Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Серия: Majipoor (fr) #3
- Год: 1985
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2-221-04390-1
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]». Краткое содержание книги:
Mais il n’est pas dit que le règne de Valentin restera serein. Tandis que le Coronal entreprend son Périple à travers les immensités de Majipoor, afin de se faire voir de ses peuples, accompagné de Carabella, son épouse bien aimée, de ses amis des jours d’infortune devenus grands seigneurs et d’une armée de courtisans, les nuages s’amoncellent, les maladies frappent les récoltes, s’étendent comme feu de forêt. Des monstres surgissent des forêts d’habitude paisibles de Majipoor. La famine survient, et la rébellion.
Faudra-t-il faire la guerre aux Changeformes ? Car ce sont eux, premiers occupants de la planète, jadis massacrés et refoulés par les humains venus de l’espace, qui tentent une nouvelle révolte. Valentin, qui est épris de paix et d’amour, ne parvient pas à s’y résoudre. Majipoor va-t-elle sombrer ?
Il y avait des alabandinas venues de Zimroel et d’Alhanroel dans toutes les couleurs naturelles et une bonne partie des variétés hybrides. Il y avait des tanigales et des thwales et aussi des nyctaflores, ces arbres des forêts Métamorphes qui le premier jour de l’hiver à minuit connaissaient une brève et éclatante floraison. Il y avait des pinninas et des androdragmas, des bubblebush et des mousses-caoutchouc, des halatingas provenant de boutures prises sur le Mont du Château, des caramangs, des muornas et des sihornish, des sefitongals et des eldirons. Il faisait également des expériences sur des espèces fragiles telles que les palmiers de feu de Pidruid qu’il réussissait parfois à conserver six ou sept saisons, les arbres à aiguilles des hauts plateaux qui dépérissaient rapidement en l’absence des températures froides dont ils avaient besoin et les cactus-lune du désert de Velalisier, aux formes étranges et spectrales, qu’il s’efforçait en vain de protéger des pluies trop fréquentes. Mais Etowan ne dédaignait pas non plus les plantes originaires de la région, sous prétexte qu’elles étaient moins exotiques. Il accordait tous ses soins à des arbres-vessie boursouflés, gonflés comme des baudruches et se balançant sur leur tige mince, de sinistres plantes-bouches carnivores des forêts de Mazadone, des fougères chanteuses, des arbres à choux, deux énormes dwikkas, une demi-douzaine d’arbres-fougère à l’aspect préhistorique. Il avait disposé dans l’intervalle de petits buissons de sensitives partout où cela lui semblait approprié, estimant que leur nature sauvage et fragile formait un plaisant contraste avec les plantes plus éclatantes et plus hardies qui constituaient l’essentiel de sa collection.
Le début du jour où il constata la flétrissure des sensitives avait été d’une rare splendeur. Il avait légèrement plu durant la nuit, mais les averses avaient cessé. Dès l’aube, Etowan Elacca commença sa promenade quotidienne dans le jardin. Il n’y avait pas un nuage et l’air était d’une clarté exceptionnelle, de sorte que le soleil levant allumait à l’occident des flamboiements verts sur les collines de granit. Les fleurs d’alabandinas chatoyaient, les plantes-bouches, affamées, entrechoquaient impatiemment leurs organes semblables à des lames de couteau et à des mâchoires et partiellement englués dans la cavité placée au centre de leurs feuilles disposées en rosette. De minuscules longs becs aux ailes cramoisies voletaient comme des éclats de lumière éblouissants dans les branches des androdragmas. Malgré tout cela, il ne parvenait pas à chasser un pressentiment inquiétant. Il avait fait de mauvais rêves, des rêves de scorpions, de dhiims et autres animaux nuisibles ravageant ses champs, et c’est presque sans surprise qu’il découvrit les pauvres sensitives flétries et noircies par quelque tourment nocturne.
Avant le petit déjeuner, il travailla seul pendant une heure, arrachant tristement les plantes endommagées. Elles étaient encore vivantes sous les branches blessées, mais il était impossible de les sauver, car le feuillage flétri ne pourrait se régénérer et s’il essayait de le couper, l’élagage provoquerait la mort des parties basses. Il les arracha donc en grandes quantités, frissonnant en sentant les plantes se rétracter à son contact, et en fit un grand feu. Puis il fit venir son jardinier en chef et son contremaître dans la plantation de sensitives et leur demanda si quelqu’un savait ce qui avait pu provoquer la réaction des plantes. Mais ils n’en avaient pas la moindre idée.
Etowan Elacca broya du noir pendant toute la matinée, mais il n’était pas dans sa nature de demeurer longtemps abattu et dès l’après-midi, il s’était procuré une centaine de paquets de graines de sensitives à la pépinière locale. Il était naturellement impossible d’acheter des plants, car ils ne pourraient survivre à une transplantation. Il passa la journée du lendemain à ensemencer. Dans six à huit semaines, il n’y paraîtrait plus. Il considéra cet événement comme un petit mystère qui serait peut-être résolu un jour, mais il en doutait et le chassa de son esprit.
Deux jours plus tard se produisit un autre événement tout aussi singulier : la pluie pourprine. C’était insolite mais anodin. Tout le monde s’accorda pour dire que les vents devaient être en train de changer pour pousser le skuvva si loin à l’ouest. Le dépôt de sable n’était resté qu’à peine une journée avant d’être lavé par une ondée. Etowan Elacca s’empressa également d’oublier la pluie pourprine. Mais ce qui était arrivé aux niyks…
Quelques jours après la pluie pourprine, Etowan surveillait la cueillette des fruits du glein quand son contremaître, un Ghayrog imperturbable à la peau tannée répondant au nom de Simoost, arriva en manifestant ce qui était pour lui une vive excitation. Ses cheveux flexueux se tortillaient frénétiquement et sa langue fourchue allait et venait à une vitesse folle, comme si elle voulait sortir de sa bouche.
— Les niyks ! criait-il. Les niyks !
Les feuilles de niyk, de couleur gris-blanc, sont effilées et se dressent en touffes clairsemées à l’extrémité des tiges noires longues de cinq centimètres comme si elles avaient été redressées par une brusque décharge électrique. Le tronc mince, les branches rares et anguleuses et cette forme relevée des feuilles donnent au niyk un aspect épineux très particulier, de sorte que même à une grande distance on ne peut le confondre avec un autre arbre. Etowan partit en courant vers la plantation, accompagné de Simoost. À plusieurs centaines de mètres des niyks, il remarqua quelque chose qu’il n’aurait pas cru possible. Toutes les feuilles étaient inclinées, comme si, au lieu de niyks, il s’agissait d’arbres pleureurs, des tanigales ou des halatingas !
— Hier, ils étaient vigoureux, dit Simoost. Ce matin encore, tout allait bien. Mais là, regardez…
Etowan Elacca atteignit le premier groupe de cinq niyks et posa la main sur le tronc le plus proche. Il avait l’air étrangement léger. Etowan exerça une pression et l’arbre céda, ses racines desséchées s’arrachant aisément du sol. Il en déracina ainsi un autre, puis un troisième.
— Ils sont morts, dit-il.
— Mais les feuilles, hasarda Simoost. Même quand un niyk est mort, les feuilles restent dressées. Or celles-ci… Je n’ai jamais vu cela…
— Ce n’est pas une mort naturelle, murmura Etowan Elacca. C’est quelque chose de nouveau, Simoost.
Il courut de bosquet en bosquet en renversant les arbres. Arrivé au troisième groupe, il cessa de courir. Au cinquième, il marchait très lentement, la tête baissée.
— Morts… Tous morts… Mes beaux niyks…
Toute la plantation était détruite. Ils étaient morts comme meurent les niyks, très vite, l’humidité se retirant de leur tronc spongieux. Mais toute une plantation d’individus dont l’existence était réglée par un cycle de dix ans et plantés à des périodes étalées dans le temps ne pouvait mourir d’un coup et la réaction des feuilles était inexplicable.
— Nous allons en faire part à l’expert agricole, dit Etowan Elacca. Et tu enverras des messages à Hagidawn et à Nismayne… et à celui qui a la ferme près du lac, comment s’appelle-t-il déjà ? Essaie de savoir s’ils ont eu eux aussi des ennuis avec leurs niyks. Je me demande si c’est une maladie. Mais les niyks n’ont pas de maladie, Simoost, à moins qu’elle ne soit inconnue. Et qu’elle tombe sur nous comme un message du Roi des Rêves.
— La pluie pourprine, monsieur.
— Un peu de sable coloré ? Comment cela pourrait-il faire du mal aux arbres ? De l’autre côté de la vallée, ils en ont une douzaine de fois par an et cela ne nuit pas à leurs cultures. Oh, Simoost, mes niyks ! Mes niyks !…