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Face aux feux du Soleil [The Naked Sun - fr]

Электронная книга - «Face aux feux du Soleil [The Naked Sun - fr]». Краткое содержание книги:

Nous connaissons déjà Elijah Baley et Daneel R. Olivaw qui menèrent une difficile enquête dans Les cavernes d’acier.
C’est désormais sur la lointaine planète Solaria qu’ils vont devoir exercer leur talent. Sur ce monde, les hommes n’acceptent plus de se rencontrer physiquement mais se « visionnent » grâce à des projections télévisées.
Or, un meurtre a été commis, un meurtre apparemment impossible puisque aucun Solarien n’aurait eu la force nerveuse suffisante pour s’approcher d’un de ses compatriotes. Qui plus est, un robot semble impliqué, ce qui est absurde, puisque les lois de la robotique interdisent à ces êtres de métal de causer le moindre tort aux hommes.
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— Certes, répondit Gruer calmement. C’est une chose, entre d’autres, que nous n’arrivons pas à comprendre. C’est la seule raison pour laquelle nous n’avons pas entamé de poursuites vis-à-vis de Mme Delmarre. C’est la seule raison qui m’ait fait dire que la coupable, elle non plus, n’avait pu commettre le crime. Je devrais peut-être dire plutôt : n’avait, apparemment, pas pu le commettre.

— Apparemment ?

— Il faut qu’elle se soit débarrassée de l’arme d’une façon ou de l’autre. Et, jusqu’à présent, nous n’avons pas eu assez d’intelligence pour la découvrir.

Baley dit, d’un air revêche :

— Vous avez envisagé toutes les possibilités ?

— Oui, je pense.

— Je n’en suis pas si sûr. Voyons un peu. On a utilisé une arme pour fracasser le crâne d’un homme : mais elle ne se trouve pas sur les lieux du crime. L’autre branche de l’alternative est donc que « on » l’a emportée. Ce n’est pas Rikaine Delmarre qui a pu l’emporter, puisqu’il est mort. Est-ce donc Gladïa Delmarre ?

— Il faut que ce soit elle, répondit Gruer.

— Bon ! Alors comment ? Lorsque les robots sont arrivés, elle gisait évanouie sur le plancher, ou elle feignait peut-être d’être évanouie ? De toute façon, elle était là. Combien s’est-il écoulé de temps entre le meurtre et l’arrivée du premier robot ?

— Tout cela dépend de l’heure exacte du crime, et c’est ce que nous ignorons, fit Gruer avec une certaine gêne.

— J’ai lu votre compte rendu, monsieur. Il mentionne qu’un robot a fait état d’un remue-ménage et d’un cri qu’il a identifié comme poussé par le Dr Delmarre. Apparemment donc, il était le plus près des lieux. Le signal d’appel s’est allumé cinq minutes plus tard. Il a fallu à ce robot moins d’une minute pour arriver sur place. (Baley se rappelait assez ses émotions de voir arriver comme l’éclair un robot à peine avait-il été appelé.) En cinq minutes, même en dix, à quelle distance Mme Delmarre aurait-elle pu emporter l’arme et revenir à temps pour jouer l’évanouie ?

— Elle aurait pu s’en débarrasser dans un incinérateur à ordures.

— D’après le compte rendu, cet incinérateur a été visité. Le rayonnement gamma des résidus était insignifiant. Aucun objet des dimensions du poing n’y avait été détruit depuis vingt-quatre heures.

— Hé ! Je le sais bien, dit Gruer, mais je vous offre cette solution simplement comme un exemple de ce qu’il était possible de faire.

— D’accord, dit Baley, mais il y a peut-être une explication toute simple. Je suppose que tous les robots appartenant à la domesticité des Delmarre ont été vérifiés, tous, sans exception.

— Oui, bien sûr.

— Et tous étaient en bon ordre de marche ?

— Oui.

— Est-ce que l’un d’eux aurait pu emporter l’arme sans avoir conscience de ce que c’était ?

— Aucun d’eux n’a rien emporté des lieux du crime. Ni n’a touché à quoique ce soit d’ailleurs.

— Pardon, mais c’est faux. Ils ont certainement emporté le corps, et, avant, ils l’ont touché pour le préparer pour l’incinération.

— Mais oui, bien sûr. Mais cela n’a pas la moindre importance. Ils étaient censés agir ainsi.

« Jehoshaphat ! » jura Baley entre ses dents. Il avait beaucoup de mal à conserver son calme.

— Supposons maintenant, dit-il, que quelqu’un d’autre se soit trouvé sur les lieux.

— C’est impossible, se récria Gruer, comment quelqu’un aurait-il osé affronter la présence corporelle du Dr Delmarre ?

— J’ai dit « supposons », cria Baley. Il n’est jamais venu à l’esprit des robots qu’un importun ait pu être présent. Je ne pense pas qu’un seul d’entre eux se soit livré immédiatement à la moindre recherche sur les terrains qui entourent la maison. Du moins, cela ne figure pas au compte rendu.

— Il n’y a pas eu de recherches de faites jusqu’au moment où nous nous sommes inquiétés de l’arme. Mais cela est venu un long moment après.

— Pas de recherches des traces laissées par un véhicule de surface ou aérien sur le sol ?

— Non.

— Si donc quelqu’un s’était armé d’assez de culot pour affronter la présence corporelle du Dr Delmarre, comme vous dites, il aurait pu le tuer et repartir tout à son aise. Personne ne l’eût arrêté ou même remarqué. Et par la suite, il pouvait compter que tout un chacun affirmerait qu’il était impossible qu’il y eût quelqu’un.

— Parce que c’est impossible, affirma Gruer d’un ton péremptoire.

— Encore une chose, dit Baley, une seule chose. Il y a un robot impliqué dans l’affaire : un robot était présent lors du meurtre.

Pour la première fois, Daneel s’interposa : le robot n’était pas présent lors du crime. S’il avait été là, le meurtre n’aurait pu avoir lieu.

Baley se retourna stupéfait. Et Gruer, qui avait repris son verre, comme s’il se disposait à boire, le reposa pour regarder Daneel.

— N’est-ce pas ? reprit Daneel.

— Je suis tout à fait d’accord avec vous, dit Gruer. Un robot se serait interposé pour éviter qu’un être humain n’en blessât un autre. C’est la Première Loi.

— Bon, dit Baley, je vous l’accorde. Mais il devait se trouver tout près des lieux, puisqu’il s’y trouvait déjà quand les autres robots sont arrivés. Disons qu’il se trouvait dans la pièce à côté. Reprenons donc ainsi : Le meurtrier s’avance sur Delmarre et celui-ci s’écrie : « Vous allez me tuer. » Les robots de la domesticité n’ont pas entendu les paroles : tout au plus, ils ont entendu un cri. Aussi, comme on ne les avait pas appelés, ne sont-ils pas venus. Mais le robot en question, lui, a entendu la phrase, en a saisi le sens, et sous l’empire de la Première Loi est arrivé aussitôt, sans avoir été appelé. Mais trop tard. Très probablement, il a dû voir le meurtre se commettre.

— Il doit, en effet, avoir assisté aux derniers instants, reconnut Gruer. Et c’est ce qui l’a détraqué. De voir un humain subir une blessure, sans être intervenu, est enfreindre la Première Loi, et selon les circonstances une telle infraction entraîne des avaries plus ou moins graves dans le cerveau positronique. Et, dans le cas présent, les avaries ont été irrémédiables.

Et Gruer se mit à contempler le bout de ses ongles tandis qu’il faisait machinalement tourner son verre entre ses doigts.

— Donc, dit Baley, le robot a été témoin du crime. L’a-t-on interrogé ?

— Pour quoi faire ? Il était totalement détraqué. Il ne savait plus dire que « Vous allez me tuer ! » Je suis tout à fait d’accord, jusqu’à présent, avec la reconstitution que vous venez de faire. Cette phrase représente certainement les dernières paroles prononcées par Delmarre, qui se sont gravées dans la conscience du robot alors que tout le reste était détruit.

— Mais l’on m’a dit que la spécialité de Solaria porte sur les robots. N’y avait-il pas moyen de réparer ce robot ? Aucune possibilité de rafistoler tant soit peu ses circuits ?

— Absolument rien, affirma Gruer sans hésitation.

— Et où se trouve ce robot maintenant ?

— A la ferraille, répondit Gruer.

Baley leva les sourcils.

— C’est une affaire vraiment curieuse. Pas de motif, pas de possibilité, pas de témoin et pas de preuve ! Et là même où il y avait un début de preuve, on l’a détruit. Vous n’avez qu’une personne suspecte, que tout le monde s’accorde pour affirmer coupable : ou, tout au moins, tout le monde s’accorde pour prétendre que personne d’autre ne peut l’être. C’est visiblement une opinion que vous partagez vous aussi. Donc, reste une seule question : pourquoi m’avoir fait venir ?

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