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Face aux feux du Soleil [The Naked Sun - fr]

Электронная книга - «Face aux feux du Soleil [The Naked Sun - fr]». Краткое содержание книги:

Nous connaissons déjà Elijah Baley et Daneel R. Olivaw qui menèrent une difficile enquête dans Les cavernes d’acier.
C’est désormais sur la lointaine planète Solaria qu’ils vont devoir exercer leur talent. Sur ce monde, les hommes n’acceptent plus de se rencontrer physiquement mais se « visionnent » grâce à des projections télévisées.
Or, un meurtre a été commis, un meurtre apparemment impossible puisque aucun Solarien n’aurait eu la force nerveuse suffisante pour s’approcher d’un de ses compatriotes. Qui plus est, un robot semble impliqué, ce qui est absurde, puisque les lois de la robotique interdisent à ces êtres de métal de causer le moindre tort aux hommes.
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— Quelle est la valeur légale du témoignage d’un robot, Daneel ?

— Qu’entendez-vous par là ?

— Est-ce qu’un robot peut porter témoignage sur Solaria, et ses témoignages sont-ils recevables ?

— Pourquoi en douter ?

— Un robot n’est pas un être humain, Daneel ! Sur Terre, il ne peut être un témoin légalement acceptable.

— Oui, mais l’empreinte d’une chaussure est reçue comme témoignage valable, Elijah, quoique ce ne soit là quelque chose d’encore moins humain qu’un robot. Sur cette question, la position prise par les Terriens pèche par illogisme. Sur Solaria, le témoignage d’un robot, pourvu qu’il porte au fait, est recevable.

Baley ne discuta pas ce point de droit. Il se prit la tête à deux mains et repassa dans son esprit toute cette question de la présence d’un robot.

Au paroxysme de l’épouvante, Gladïa Delmarre, face au cadavre de son époux, avait appelé des robots. Le temps qu’ils répondent à son appel, elle s’était évanouie.

Les robots avaient déclaré l’avoir trouvée là, à côté du corps. Et il y avait, en outre, une autre présence : celle d’un robot, un robot qui n’avait pas été appelé et qui se trouvait déjà là. Ce n’était pas un robot de la domesticité habituelle. Nul autre robot ne l’avait vu antérieurement, ne connaissait ses capacités ou le rôle qu’il devait remplir.

Et l’on ne pouvait rien savoir de plus par le dit robot, il ne fonctionnait plus. Lorsqu’on l’avait découvert, ses mouvements n’étaient plus coordonnés, ni non plus, visiblement, le fonctionnement de son cerveau positronique. Il était incapable de réagir d’une façon normale, tant par mot que par acte, à n’importe quelle question, et, après une étude très approfondie par un expert en robots, avait été considéré comme irrécupérable irrémédiablement.

La seule activité révélant un semblant de coordination était une phrase qu’il répétait sans arrêt : Vous allez me tuer… Vous allez me tuer… Vous allez me tuer…

Nulle arme qui eût pu être utilisée pour fracasser le crâne de la victime n’avait été découverte.

— Bon ! Eh bien, je vais manger, Daneel, dit brusquement Baley, et ensuite nous irons voir de nouveau l’inspecteur Gruer, ou le visionner plutôt !

Hannis Gruer était encore à table quand la liaison fut établie. Il mangeait lentement, choisissant chaque bouchée avec soin, parmi tout un déploiement de plats, les scrutant avec anxiété, comme s’il eût été en quête d’un mélange secret qu’il trouverait succulent.

Baley pensa « Il doit bien avoir une paire de siècles derrière lui. Et manger doit être plutôt fastidieux à son âge. »

— Je vous salue, messieurs, dit Gruer. Vous avez bien reçu notre compte rendu à ce que je vois. (son crâne chauve luisait à chaque fois qu’il se penchait vers la table pour prendre un hors-d’œuvre.)

— Oui, merci. Et nous avons eu un entretien très intéressant avec Mme Delmarre également, dit Baley.

— Bien ! bien ! dit Gruer. Et alors, quelle conclusion en tirez-vous, si vous en avez trouvé une ?

— Celle qu’elle est innocente, monsieur, dit Baley.

Gruer releva la tête avec brusquerie :

— Hein ?

Baley répéta.

— Mais pourtant, reprit Gruer, elle est la seule à pouvoir l’avoir vu, la seule personne qui ait pu être à bonne distance pour…

— Tout ceci m’a déjà été démontré, coupa Baley, mais aussi strictes que puissent être les mœurs et les coutumes sociales sur Solaria, tout ceci n’apporte pas la moindre preuve formelle. Puis-je m’expliquer ?

Du coup, Gruer en revint à son repas.

— Mais bien sûr, je vous en prie.

— Il faut trois éléments pour un meurtre, dit Baley, et chacun d’eux est aussi important que les autres ; ce sont : le motif, le moyen, l’occasion. Pour établir une bonne instruction contre tout suspect, il faut avoir réponse à ces trois questions.

« Maintenant, je vous accorde que Mme Delmarre a eu l’occasion de commettre ce crime. Quant au motif, je n’en ai pas découvert jusqu’à présent.

Gruer haussa les épaules : « Nous non plus ! » Et pendant un instant ses yeux se portèrent sur Daneel, toujours silencieux.

— Bon. Le suspect n’a donc pas de motif connu, mais peut-être est-ce un meurtrier par démence temporaire. Nous pouvons laisser cette question de côté et continuer.

« Elle est dans le laboratoire, avec lui, et il y a présomption d’un motif qui la pousse à le tuer. Elle brandit quelque matraque, ou instrument contondant, d’un air menaçant. Il se rend compte, au bout d’un instant, que sa femme a réellement l’intention de le frapper. En plein désarroi, il lui crie : « Vous allez me tuer ! » et c’est ce qu’elle fait. Il se détourne pour courir au moment même où elle porte le coup : ce qui fracasse le bas du crâne. Au fait, un docteur a-t-il examiné le corps ?

— Oui et non. Les robots ont appelé un docteur pour s’occuper de Mme Delmarre et, cela va sans dire, il a regardé le cadavre également.

— Ceci ne figure pas au compte rendu.

— Ce n’était pas nécessaire. L’homme était mort. En fait, avant même que le docteur ait pu visionner le cadavre, celui-ci avait été dévêtu, lavé et préparé pour être incinéré, selon la coutume.

— En d’autres termes, les robots ont détruit toutes les preuves ? dit Baley avec irritation. Puis : Vous avez dit : « ait visionné ». Il ne l’a donc pas vu ?

— Grands Dieux ! dit Gruer, quelle idée morbide ! Il l’a visionné, évidemment, sous tous les angles voulus et du plus près possible, j’en suis sûr. Dans certaines conditions, les docteurs ne peuvent faire autrement que de voir leurs patients, mais je ne puis absolument pas me figurer par quelle aberration il faudrait qu’ils voient des cadavres. La médecine est une profession qui n’admet pas de répugnance, mais même les médecins ont leurs limites.

— Bon ! bon ! La question est la suivante : Le docteur a-t-il fait une déclaration sur la nature de la blessure ayant entraîné le décès du Dr Delmarre ?

— Je vois où vous voulez en venir. Vous pensez peut-être que la blessure était trop importante pour avoir pu être faite par une femme ?

— La femme est moins robuste que l’homme, monsieur, et Mme Delmarre est une femme de faible stature.

— Elle est petite certes, mais athlétique, je vous assure, inspecteur. En possession d’une arme de dimensions convenables, la force de gravité et le bras de levier feront la plus grande partie du travail. Et même, ceci écarté, on est surpris de ce dont une femme est capable dans une crise d’hystérie.

Baley haussa les épaules.

— Et cette arme dont vous parlez : où est-elle ?

Gruer changea de position. Il tendit la main vers un verre vide : un robot pénétra dans le champ de vision et emplit le verre d’un liquide incolore, qui se trouvait être probablement de l’eau.

Gruer conserva un moment le verre plein dans la main, puis le reposa, comme s’il avait changé d’avis et n’éprouvait plus le besoin de se rafraîchir.

— Comme vous avez pu le lire dans le compte rendu, nous avons été absolument incapables de la découvrir.

— Je sais bien ce qu’il y a dans le compte rendu. Mais je tiens à être plus que certain d’un petit nombre de choses. On a fait des recherches pour retrouver cette arme ?

— Des recherches très poussées.

— Vous-même ?

— Des robots, sous ma surveillance, par stéréovision tout le temps. Nous n’avons rien pu découvrir qui ait pu être utilisé comme arme.

— Ceci rend bien faible votre réquisitoire contre Mme Delmarre, n’est-ce pas ?

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