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Le bûcher d'un roi

Электронная книга - «Le bûcher d'un roi». Краткое содержание книги:

Le destin des Sept Royaumes est sur le point de basculer. A l’Est, Daenerys, dernière descendante de la Maison Targaryen, secondée par ses terrifiants dragons arrivés à maturité, règne sur une cité de mort et de poussière, entourée d’ennemis. Mais alors que certains voudraient la voir passer de vie à trépas, d’autres entendent rallier sa cause, tel Tyrion Lannister, le Lutin, dont la tête vaut de l’or depuis qu’il s’est rendu coupable du meurtre de son père, Tywin. Au Nord, où se dresse l’immense Mur de glace et de pierre qui garde la frontière septentrionale des Royaumes, Jon Snow, le bâtard de feu Eddard Stark, a été élu 998e Commandant en chef de la Garde de Nuit, mais ses adversaires se dissimulent des deux côtés du Mur, y compris parmi les troupes de Stannis Baratheon qui ont élu domicile dans ces contrées glacées…
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« Les Immaculés ne parlent pas, lui assura Illyrio. Et la galère qui vous a livré vogue en ce moment même vers Asshaï. Il lui faudra deux ans pour revenir, si les mers sont favorables. Quant à ma maison, tous m’y aiment bien. Personne ne me trahirait. »

Berce-toi de cette pensée, mon ami pansu. Un jour, nous graverons ces mots sur ta crypte. « Nous devrions être à bord de cette galère, répondit le nain. Le plus court chemin vers Volantis passe par la mer.

— La mer est périlleuse, répliqua Illyrio. L’automne est une saison riche en tempêtes, et les pirates continuent d’établir leurs repaires sur les Degrés de Pierre, et de courir les mers pour s’en prendre aux gens honnêtes. Il ne faudrait pas que mon petit ami tombe en de telles mains.

— Il y a aussi des pirates sur la Rhoyne.

— Des pirates d’eau douce. » Le marchand de fromages poussa un bâillement, se couvrant la bouche avec le revers d’une main. « Des capitaines cafards se démenant pour des miettes.

— On entend parler d’hommes de pierre, également.

— Ils existent bel et bien, ces pauvres damnés. Mais à quoi bon évoquer de telles choses ? Il fait bien trop beau pour de pareils sujets de conversation. Nous ne tarderons pas à voir la Rhoyne, et là-bas, vous y serez débarrassé d’Illyrio et de sa grosse panse. D’ici là, buvons et rêvons. Nous avons du vin doux et des friandises à déguster. Pourquoi s’appesantir sur la maladie et la mort ? »

Pourquoi, en effet ? Tyrion entendit une fois de plus vibrer une arbalète, et il s’interrogea. La litière oscillait d’un bord sur l’autre, un mouvement apaisant qui lui donnait l’impression d’être un marmot bercé dans les bras de sa mère pour l’endormir. Non que cette sensation me soit familière. Des coussins de soie rembourrés de duvet d’oie confortaient ses fesses. Les pans de velours pourpre s’incurvaient au-dessus pour former un toit, faisant régner une agréable chaleur en dépit de la fraîcheur automnale à l’extérieur.

Une file de mulets s’étirait derrière eux, transportant coffres, barils et fûts, et des malles de délectables provendes afin d’épargner au seigneur des fromages l’irruption d’une petite fringale. Ils grignotèrent ce matin-là du saucisson épicé, arrosé d’un brun de fumevigne bien sombre. Des anguilles en gelée et des rouges de Dorne remplirent leur après-midi. Le soir venu, il y eut du jambon en tranches, des œufs à la coque et des alouettes rôties fourrées à l’ail et aux oignons, avec des bières pâles et des feuvins de Myr pour faciliter leur digestion. La litière était cependant aussi lente que douillette, et le nain se retrouva bientôt démangé d’impatience.

« Combien de jours avant que nous n’atteignions le fleuve ? demanda-t-il à Illyrio ce soir-là. À cette allure, les dragons de votre reine seront plus grands que les trois d’Aegon avant que je puisse poser les yeux sur eux.

— Si seulement c’était vrai. Un grand dragon inspire plus de terreur qu’un petit. » Le maître haussa les épaules. « Malgré tout le plaisir que j’aurais à accueillir la reine Daenerys à Volantis, je dois m’en remettre à vous et à Griff, pour cela. Je puis mieux la servir à Pentos, en aplanissant la voie pour son retour. Tant que je suis avec vous, ma foi… Eh bien, un vieil homme gras doit avoir son petit confort, non ? Allons, buvez une coupe de vin.

— Dites-moi, demanda Tyrion tout en s’exécutant, pourquoi un maître de Pentos se soucierait-il plus que d’une guigne de la personne qui coiffe la couronne de Westeros ? Où se situe votre profit, dans cette entreprise, messire ? »

Le pansu essuya la graisse de ses lèvres. « Je suis un vieil homme, qui s’est lassé de ce monde et de ses traîtrises. Est-il tellement étrange que je souhaite faire du bien avant le terme de mes jours, en aidant une douce jeune femme à recouvrer ce qui lui revient de droit par la naissance ? »

Et vous n’allez pas tarder à me proposer une armure magique et un palais à Valyria. « Si Daenerys n’est qu’une douce jeune femme, le Trône de Fer va la débiter en douces jeunes pièces.

— Ne craignez rien, mon petit ami. Le sang d’Aegon le Dragon coule dans ses veines. »

En même temps que celui d’Aegon l’Indigne, de Maegor le Cruel et de Baelor le Hagard. « Dites-m’en plus long sur son compte. »

Le pansu devint méditatif. « Daenerys était à moitié une enfant lorsqu’elle est venue me trouver, et pourtant plus belle encore que ma deuxième épouse, tellement charmante que j’ai été tenté de me l’approprier. Mais une créature si craintive, si furtive, que j’ai su que je ne tirerais aucune joie à m’accoupler avec elle. J’ai plutôt convoqué une chaufferette que j’ai baisée avec vigueur jusqu’à ce que cette folie me passe. À parler franc, je n’imaginais pas que Daenerys survivrait longtemps parmi les seigneurs des chevaux.

— Ça ne vous a pas empêché de la vendre au khal Drogo…

— Les Dothrakis n’achètent ni ne vendent. Dites plutôt que son frère Viserys l’a donnée à Drogo pour se gagner l’amitié du khal. Un jeune fat, cupide. Viserys guignait le trône de son père, mais guignait tout autant Daenerys, et répugnait à la céder. La nuit précédant les noces de la princesse, il a cherché à s’introduire dans son lit, clamant avec insistance, que, puisqu’il ne pouvait avoir sa main, il revendiquait sa virginité. Si je n’avais pas pris la précaution de poster des sentinelles à sa porte, Viserys aurait pu anéantir des années de plans.

— À vous entendre, c’est un parfait imbécile.

— Viserys était le fils d’Aerys le Fol, précisément. Daenerys… Daenerys est tout à fait différente. » Il laissa choir une alouette rôtie dans sa bouche et la croqua bruyamment, avec les os. « L’enfant craintive qui s’est réfugiée dans ma demeure est morte sur la mer Dothrak, pour renaître dans le sang et le feu. Cette reine dragon qui porte son nom est une Targaryen authentique. Lorsque j’ai envoyé des navires pour la ramener chez elle, elle s’est tournée vers la baie des Serfs. En quelques jours de temps, elle a conquis Astapor, fait plier le genou à Yunkaï et mis Meereen à sac. Mantarys va suivre, si elle marche vers l’ouest en suivant les anciennes routes valyriennes. Si elle vient par la mer, eh bien… Sa flotte devra se ravitailler en nourriture et en eau à Volantis.

— Par terre ou par mer, il y a bien des lieues entre Meereen et Volantis, fit observer Tyrion.

— Cinq cent cinquante, à vol de dragon, à travers des déserts, des montagnes, des marais et des ruines hantées par les démons. Tant et plus périront, mais ceux qui survivront seront plus forts en atteignant Volantis… où ils vous trouveront, avec Griff, à les attendre, avec des forces fraîches et assez de navires pour tous les transporter de l’autre côté de la mer à Westeros. »

Tyrion médita sur ce qu’il savait de Volantis, la plus ancienne et la plus orgueilleuse des neuf Cités libres. Quelque chose clochait dans l’histoire. Même avec un demi-nez, il le sentait. « On dit qu’à Volantis, il y a cinq esclaves pour chaque homme libre. Pourquoi les triarques viendraient-ils en aide à une reine qui a brisé le commerce des esclaves ? » Il tendit le doigt vers Illyrio. « Et d’ailleurs, pourquoi le feriez-vous, vous ? L’esclavage peut bien être proscrit par les lois de Pentos, mais vous trempez vous aussi dans ce négoce. Au moins le doigt, sinon toute la main. Et pourtant, vous conspirez en faveur de la reine dragon, et non contre elle. Pourquoi ? Qu’espérez-vous gagner de la reine Daenerys ?

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