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Face aux feux du Soleil [The Naked Sun - fr]

Электронная книга - «Face aux feux du Soleil [The Naked Sun - fr]». Краткое содержание книги:

Nous connaissons déjà Elijah Baley et Daneel R. Olivaw qui menèrent une difficile enquête dans Les cavernes d’acier.
C’est désormais sur la lointaine planète Solaria qu’ils vont devoir exercer leur talent. Sur ce monde, les hommes n’acceptent plus de se rencontrer physiquement mais se « visionnent » grâce à des projections télévisées.
Or, un meurtre a été commis, un meurtre apparemment impossible puisque aucun Solarien n’aurait eu la force nerveuse suffisante pour s’approcher d’un de ses compatriotes. Qui plus est, un robot semble impliqué, ce qui est absurde, puisque les lois de la robotique interdisent à ces êtres de métal de causer le moindre tort aux hommes.
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Gruer fronça les sourcils :

— Vous semblez bien ému, monsieur Baley, et se tournant brusquement vers Daneel : Monsieur Olivaw ?

— Oui, inspecteur Gruer…

— Voudriez-vous, je vous prie, faire le tour de toute la maison et vérifier que toutes les fenêtres sont bien closes et voilées. L’inspecteur Baley ressent peut-être les effets, pernicieux pour lui, des espaces libres.

Cette affirmation ahurit Baley. Son premier mouvement fut de contredire Gruer et de prier Daneel de rester où il était, quand, alors même qu’il ouvrait la bouche, il se rendit compte que le ton de Gruer dénotait une grande anxiété et qu’il semblait le supplier du regard.

Il resta coi et laissa Daneel quitter la pièce.

Ce fut aussitôt comme si un masque était tombé, révélant le vrai visage transi et apeuré.

— Oui ! Plus facile que je ne l’imaginais ! J’avais retourné le problème sous toutes ses faces pour vous voir seul à seul. Mais je n’aurais jamais osé croire que l’Aurorain quitterait la pièce sur une simple demande. Pourtant, je n’ai rien trouvé d’autre à dire.

— Bon, fit Baley. Eh bien ! je suis tout seul maintenant.

— Je ne pouvais parler librement en sa présence, dit Gruer. C’est un Aurorain et il se trouve ici parce que nous avons été contraints d’accepter sa venue si nous voulions bénéficier de vos services.

Le Solarien se pencha :

— Il y a davantage dans cette affaire qu’un simple meurtre. Ce qui m’intéresse le plus n’est pas qui a commis le meurtre, mais il y a des divergences politiques sur Solaria, des organisations secrètes…

Baley ouvrit de grands yeux :

— Vous ne pensez pas que je puisse vous être utile dans ce genre de questions ?

— Si, vous le pouvez. Maintenant, écoutez bien ceci : le Dr Delmarre était un Traditionaliste. Il avait foi en les vieilles coutumes, les bonnes coutumes. Mais, parmi nous, se dressent maintenant de nouvelles forces, des forces éprises de changements, et on a fait taire définitivement le Dr Delmarre.

— C’est Mme Delmarre qui l’a tué ?

— Elle a dû être la main, mais peu importe. Ce qui est plus grave, beaucoup plus grave, c’est qu’il y a une conspiration derrière elle.

— Vous croyez ? En avez-vous des preuves ?

— Des preuves très vagues, hélas ! Et je n’y puis rien. Rikaine Delmarre avait découvert un petit quelque chose. Il m’avait affirmé que ses preuves tiendraient, et je le crois. Je le connaissais assez pour savoir qu’il n’était ni un illuminé ni un naïf. Malheureusement, il ne m’en avait dit que fort peu. Il voulait, bien sûr, avoir terminé son enquête avant de soumettre l’ensemble de la question aux autorités3 Il devait d’ailleurs toucher au but, sinon ils n’auraient pas osé courir le risque de s’en débarrasser par une pareille boucherie. Néanmoins, Delmarre m’avait prévenu d’une chose, toute l’humanité était en danger.

Baley se sentit pris de vertige. Pendant un instant, ce fut comme s’il écoutait Minnim de nouveau, mais à une autre échelle. Est-ce que tout un chacun, sans exception, allait s’en remettre à lui pour écarter les dangers d’envergure cosmique ?

— Pourquoi pensez-vous que je puisse vous apporter une aide quelconque ? demanda-t-il.

— Parce que vous êtes un Terrien, dit Gruer. Comprenez-vous ? Nous, sur Solaria, n’avons aucune expérience de cette sorte de choses. Pour ainsi dire, nous ne comprenons pas les gens. Nous sommes trop peu nombreux ici.

Il parut assez gêné :

— Ce que je vous dis là ne me plaît guère, monsieur Baley. Mes collègues se moquent de moi et même certains s’emportent, mais c’est vraiment là une idée à laquelle je tiens. Je crois que les Terriens se doivent de comprendre les gens infiniment mieux que nous, du simple fait qu’ils vivent tant les uns sur les autres. Et, parmi eux, un détective doit être celui qui les comprend le mieux. N’est-ce pas vrai ?

Baley hocha la tête, mais ne dit mot. Gruer continua :

— En un sens, ce meurtre a été quelque chose d’heureux. Je n’ai pas osé parler aux autres de l’enquête à laquelle se livrait Delmarre, étant donné que je ne savais pas s’il n’y en avait pas de compromis dans la conspiration, et Delmarre lui-même ne voulait donner aucun détail tant que son dossier n’était pas complet. Et même si Delmarre avait achevé sa tâche, comment aurions-nous dû traiter la question par la suite ? Comment doit-on agir vis-à-vis d’êtres humains qui vous sont hostiles ? Je l’ignore. Dès le début, j’ai senti qu’il nous fallait un Terrien. Quand j’ai entendu parler des résultats que vous aviez obtenus dans ce meurtre de Spacetown sur Terre, j’ai su que c’était vous dont nous avions besoin. Je me suis mis en rapport avec Aurore, parce que vous aviez travaillé en étroite coopération avec des personnes de chez eux, et par l’intermédiaire d’Aurore j’ai essayé d’entrer en contact avec les Gouvernements de la Terre. Mais mes collègues se refusaient absolument à y consentir. Puis ce meurtre est survenu, et ce fut un choc suffisant pour qu’ils m’accordent le consentement dont j’avais besoin. Dans l’état où ils étaient ils auraient consenti à n’importe quoi !

Gruer hésita, puis ajouta :

— Demander l’aide d’un Terrien n’est pas une chose agréable, mais il faut que je le fasse. Rappelez-vous bien, quoi qu’il puisse arriver, que l’humanité est en danger. La Terre comme les autres planètes.

— Alors, pensa Baley, la Terre est menacée de deux côtés.

Il n’y avait pas à s’y tromper, à la sincérité angoissée de Gruer.

Mais si ce meurtre avait été le fait d’un heureux hasard pour fournir à Gruer le prétexte dont il avait si ardemment besoin, pour réaliser ses desseins, était-ce uniquement le fruit du hasard ? Cela ouvrait quelques nouvelles perspectives qui ne transparurent ni dans le visage, ni dans les yeux, ni dans le timbre de Baley.

— On m’a envoyé ici, dit-il, pour vous aider, monsieur. Comptez sur toute mon aide dans la mesure de mes faibles moyens.

Finalement, Gruer porta à sa bouche la boisson si longtemps différée, puis, regardant Baley par-dessus le bord du verre :

— Bon. Merci, dit-il, mais pas un mot de tout cela à l’Aurorain, je vous prie. On ne sait jamais si Aurore ne fait pas partie de la conspiration. En tout cas, ils ont manifesté un intérêt extraordinairement marqué pour cette affaire. Ainsi ils ont insisté pour que M. Olivaw fasse équipe avec vous. Aurore est une planète puissante : nous nous sommes inclinés. D’après eux, la présence de M. Olivaw vient simplement de ce qu’il a travaillé avec vous, mais ce peut aussi bien être parce qu’ils entendent avoir sur place, un homme à eux sur lequel ils puissent compter. Hein !

Il but à petites gorgées, le regard toujours fixé sur Baley.

Baley passa la paume de sa main sur sa joue maigre, se massant d’un air pensif :

— Maintenant, si tel est votre…

Il n’acheva pas, mais bondit de son fauteuil et se précipitait déjà vers l’autre avant de se souvenir que ce n’était qu’une image qu’il avait en face de lui.

Car Gruer, les yeux fixés sur la boisson, se tenait la gorge à deux mains, haletant avec effort : ça… brûle… brûle. Le verre s’échappa de ses mains, se vidant de son contenu. Et Gruer tomba de tout son long, le visage tordu de souffrance.

7

Un praticien peu pressé

Daneel se tenait sur le pas de la porte :

— Que se passe-t-il, Eli… ?

Mais nulle explication ne fut nécessaire et la voix de Daneel devint brusquement un organe puissant et vibrant :

— Robots de Hannis Gruer. Votre maître est blessé. Robots !

Aussitôt une silhouette métallique se précipita dans la salle à manger, puis, une ou deux minutes ensuite, toute une douzaine entra. A trois ils emportèrent délicatement Gruer. Et les autres se mirent diligemment à réparer le désordre et à ramasser toute la vaisselle qui jonchait le sol.

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