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Le bûcher d'un roi

Электронная книга - «Le bûcher d'un roi». Краткое содержание книги:

Le destin des Sept Royaumes est sur le point de basculer. A l’Est, Daenerys, dernière descendante de la Maison Targaryen, secondée par ses terrifiants dragons arrivés à maturité, règne sur une cité de mort et de poussière, entourée d’ennemis. Mais alors que certains voudraient la voir passer de vie à trépas, d’autres entendent rallier sa cause, tel Tyrion Lannister, le Lutin, dont la tête vaut de l’or depuis qu’il s’est rendu coupable du meurtre de son père, Tywin. Au Nord, où se dresse l’immense Mur de glace et de pierre qui garde la frontière septentrionale des Royaumes, Jon Snow, le bâtard de feu Eddard Stark, a été élu 998e Commandant en chef de la Garde de Nuit, mais ses adversaires se dissimulent des deux côtés du Mur, y compris parmi les troupes de Stannis Baratheon qui ont élu domicile dans ces contrées glacées…
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Puis tous deux se ruèrent l’un sur l’autre, loup et loup-garou, et il n’y eut plus le temps de penser. Le monde se réduisit à la griffe et à la dent, la neige volant tandis qu’ils roulaient, viraient et se déchiraient, les autres loups grognant et claquant des mâchoires autour d’eux. Ses mâchoires se refermèrent sur une fourrure hirsute et glissante de givre, sur une patte mince comme un bâton sec, mais le loup borgne lui griffa le ventre et se dégagea de sa prise, roula et se jeta sur lui. Des crocs jaunes se refermèrent en grinçant sur sa gorge, mais il repoussa son vieux cousin gris en s’ébrouant comme il l’aurait fait d’un rat, puis chargea à sa suite, le précipitant à terre. Roulant, mordant, donnant des coups de patte, ils luttèrent jusqu’à ce que tous les deux soient lacérés et que du sang frais mouchette les neiges autour d’eux. Mais enfin le vieux loup borgne se coucha et exposa son ventre. Le loup-garou claqua encore deux fois des mâchoires vers lui, lui renifla le postérieur, puis leva la patte sur lui.

Quelques claquements de dents, un grondement de mise en garde, et la femelle et le subalterne se soumirent aussi. La meute lui appartenait.

La proie également. Le loup géant passa d’homme en homme, reniflant, avant de choisir le plus gros, une chose sans visage qui serrait du fer noir dans une main. L’autre main avait disparu, sectionnée au poignet, le moignon ligaturé de cuir. Du sang coulait, épais et lent, de l’entaille en travers de sa gorge. Le loup le lapa avec sa langue, lécha la ruine lacérée et énucléée de son nez et de ses joues, puis il fourra son museau dans le cou et l’ouvrit en le déchirant, gobant une bouchée délicieuse de viande. Aucune chair n’avait jamais eu la moitié de cette saveur.

Quand il en eut fini avec celui-ci, il passa au suivant, et dévora aussi les meilleurs morceaux de cet homme. Des corbeaux l’observaient du haut des arbres, tassés, l’œil noir et silencieux sur les branches tandis que la neige descendait lentement autour d’eux. Les autres loups se contentèrent de ses restes ; le vieux mâle se nourrit le premier, ensuite la femelle, puis le subalterne. Ils lui appartenaient, à présent. Ils formaient une meute.

Non, chuchota le garçon, nous avons une autre meute. Lady est morte et peut-être aussi Vent Gris, mais quelque part, il reste Broussaille, Nymeria et Fantôme. Tu te souviens de Fantôme ?

La neige qui tombait et les loups qui se repaissaient commencèrent à se brouiller. De la chaleur battit contre son visage, aussi réconfortante que les baisers d’une mère. Du feu, se dit-il, de la fumée. Son nez se fronça à l’odeur de la viande rôtie. Puis la forêt bascula et il fut de retour dans la maison commune, de retour dans son corps cassé, les yeux posés sur un feu. Meera Reed faisait tourner une pièce de viande rouge crue au-dessus des flammes, pour la laisser charbonner et crachoter. « Juste à temps », commenta-t-elle. Bran se frotta les yeux du bas de la paume et se tortilla à reculons contre le mur pour se rasseoir. « Tu as failli manquer le repas, à force de dormir. Le patrouilleur a trouvé une truie. »

Derrière elle, Hodor déchirait à belles dents un morceau de chair brûlante et carbonisée, alors que du sang et de la graisse lui dégoulinaient dans la barbe. Des fumerolles montaient d’entre ses doigts. « Hodor, marmonnait-il entre deux bouchées, hodor, hodor. » Sa bâtarde était posée sur le sol en terre à côté de lui. Jojen Reed grignotait son propre rôti à petits coups de dents, mâchant chaque morceau de viande une douzaine de fois avant d’avaler.

Le patrouilleur a tué un cochon. Mains-froides se tenait à côté de la porte, un corbeau perché sur son bras, et tous deux fixaient le feu. Le reflet des flammes brillait sur quatre prunelles noires. Il ne mange pas, se remémora Bran, et il a peur des flammes.

« Vous aviez dit pas de feu, rappela-t-il au patrouilleur.

— Les murs autour de nous masquent la lumière, et l’aube approche. Nous ne tarderons pas à reprendre la route.

— Qu’est-il arrivé aux hommes ? Les ennemis derrière nous ?

— Ils ne vous ennuieront pas.

— Qui était-ce ? Des sauvageons ? »

Meera tourna la viande pour cuire l’autre face. Hodor mastiquait et avalait, marmonnant d’un ton heureux pour lui-même. Seul Jojen sembla conscient de ce qui se passait, quand Mains-froides tourna la tête pour considérer Bran. « C’étaient des ennemis. »

Des hommes de la Garde de Nuit. « C’est toi qui les as tués. Toi et les corbeaux. Ils avaient la face toute déchiquetée, et plus d’yeux. » Mains-froides ne nia rien. « C’étaient tes frères. J’ai vu. Les loups avaient déchiré leurs vêtements, mais je pouvais quand même voir ça. Ils portaient des capes noires. Comme tes mains. » Mains-froides ne dit rien. « Qui es-tu ? Pourquoi as-tu les mains noires ? »

Le patrouilleur examina ses mains comme s’il ne les avait encore jamais remarquées. « Une fois que le cœur a cessé de battre, le sang d’un homme reflue vers ses extrémités, où il s’alourdit et se fige. » Sa voix raclait dans sa gorge, aussi légère et maigre que lui-même. « Ses mains et ses pieds gonflent et deviennent noirs comme du boudin. Le reste de son corps a la blancheur du lait. »

Meera Reed se leva, sa foëne à rainettes en main, un morceau de viande fumante encore piqué à ses fourchons. « Montre-nous ton visage. »

Le patrouilleur ne fit pas un geste pour obéir.

« Il est mort. » Bran sentait la bile au fond de sa gorge. « Meera, c’est une créature morte. Les monstres ne peuvent pas passer tant que le Mur se dressera solide et que les hommes de la Garde de Nuit seront loyaux, c’est ce que me disait ma vieille nourrice. Il est venu à notre rencontre au Mur, mais il ne pouvait pas le franchir. Il a envoyé Sam à sa place, avec sa sauvageonne. »

La main gantée de Meera se resserra sur la hampe de sa foëne. « Qui t’a envoyé ? Qui est cette corneille à trois yeux ?

— Un ami. Rêveur, sorcier, appelez-le comme vous voudrez. Le dernier vervoyant. » La porte en bois de la maison commune s’ouvrit avec fracas. Au-dehors, le vent de la nuit hurlait, lugubre et noir. Les arbres étaient chargés de corbeaux, qui criaillaient. Mains-froides ne bougea pas.

« Un monstre », déclara Bran.

Le patrouilleur regarda Bran comme si le reste n’existait pas. « Ton monstre à toi, Brandon Stark.

— À toi », reprit le corbeau en écho, de son épaule. Devant la porte, les corbeaux dans les arbres répercutèrent le cri, jusqu’à ce que la forêt nocturne résonne du chahut de la volée : « Toi, toi, toi.

— Jojen, avais-tu rêvé de ça ? demanda Meera à son frère. Qui est-il ? Qu’est-ce qu’il est ? Qu’allons-nous faire, à présent ?

— Nous allons suivre le patrouilleur, décréta Jojen. Nous sommes allés trop loin pour rebrousser chemin maintenant, Meera. Jamais nous ne rejoindrions le Mur vivants. Nous allons suivre le monstre de Bran, ou nous mourrons. »

Tyrion

Ils quittèrent Pentos par la porte du Levant, bien que Tyrion Lannister n’eût pas même aperçu le soleil levant. « Il semblera que vous n’êtes jamais venu à Pentos, mon petit ami, promit maître Illyrio en tirant les rideaux de velours pourpre de la litière pour les clore. Personne ne doit vous voir quitter la cité, de même façon qu’aucun ne vous a vu y entrer.

— Aucun, hormis les marins qui m’ont enfourné dans mon barricaut, le garçon de cabine qui nettoyait derrière moi, la fille que vous avez envoyée réchauffer mon lit et cette fourbe de lavandière aux taches de rousseur. Oh, et vos gardes. À moins que vous ne leur ayez retiré l’entendement en même temps que les couilles, ils savent que vous n’êtes pas seul là-dedans. » La litière était suspendue entre huit énormes percherons par de lourdes sangles de cuir. Quatre eunuques marchaient au pas à côté des chevaux, deux de chaque côté, et d’autres cheminaient à la suite pour garder le train de bagages.

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