étais si étourdie quand il est venu que j’étais sûre que je ne l’apercevais que par stéréovision, vous vous rendez compte ; et ce n’est que lorsqu’il m’a touchée que je me suis aperçue qu’il était là, en personne. J’ai poussé un de ces cris ! Pauvre vieux doc ! Il était terriblement gêné mais je savais bien que c’était dans les meilleures intentions qu’il était venu.