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Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]

Электронная книга - «Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Majipoor, la planète géante, règne Lord Valentin le Coronal, qui, naguère jongleur, a retrouvé son trône, mais conservé un corps d’emprunt. Ces faits de haute chronique ont été relatés dans Le château de Lord Valentin.
Mais il n’est pas dit que le règne de Valentin restera serein. Tandis que le Coronal entreprend son Périple à travers les immensités de Majipoor, afin de se faire voir de ses peuples, accompagné de Carabella, son épouse bien aimée, de ses amis des jours d’infortune devenus grands seigneurs et d’une armée de courtisans, les nuages s’amoncellent, les maladies frappent les récoltes, s’étendent comme feu de forêt. Des monstres surgissent des forêts d’habitude paisibles de Majipoor. La famine survient, et la rébellion.
Faudra-t-il faire la guerre aux Changeformes ? Car ce sont eux, premiers occupants de la planète, jadis massacrés et refoulés par les humains venus de l’espace, qui tentent une nouvelle révolte. Valentin, qui est épris de paix et d’amour, ne parvient pas à s’y résoudre. Majipoor va-t-elle sombrer ?
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— Je vais aller courir sans toi, dit Elidath. Reste ici, assieds-toi au bureau du Coronal et signe ces montagnes de décrets. C’est bien ce que tu veux, Divvis ? T’asseoir à ce bureau ?

Il pivota avec colère sur ses talons et quitta la pièce.

— Attends ! dit Divvis. Nous arrivons.

Il se mit à courir derrière Elidath et, en arrivant à sa hauteur, le prit par le coude.

— Je n’ai pas parlé de la succession, dit-il d’une voix basse et grave, très éloignée de son intonation moqueuse coutumière. J’ai simplement dit qu’il était nécessaire que Valentin assume le Pontificat. Crois-tu que je contesterais tes droits à la couronne ?

— Je ne suis pas un prétendant à la couronne, dit Elidath.

— Personne ne prétend jamais à la couronne, répliqua Divvis. Mais tout le monde sait que tu es l’héritier présomptif. Elidath, Elidath !…

— Laisse-le, dit Mirigant. Je croyais que nous étions venus pour courir.

— Oui, dit Divvis. Allons courir et ne parlons plus de cela.

— Le Divin soit loué, murmura Elidath.

Il les précéda dans l’escalier aux larges marches de pierres polies par des siècles d’utilisation et devant les postes de garde placés à l’entrée du passage Vildivar menant au boulevard de blocs de granit rose qui marquait la limite de l’enceinte intérieure du Château, les salles de travail du Coronal, avant l’incompréhensible enchevêtrement des bâtiments extérieurs qui l’entouraient au sommet du Mont. Il avait l’impression d’avoir le front pris dans un cercle d’acier brûlant. D’abord signer des monceaux de stupides paperasses et ensuite devoir écouter la harangue perfide de Divvis…

Mais il savait que Divvis était dans le vrai. Les choses ne pouvaient pas durer ainsi beaucoup plus longtemps. Quand des mesures d’importance devaient être prises, il fallait que le Pontife et le Coronal se consultent afin d’interdire toute folie par leurs sagesses conjuguées. Mais il n’y avait plus véritablement de Pontife. Et Valentin qui essayait d’agir seul courait à l’échec. Pas même les plus grands Coronals de l’histoire, Confalume, Prestimion, Dekkeret, n’avaient eu la présomption de régner sans partage. Et les obstacles qu’ils avaient dû surmonter n’étaient rien en comparaison de ceux qui se dressaient devant Valentin. Qui aurait pu imaginer à l’époque de lord Confalume que les Métamorphes soumis, humiliés, redresseraient un jour la tête et demanderaient réparation de la perte de leur monde ? Et pourtant le soulèvement était en cours dans des endroits tenus secrets. Elidath n’était pas prêt d’oublier les dernières heures de la guerre de restauration, quand il s’était battu pour descendre dans les souterrains qui abritaient les machines de climatisation du Mont du Château. Pour atteindre les machines, il lui avait fallu tuer des soldats portant l’uniforme de la garde personnelle du Coronal qui en mourant changeaient de forme et reprenaient leurs traits de Métamorphes : bouche mince, nez presque inexistant, yeux en amande. Cela faisait déjà huit ans ; et Valentin espérait encore rentrer par son amour dans les bonnes grâces de cette nation de mécontents et trouver une voie honorable pour apaiser leur colère sans effusion de sang. Mais au bout de huit ans, il ne pouvait se prévaloir d’aucune réalisation concrète. Et qui savait jusqu’où les Métamorphes avaient réussi à s’infiltrer ?

Elidath prit une profonde respiration et fit un démarrage foudroyant qui laissa sur place Mirigant et Divvis.

— Ho ! s’écria Divvis. C’est ce que tu appelles du footing ? Elidath ne lui prêta aucune attention. Il ne pouvait se débarrasser de la douleur tapie en lui que par une autre forme de souffrance. Et il continuait à courir à perdre haleine, allant jusqu’à la limite de ses forces. Il passa devant le frêle beffroi à cinq flèches de lord Arioc, la chapelle de lord Kinniken et la résidence pontificale. Il laissa derrière lui la cascade de Guadeloom, contourna la masse noire et trapue de la trésorerie de lord Prankipin et remonta les Quatre-Vingt-Dix-Neuf Marches. Le cœur cognant dans sa poitrine, il se dirigea vers le vestibule de la Cour Pinitor, traversant des lieux qu’il avait parcourus tous les jours pendant trente ans, depuis que tout jeune il était arrivé de Morvole, au pied du Mont, pour s’initier à l’art du gouvernement. Combien de fois avait-il couru ainsi en compagnie de Valentin, ou de Stasilaine ou Tunigorn ? Ils étaient tous les quatre comme des frères, quatre garçons déchaînés courant à toutes jambes à travers le Château de lord Malibor, comme il s’appelait à l’époque. Ah, que la vie était belle ! Ils savaient qu’ils deviendraient conseillers de Voriax quand il serait nommé Coronal, ce qui, de l’avis général, ne pouvait manquer d’arriver, mais pas avant de longues années. Mais lord Malibor était mort beaucoup trop tôt, ainsi que Voriax qui lui avait succédé ; la couronne était revenue à Valentin et plus rien n’avait jamais été pareil pour eux.

— Et maintenant ? Le moment est venu pour Valentin de se retirer dans le Labyrinthe, avait dit Divvis. Oui. Oui. Un peu jeune, pour être Pontife, certes, mais il avait eu le malheur d’être intronisé quand Tyeveras était déjà gâteux. Le vieil empereur avait bien mérité le repos éternel, Valentin devait descendre dans le Labyrinthe et la couronne à la constellation être donnée à…

— À moi ? Lord Elidath ? Cela va-t-il devenir le Château de lord Elidath ?

Cette pensée le remplit à la fois d’émerveillement et d’effroi. Il avait pu constater ces six derniers mois ce qu’était la charge de Coronal.

— Elidath ! Tu vas te tuer ! Tu cours comme un dératé !

C’était la voix de Mirigant, loin derrière lui, comme des bribes de paroles poussées par le vent depuis une cité lointaine. Elidath était presque arrivé au sommet des Quatre-Vingt-Dix-Neuf Marches. Son cœur battait à se rompre, sa vue commençait à se brouiller, mais il se força à aller jusqu’au bout, jusqu’à la dernière marche, et à s’engager dans l’étroit vestibule de pierre vert foncé qui menait au secteur administratif de la Cour Pinitor. Il tourna un angle sans faire attention, un choc violent l’étourdit et il entendit un grognement. Puis il s’effondra et demeura étendu de tout son long, à moitié assommé.

Il se redressa sur son séant, ouvrit les yeux et découvrit un jeune homme mince, au teint foncé, à la chevelure brune coiffée d’une manière apprêtée dans un style nouveau et original, qui se relevait tout tremblant et s’avançait vers lui.

— Tout va bien, monsieur ?

— Je vous ai heurté, n’est-ce pas ? J’aurais dû… regarder où j’allais…

— Je vous ai vu, mais trop tard. Vous couriez si vite. Laissez-moi vous aider à vous relever.

— Cela va aller, mon garçon. Mais il faut que je reprenne mon souffle…

Faisant fi de l’aide que lui proposait le jeune homme, il se remit debout, épousseta son pourpoint, vit qu’il avait une longue déchirure sur un genou par laquelle on distinguait la peau ensanglantée et remit sa cape en place. Son cœur battait encore à une vitesse folle et il se sentait totalement ridicule. Divvis et Mirigant arrivaient en haut des marches. Se tournant vers le jeune homme, Elidath commença à lui présenter ses excuses, mais l’étrange expression qu’il lut sur son visage l’arrêta.

— Cela ne va pas ? demanda Elidath.

— Seriez-vous Elidath de Morvole ?

— Oui, c’est moi.

— J’avais bien cru vous reconnaître en vous regardant de plus près, dit le garçon en riant. Alors vous êtes celui que je cherche. On m’a dit que je vous trouverais dans la Cour Pinitor. J’ai un message pour vous.

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