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Le bûcher d'un roi

Электронная книга - «Le bûcher d'un roi». Краткое содержание книги:

Le destin des Sept Royaumes est sur le point de basculer. A l’Est, Daenerys, dernière descendante de la Maison Targaryen, secondée par ses terrifiants dragons arrivés à maturité, règne sur une cité de mort et de poussière, entourée d’ennemis. Mais alors que certains voudraient la voir passer de vie à trépas, d’autres entendent rallier sa cause, tel Tyrion Lannister, le Lutin, dont la tête vaut de l’or depuis qu’il s’est rendu coupable du meurtre de son père, Tywin. Au Nord, où se dresse l’immense Mur de glace et de pierre qui garde la frontière septentrionale des Royaumes, Jon Snow, le bâtard de feu Eddard Stark, a été élu 998e Commandant en chef de la Garde de Nuit, mais ses adversaires se dissimulent des deux côtés du Mur, y compris parmi les troupes de Stannis Baratheon qui ont élu domicile dans ces contrées glacées…
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Le village était vide, abandonné par les sauvageons qui l’habitaient naguère, comme tous les autres villages qu’ils avaient croisés. Certains avaient été incendiés, comme si les habitants avaient voulu s’assurer qu’ils ne pourraient pas y revenir en tapinois, mais la torche avait épargné celui-ci. Sous la neige ils découvrirent une douzaine de cabanes et une maison commune, avec son toit en terre et ses épais murs de rondins mal dégrossis.

« Au moins, nous serons à l’abri du vent, déclara Bran.

— Hodor », approuva Hodor.

Meera se laissa glisser à bas du dos de l’orignac. Son frère et elle aidèrent à soulever Bran hors de sa hotte d’osier. « Il se pourrait que les sauvageons aient laissé à manger derrière eux », dit-elle.

L’espoir se révéla vain. À l’intérieur de la maison commune, ils trouvèrent les cendres d’un feu, des sols de terre battue, un froid qui pénétrait jusqu’à l’os. Mais au moins avaient-ils un toit au-dessus de leurs têtes et des parois de rondins pour tenir le vent en respect. Un ruisseau coulait tout près, caparaçonné d’une pellicule de glace. L’orignac dut la briser de son sabot pour boire. Une fois Bran, Jojen et Hodor installés en lieu sûr, Meera leur rapporta des brisures de glace à sucer. L’eau de fonte était si froide qu’elle faisait frissonner Bran.

Été ne les suivit pas à l’intérieur de la maison commune. Bran percevait la faim du grand loup, comme une ombre de la sienne. « Va chasser, lui dit-il, mais laisse l’orignac en paix. » Une partie de lui regrettait de ne pouvoir l’accompagner. Peut-être en serait-il capable, plus tard.

Le souper se résuma à une poignée de glands, broyés et martelés pour les transformer en une pâte, tellement âcre que Bran hoqueta en voulant la garder en lui. Jojen Reed ne s’y essaya même pas. Plus jeune et plus frêle que sa sœur, il s’affaiblissait de jour en jour.

« Jojen, il faut que tu manges, lui dit Meera.

— Plus tard. J’ai juste envie de me reposer. » Jojen afficha un pâle sourire. « C’est pas aujourd’hui que je mourrai, ma sœur.

— Tu as failli tomber de l’orignac.

— Failli. J’ai froid et j’ai faim, c’est tout.

— Alors, mange.

— De la purée de glands ? J’ai mal au ventre, mais ça ne servira qu’à aggraver les choses. Laisse-moi donc, ma sœur. Je rêve de poulet rôti.

— Ce ne sont pas les rêves qui te rassasieront. Pas même les rêves verts.

— Nous n’avons que cela, des rêves. »

Et rien d’autre. Dix jours plus tôt, ils avaient épuisé les derniers vivres qu’ils avaient apportés du sud. Depuis lors, la faim cheminait à leurs côtés jour et nuit. Été lui-même n’arrivait pas à trouver de gibier dans ces bois. Ils survivaient avec des glands broyés et du poisson cru. La forêt abondait de ruisseaux gelés et de lacs froids et noirs, et Meera se débrouillait aussi bien pour pêcher avec sa foëne à rainettes que la plupart des hommes avec un hameçon et une ligne. Certains jours, le temps qu’elle leur rapporte sur la berge sa prise qui se tortillait au bout de ses fourchons, elle avait les lèvres bleuies de froid. Mais voilà trois jours que Meera n’avait plus piqué de poisson. Bran avait le ventre si creux que cela aurait pu être trois ans.

Après qu’ils eurent ingurgité leur maigre souper, Meera s’assit dos à un mur, aiguisant son poignard sur une pierre à ciseau. Hodor s’accroupit près de la porte, se balançant d’avant en arrière en psalmodiant : « Hodor, hodor, hodor. »

Bran ferma les yeux. Il faisait trop froid pour discuter, et ils ne pouvaient pas prendre le risque d’allumer un feu. Mains-froides les avait mis en garde. Ces bois ne sont pas aussi déserts que vous le pensez, avait-il dit. Vous ne savez pas ce que la lumière pourrait appeler des ténèbres. Ce souvenir fit frissonner Bran, malgré la chaleur d’Hodor à côté de lui.

Le sommeil ne voulait pas venir, ne pouvait pas venir. À sa place, il y avait le vent, le froid mordant, le clair de lune sur la neige, et le feu. Bran était revenu à l’intérieur d’Été, à de longues lieues de là, et la nuit puait le sang. La piste était forte. Une mort, pas loin. La chair serait encore chaude. La bave lui coula entre les crocs tandis que la faim se réveillait en lui. Pas un orignac. Ni un daim. Pas cette fois-ci.

Le loup-garou s’approcha de la viande, une ombre grise et efflanquée qui se coulait d’arbre en arbre, traversant des flaques de clair de lune et franchissant des monticules de neige. Le vent poussait ses rafales autour de lui, changeant de direction. Il perdit la piste, la retrouva puis la perdit encore. Alors qu’il la recherchait à nouveau, un bruit au loin lui fit dresser les oreilles.

Un loup, sut-il immédiatement. Été progressa vers le son, prudent à présent. Assez vite l’odeur de sang revint, mais il y en avait d’autres, maintenant : de la pisse et des peaux mortes, des fientes d’oiseau, des plumes et un loup, un loup et un loup. Une meute. Il devrait se battre pour sa viande.

Ils le flairèrent aussi. Tandis qu’il quittait l’ombre des arbres pour s’avancer dans la clairière sanglante, ils l’observèrent. La femelle mâchait une botte en cuir qui contenait encore une moitié de jambe, mais elle la laissa choir à son approche. Le chef de la meute, un vieux mâle au museau gris et blanc avec un œil aveugle, se détacha pour venir à sa rencontre, grondant, crocs exposés. Derrière lui, un mâle plus jeune montrait les dents lui aussi.

Les yeux jaune pâle du loup-garou absorbèrent les images qui les entouraient. Un nid d’entrailles était pris dans un buisson, emmêlé dans les branches. De la vapeur montait d’un ventre béant, riche des exhalaisons du sang et de la viande. Une tête contemplait sans la voir la lune en croissant, ses joues lacérées et arrachées jusqu’à l’os sanglant, des trous à la place des yeux, le cou qui se terminait sur un moignon déchiqueté. Une mare de sang gelé, miroitant de rouge et de noir.

Des hommes. Leur puanteur emplissait le monde. Vivants, ils avaient été aussi nombreux que les doigts sur une patte humaine, mais à présent il n’y en avait plus. Morts. Finis. De la viande. Encapés et capuchonnés, avant, mais les loups avaient déchiqueté leurs vêtements dans leur fièvre de parvenir à la chair. Ceux qui avaient encore un visage portaient de lourdes barbes, encroûtées de glace et de morve gelée. La neige en tombant avait commencé à ensevelir ce qu’il restait d’eux, si pâle contre le noir des capes et des chausses en lambeaux. Noir.

À de longues lieues de là, le garçon s’agita dans un malaise.

Noir. La Garde de Nuit. Ils appartenaient à la Garde de Nuit.

Le loup géant n’en avait cure. C’était de la viande. Il était affamé.

Les yeux des trois loups se mirent à luire jaune. Le loup géant balança sa tête d’un côté à l’autre, dilatant ses narines, puis il découvrit ses crocs avec un grognement. Le plus jeune mâle recula. Le loup-garou sentit la peur en lui. Subalterne, comprit-il. Mais le loup borgne répondit par un grondement et se déplaça pour lui couper la route. Chef. Et il ne me craint pas, malgré ma taille deux fois supérieure.

Leurs yeux se rencontrèrent.

Un zoman !

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