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Le bûcher d'un roi

Электронная книга - «Le bûcher d'un roi». Краткое содержание книги:

Le destin des Sept Royaumes est sur le point de basculer. A l’Est, Daenerys, dernière descendante de la Maison Targaryen, secondée par ses terrifiants dragons arrivés à maturité, règne sur une cité de mort et de poussière, entourée d’ennemis. Mais alors que certains voudraient la voir passer de vie à trépas, d’autres entendent rallier sa cause, tel Tyrion Lannister, le Lutin, dont la tête vaut de l’or depuis qu’il s’est rendu coupable du meurtre de son père, Tywin. Au Nord, où se dresse l’immense Mur de glace et de pierre qui garde la frontière septentrionale des Royaumes, Jon Snow, le bâtard de feu Eddard Stark, a été élu 998e Commandant en chef de la Garde de Nuit, mais ses adversaires se dissimulent des deux côtés du Mur, y compris parmi les troupes de Stannis Baratheon qui ont élu domicile dans ces contrées glacées…
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Juste devant eux, l’orignac zigzaguait entre les monticules de neige, la tête baissée, ses énormes andouillers cuirassés de glace. Le patrouilleur siégeait à califourchon sur sa vaste échine, austère et silencieux. Mains-froides, l’avait baptisé le gros Sam, car malgré son visage blême le patrouilleur avait les mains noires et dures comme fer, et froides comme le fer également. Tout le reste de sa personne était bardé de couches de laine, de cuir bouilli et de maille, les traits de son visage noyés dans l’ombre de sa cape cagoulée et une écharpe en laine noire nouée sur le bas de son visage.

Derrière le patrouilleur, Meera Reed serrait de ses bras son frère, pour l’abriter du vent et du froid avec la chaleur de son propre corps. Une croûte de morve gelée s’était formée sous le nez de Jojen et, de temps en temps, il tressaillait d’un violent frisson. Il a l’air si petit, songea Bran en le regardant vaciller. On le croirait plus menu que moi, à présent, et plus faible, aussi, alors que c’est moi, l’estropié.

Été fermait la marche de leur petite bande. Le souffle du loup géant givrait l’air de la forêt tandis qu’il avançait sur leurs talons, en clopinant toujours de la patte arrière qui avait reçu la flèche, à Reine-Couronne. Bran éprouvait la douleur de la vieille blessure chaque fois qu’il se glissait dans la peau du grand loup. Ces derniers temps, Bran avait endossé le corps d’Été plus souvent que le sien propre ; le loup ressentait la morsure du froid, en dépit de l’épaisseur de sa toison, mais il pouvait voir plus loin, mieux entendre et flairer davantage de choses que le jeune garçon dans sa hotte, emballé comme un marmot dans ses langes.

En d’autres occasions, quand il se fatiguait d’être un loup, Bran se glissait plutôt dans la peau d’Hodor. Le doux géant geignait en percevant sa présence et agitait sa tête hirsute d’un côté à l’autre, mais pas aussi violemment qu’il l’avait fait la première fois, à Reine-Couronne. Il sait que c’est moi, aimait à se répéter le garçon. Il s’est habitué à moi, maintenant. Quand bien même, il n’avait jamais vraiment ses aises dans la peau d’Hodor. L’énorme garçon d’écurie ne comprenait toujours pas la situation – et Bran sentait au fond de sa bouche un goût de peur. On était mieux à l’intérieur d’Été. Je suis lui, et il est moi. Il ressent ce que je ressens.

Parfois, Bran sentait le loup-garou flairer l’orignac, en se demandant s’il pourrait le jeter à bas. Été s’était accoutumé aux chevaux, à Winterfell, mais les orignacs étaient des proies. Le loup géant percevait le sang chaud qui circulait sous la peau hirsute de l’orignac. L’odeur seule suffisait à faire couler la bave de ses mâchoires et, lorsque cela arrivait, des chimères de viande riche et sombre mettaient l’eau à la bouche de Bran.

Depuis un chêne proche, un corbeau croassa et Bran entendit battre des ailes tandis qu’un autre des gros volatiles noirs descendait pour venir se poser près de lui. Le jour, une demi-douzaine de corbeaux demeuraient avec eux, voletant d’arbre en arbre ou se laissant transporter sur les bois de l’orignac. Le reste du groupe partait en éclaireur ou s’attardait en arrière. Mais ils revenaient dès que le soleil baissait, fondant du ciel sur des ailes noires comme la nuit, surchargeant enfin chaque branche de chaque arbre à plusieurs pas à la ronde. Certains planaient jusqu’au patrouilleur pour lui marmotter on ne savait quoi, et il semblait à Bran que celui-ci interprétait leurs croassements et leurs jacasseries. Ce sont ses yeux et ses oreilles. Ils partent en éclaireurs pour lui, et lui soufflent les dangers en avant et en arrière.

Comme en ce moment. L’orignac fit subitement halte, et le patrouilleur sauta de son dos avec légèreté pour atterrir dans la neige qui lui montait aux genoux. Été gronda à son adresse, sa fourrure hérissée. L’odeur de Mains-froides ne plaisait pas au loup géant. Viande morte, sang séché, un vague relent de pourri. Et le froid. Par-dessus tout, le froid.

« Qu’y a-t-il ? voulut savoir Meera.

— Derrière nous », annonça Mains-froides, sa voix étouffée par l’écharpe en laine noire sur son nez et sa bouche.

« Des loups ? » demanda Bran. Ils savaient depuis des jours qu’on les suivait. Chaque nuit ils entendaient le hurlement lugubre de la meute, et chaque nuit les loups semblaient un peu plus proches. Des chasseurs, et affamés. Ils ont senti notre faiblesse. Souvent Bran s’éveillait en frissonnant des heures avant l’aube, et il écoutait le son de leurs appels de l’un à l’autre, au loin, tandis qu’il attendait le lever du soleil. Si ce sont des loups, il doit y avoir des proies, avait-il pensé, jusqu’à ce que l’idée lui vienne que les proies, c’étaient eux.

Le patrouilleur secoua la tête. « Des hommes. Les loups continuent à tenir leurs distances. Ces hommes sont moins timides. »

Meera Reed repoussa sa cagoule en arrière. La neige détrempée qui l’avait couverte croula au sol avec un choc mou. « Combien d’hommes ? Qui est-ce ?

— Des ennemis. Je me chargerai d’eux.

— Je vous accompagne.

— Vous restez ici. Il faut protéger le petit. Il y a un lac en avant, pris par les glaces. Quand vous y arriverez, tournez au nord et suivez la berge. Vous parviendrez à un village de pêcheurs. Réfugiez-vous-y jusqu’à ce que je puisse vous rattraper. »

Bran eut l’impression que Meera allait protester jusqu’à ce que son frère dise : « Fais ce qu’il dit. Il connaît le pays. » Jojen avait des yeux vert sombre, couleur de mousse, mais chargés d’une lassitude que Bran n’y avait encore jamais vue. Le petit grand-père. Au sud du Mur, le gamin des huttes de pierre avait semblé doté d’une sagesse qui dépassait son âge, mais ici, il était aussi désorienté et effrayé que le reste de la bande. Cependant Meera l’écoutait toujours.

Cela restait vrai. Mains-froides se glissa entre les arbres, rebroussant le chemin qu’ils avaient parcouru, avec quatre corbeaux battant des ailes derrière lui. Meera le regarda partir, les joues rougies de froid, le souffle fumant de ses narines. Elle remonta sa cagoule et donna une bourrade à l’orignac, et leur périple reprit. Avant qu’ils n’eussent parcouru vingt pas, toutefois, elle se retourna pour regarder en arrière et releva : « Des hommes, il a dit. Quels hommes ? Est-ce qu’il parle de sauvageons ? Pourquoi ne veut-il rien dire ?

— Il a dit qu’il allait s’en charger, répondit Bran.

— Oh certes, il l’a dit. Il a aussi dit qu’il nous mènerait à cette corneille à trois yeux. La rivière que nous avons traversée ce matin est la même que nous avions franchie il y a quatre jours, j’en jurerais. Nous tournons en rond.

— Les rivières serpentent et forment des méandres, avança Bran en hésitant, et quand il y a des lacs et des collines, on est obligé de contourner.

— Nous contournons beaucoup trop de choses, insista Meera, et il y a trop de cachotteries. Ça ne me plaît pas. Et lui non plus, il ne me plaît pas. Je n’ai pas confiance en lui. Ses mains, déjà, ce n’est rien de bon. Mais il cache son visage et refuse de donner un nom. Qui est-il ? Qu’est-il ? N’importe qui peut endosser une cape noire. N’importe qui et n’importe quoi. Il ne mange rien, il ne boit jamais, il ne semble pas sensible au froid. »

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