Face aux feux du Soleil [The Naked Sun - fr]
- Автор: Азимов Айзек
- Год: 1961
- Язык: французский
- Переводчик: Andre-Yves Richard
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Face aux feux du Soleil [The Naked Sun - fr]». Краткое содержание книги:
C’est désormais sur la lointaine planète Solaria qu’ils vont devoir exercer leur talent. Sur ce monde, les hommes n’acceptent plus de se rencontrer physiquement mais se « visionnent » grâce à des projections télévisées.
Or, un meurtre a été commis, un meurtre apparemment impossible puisque aucun Solarien n’aurait eu la force nerveuse suffisante pour s’approcher d’un de ses compatriotes. Qui plus est, un robot semble impliqué, ce qui est absurde, puisque les lois de la robotique interdisent à ces êtres de métal de causer le moindre tort aux hommes.
Brusquement, Daneel leur cria :
— Vous là, les robots, laissez-moi toute cette vaisselle. Organisez des recherches. Fouillez toute la maison pour voir s’il s’y trouve un être humain. Alertez tous les robots qui peuvent se trouver à l’extérieur, qu’ils inspectent jusqu’aux plus petites portions du domaine. Si vous apercevez un maître, retenez-le. Sans le molester (avertissement superflu, pensa Baley), mais ne le laissez pas s’échapper non plus. Si vous ne découvrez la présence d’aucun maître, faites-le-moi savoir. Je reste branché sur cette fréquence de stéréovision.
Puis, comme les robots se dispersaient, Elijah murmura à l’adresse de Daneel :
— Ce n’est là qu’un commencement. Il a été empoisonné, c’est certain.
— Oui. C’est l’évidence même et la seule chose dont nous puissions être sûrs, Elijah.
Et Daneel s’assit avec difficulté, comme s’il éprouvait des douleurs dans le genou. Baley ne l’avait jamais vu se laisser aller ainsi, ou être un instant en proie à quelque chose d’aussi humain qu’un rhumatisme du genou.
— De voir un être humain subir une souffrance détraque mes rouages, se plaignit Daneel.
— Mais il n’y avait rien que vous puissiez faire pour l’éviter.
— Je le sais bien. Pourtant, j’ai l’impression d’avoir certains de mes circuits mentaux obstrués. En termes humains, j’éprouve ce qui pour vous serait un choc émotionnel.
— S’il en est ainsi, il vous faut le surmonter, conseilla Baley qui manquait totalement de patience et de compassion pour un robot émotif. Nous avons à nous préoccuper, pour le moment, d’une vétille : qui est responsable ? Car il n’y a pas d’empoisonnement sans empoisonneur.
— Ce peut être une intoxication alimentaire.
— Une intoxication alimentaire accidentelle ? Sur un monde aussi aseptisé que celui-ci ? Allons donc ! En outre, le poison était mélangé à un liquide, et les symptômes ont été brutaux et définitifs. C’était bel et bien une bonne dose de poison. Ecoutez, Daneel, je m’en vais faire un tour dans la pièce à côté, histoire de réfléchir un peu à tout cela. Vous, appelez Mme Delmarre. Assurez-vous qu’elle est bien chez elle et vérifiez la distance qui sépare ses domaines de ceux de Gruer.
— Penseriez-vous maintenant que…
Baley leva la main :
— Pour l’instant, trouvez-moi la réponse à ce que je viens de vous demander.
Il sortit de la pièce, en quête d’un peu d’isolement. Il était vraisemblable que, sur un monde comme Solaria, deux tentatives de meurtre, aussi étroitement liées dans le temps, n’aient pas d’autres corrélations entre elles. Et si donc il y avait une corrélation quelconque, le postulat le plus évident consistait à admettre pour vraie la théorie de Gruer sur une conspiration.
Baley sentit les petits frémissements habituels l’envahir. Il était venu sur ce monde avec, en tête, les seuls ennuis de la Terre en sus des siens : le meurtre, en lui-même, n’était alors qu’un épisode assez lointain, mais maintenant l’enquête allait réellement prendre corps et il en fit saillir ses maxillaires.
Après tout, le meurtrier, ou les meurtriers (ou la meurtrière) avait frappé, lui présent. Et cela l’irritait profondément. Etait-il donc une quantité si négligeable ? Son orgueil professionnel en était atteint, il s’en rendait compte et s’en félicitait. Enfin, il avait maintenant une autre raison d’aller jusqu’au bout de cette histoire de meurtres, sans même s’inquiéter des dangers qui pouvaient menacer la Terre.
Daneel avait réussi à le retrouver et s’avançait vers lui :
— J’ai fait ce que vous aviez demandé, Elijah. J’ai parlé à Mme Delmarre, par stéréovision. Elle est bien chez elle, à quelque quinze cents kilomètres du domaine de l’inspecteur Gruer.
— Je la verrai moi-même plus tard, dit Baley, oui, enfin je la visionnerai. (Puis, regardant Daneel d’un air pensif :) Croyez-vous qu’elle soit impliquée dans ce nouveau crime ?
— Pas d’une manière directe apparemment, Elijah.
— Ce qui sous-entend qu’elle le serait d’une manière indirecte, n’est-ce pas ?
— Elle peut avoir persuadé quelqu’un d’autre de le faire pour elle.
— Quelqu’un d’autre, sursauta Baley. Qui ?
— Je l’ignore absolument, Elijah.
— Si quelqu’un avait agi à sa place, le quidam en question devrait se trouver sur les lieux du crime.
— Oui, répondit Daneel. Il a bien fallu qu’il y ait quelqu’un sur place pour verser le poison dans le liquide.
— N’est-ce pas possible que la boisson empoisonnée ait été préparée plus tôt dans la journée ? Peut-être même beaucoup plus tôt ?
— C’est une question que j’ai déjà envisagée, Elijah, repartit Daneel avec calme. Et c’est pourquoi j’ai utilisé le mot d’apparemment quand j’ai affirmé que Mme Delmarre n’était pas directement impliquée dans ce crime. Il est du domaine du possible qu’elle ait été présente en cet endroit à un moment antérieur de la journée. Il serait bon, je pense, de vérifier son emploi du temps.
— D’accord, nous le ferons. Nous vérifierons si elle a été physiquement présente là à un moment quelconque.
Baley se mordait les lèvres de plaisir. Il s’était déjà douté que la logique des robots, par certains côtés, était assez déficiente. Maintenant, il en était convaincu. Comme disait le roboticien : « Ils sont logiques, mais non intelligents ».
— Revenons au salon de conversation, reprit-il, et remettez-moi en liaison avec le domaine de Gruer.
La pièce resplendissait d’ordre et de netteté. Il ne restait pas le moindre vestige du drame qui s’était déroulé moins d’une heure plus tôt, des affres d’un homme torturé par le poison.
Trois robots restaient là, le dos au mur, dans l’habituelle attitude des robots, témoignant d’un respectueux dévouement.
— Quelles nouvelles avez-vous de l’état de votre maître ? demanda Baley.
Le second des trois robots répondit :
— Le docteur s’occupe de lui, maître.
— Par stéréovision, ou à son chevet ?
— Par stéréovision, maître.
— Quelles sont les conclusions du docteur ? Survivra-t-il ?
— Ce n’est pas encore sûr, maître.
— La maison a-t-elle été fouillée ? reprit Baley, en changeant de sujet.
— De fond en comble, maître.
— Y avait-il le moindre signe de la présence d’un autre maître que le vôtre ?
— Non, maître.
— Ou le moindre vestige d’une présence étrangère dans les heures qui ont précédé ?
— Aucun maître.
— On fait des recherches sur les terres du domaine ?
— Oui, maître.
— Quels résultats, jusqu’à présent ?
— Aucun, maître.
Baley hocha la tête, et demanda :
— Je voudrais parler au robot qui a servi à table ce soir.
— Il a été mis de côté pour révision. Ses réactions sont désordonnées.
— Est-il en mesure de parler ?
— Oui, maître.
— Faites-le venir ici sans retard, dans ce cas…
Mais, du retard, il y en eut, et Baley allait commencer à dire : « J’ai demandé… » lorsque Daneel s’interposa doucement :
— Tous ces robots de type solarien sont reliés entre eux par radio. Le robot dont vous désirez la présence s’est trouvé appelé aussitôt. S’il se montre lent à venir, c’est en raison de troubles locomoteurs, dus à ce qui vient de se passer.