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Le bûcher d'un roi

Электронная книга - «Le bûcher d'un roi». Краткое содержание книги:

Le destin des Sept Royaumes est sur le point de basculer. A l’Est, Daenerys, dernière descendante de la Maison Targaryen, secondée par ses terrifiants dragons arrivés à maturité, règne sur une cité de mort et de poussière, entourée d’ennemis. Mais alors que certains voudraient la voir passer de vie à trépas, d’autres entendent rallier sa cause, tel Tyrion Lannister, le Lutin, dont la tête vaut de l’or depuis qu’il s’est rendu coupable du meurtre de son père, Tywin. Au Nord, où se dresse l’immense Mur de glace et de pierre qui garde la frontière septentrionale des Royaumes, Jon Snow, le bâtard de feu Eddard Stark, a été élu 998e Commandant en chef de la Garde de Nuit, mais ses adversaires se dissimulent des deux côtés du Mur, y compris parmi les troupes de Stannis Baratheon qui ont élu domicile dans ces contrées glacées…
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De l’armurerie montait un tintamarre de boucliers et d’épées : le dernier groupe de garçons et de nouvelles recrues s’armait. Il entendait la voix d’Emmett-en-Fer les presser. Cotter Pyke n’avait pas été ravi de le perdre, mais le jeune patrouilleur avait un don pour former les hommes. Il adore se battre et transmettra ce goût à ses recrues, également. Du moins Jon l’espérait-il.

Le manteau de Snow était accroché à une cheville près de la porte, son baudrier à une autre. Il enfila les deux et gagna l’armurerie. La carpette où dormait Fantôme était vide, nota-t-il. Deux gardes se tenaient devant la porte, arborant manteaux noirs et demi-heaumes de fer, la pique à la main. « Messire, vous voudrez une escorte ? demanda Garse.

— Je crois que j’arriverai tout seul à trouver la tour du Roi. » Jon détestait avoir des gardes sur les talons partout où il se rendait. Il se sentait comme une mère cane menant sa procession de canetons.

Les gars d’Emmett-en-Fer étaient à l’ouvrage dans la cour, les épées émoussées claquant contre les boucliers et tintant l’une contre l’autre. Jon s’arrêta un moment pour observer, tandis que Tocard repoussait Hop Robin vers le puits. Tocard avait l’étoffe d’un bon guerrier, décida-t-il. Il était costaud, sa vigueur croissait sans cesse, et il avait un instinct sûr. Pour Hop Robin, c’était une autre affaire. Déjà handicapé par son pied bot, il craignait les coups, en sus. Peut-être pourrons-nous en tirer un intendant. Le combat prit brusquement fin, et Hop Robin se retrouva vautré par terre.

« Bon combat, lança Jon à Tocard, mais tu abaisses trop ton bouclier en redoublant ton attaque. Faudra corriger cela, ou ça pourrait te faire tuer.

— Bien, m’sire. J’le lèverai davantage, la prochaine fois. » Tocard aida Hop Robin à se redresser, et le plus petit des combattants s’inclina avec gaucherie.

Quelques chevaliers de Stannis s’entraînaient de l’autre côté de la cour. Les gens du roi dans un coin, ceux de la reine dans l’autre, ne manqua pas de noter Jon, mais une partie seulement. Pour la plupart, il fait trop froid. Au moment où il passait près d’eux, une voix de tonnerre le héla : « P’TIT ! HÉ, TOI LÀ-BAS ! P’TIT ! »

Petit n’était pas la pire épithète dont on ait usé pour désigner Jon Snow depuis qu’il avait été élu lord Commandant. Il l’ignora.

« Snow, insista la voix. Lord Commandant. »

Cette fois-ci, il s’arrêta. « Ser ? »

Le chevalier le dépassait de six bons pouces. « Quand on porte de l’acier valyrien, on devrait l’employer à autre chose qu’à se gratter le cul. »

Jon avait aperçu l’individu dans le château – un chevalier de grand renom, à l’entendre. Au cours de la bataille sous le Mur, ser Godry Farring avait tué un géant en fuite, galopant à bride abattue sur son cheval pour lui planter une lance dans le dos, avant de mettre pied à terre et de trancher la pitoyable petite tête de la créature. Les gens du roi avaient pris l’habitude de le surnommer Godry Mort-des-Géants.

Jon se remémora Ygrid, en pleurs. Je suis le dernier des géants. « J’use de Grand-Griffe quand je le dois, ser.

— Le faites-vous bien, toutefois ? » Ser Godry tira sa propre lame. « Faites-nous une démonstration. Je promets de pas vous faire de mal, p’tit. »

Trop aimable. « Une autre fois, ser. J’ai bien peur que d’autres devoirs ne m’appellent, pour l’heure.

— Vous avez bien peur. J’ vois ça. » Ser Godry grimaça un sourire à destination de ses amis. « Il a bien peur, répéta-t-il pour les plus lents.

— Vous m’excuserez. » Jon leur tourna le dos.

Châteaunoir paraissait lugubre et solitaire dans la pâleur de l’aube. Mon commandement, jugea Jon Snow avec tristesse, tant ruine que forteresse. La tour du lord Commandant était réduite à ses seules murailles, la salle commune à un enchevêtrement de poutres calcinées, et la tour d’Hardin laissait penser que la prochaine bourrasque allait la jeter à bas… Mais elle présentait cet aspect depuis des années. Derrière elle se dressait le Mur : immense, menaçant, glacé, grouillant d’ouvriers qui élevaient un nouvel escalier en lacet pour relier ensemble les vestiges de l’ancien. Ils travaillaient du lever au coucher du soleil. Sans escalier, il n’y avait d’autre ressource que la poulie pour atteindre le sommet du Mur. Cela ne suffirait pas si les sauvageons devaient lancer une nouvelle attaque.

Au-dessus de la tour du Roi, le grand étendard de bataille doré de la maison Baratheon claquait comme un fouet sur le toit où Jon Snow avait rampé, l’arc à la main, peu de temps auparavant, abattant des Thenns et des gens du peuple libre aux côtés de Satin et de Sourd-Dick Follard. Deux des gens de la reine se tenaient sur le parvis, tout grelottant, les mains enfoncées sous les aisselles et leurs lances appuyées à la porte. « Ces gants de tissu sont inadaptés, leur expliqua Jon. Passez voir Bowen Marsh demain, il vous fournira à chacun une paire de gants en cuir doublé de fourrure.

— On y manqu’ra pas, m’sire, et grand merci, répondit l’aîné des gardes.

— Enfin, si le gel nous fait pas tomber les pognes d’ici là, ajouta le cadet, son souffle changé en brume pâle. J’ trouvais que ça caillait dans les Marches de Dorne. J’y connaissais vraiment rien. »

Rien, approuva Jon Snow, tout comme moi.

À mi-hauteur de l’escalier courbe, il rencontra Samwell Tarly qui descendait. « Viens-tu de chez le roi ? lui demanda Jon.

— Mestre Aemon m’a envoyé porter une lettre.

— Je vois. » Certains lords s’en remettaient à leurs mestres pour lire leurs missives et leur en relayer la teneur, mais Stannis insistait pour briser lui-même les sceaux. « Comment Stannis a-t-il pris la chose ?

— Pas heureux, d’après sa figure. » Sam baissa sa voix au niveau d’un chuchotis. « Je suis supposé ne rien dire.

— Alors, ne dis rien. » Jon se demanda quel banneret de son père avait refusé hommage au roi Stannis, cette fois-ci. Il a été fort prompt à répandre le bruit lorsque Karhold s’est déclaré pour lui. « Comment t’entends-tu, avec ton arc ?

— J’ai trouvé un bon ouvrage qui parle d’archerie. » Sam se rembrunit. « Il est plus ardu de pratiquer que de lire, cependant. J’attrape des ampoules.

— Continue. Nous risquons d’avoir besoin de ton arc sur le Mur si les Autres se présentent par une nuit noire.

— Oh, j’espère bien que non. »

D’autres gardes veillaient à l’extérieur de la loggia du roi. « Aucune arme n’est autorisée en présence de Sa Grâce, messire, annonça leur sergent d’armes. Je vais prendre cette épée. Vos poignards également. » Il n’aurait servi à rien de protester, Jon le savait. Il leur remit ses lames.

À l’intérieur de la loggia, l’air était doux. Dame Mélisandre était assise près de l’âtre, son rubis rutilant sur la peau pâle de sa gorge. Du feu, Ygrid avait reçu un baiser ; la prêtresse rouge était le feu, et ses cheveux, sang et flammes. Stannis se tenait derrière la table mal dégrossie où le Vieil Ours avait jadis coutume de s’asseoir pour prendre ses repas. Couvrant la table, une grande carte du Nord, dessinée sur une peau défraîchie. Une chandelle de suif en calait un bord, un gantelet d’acier l’autre.

Le roi portait des chausses en laine d’agneau et un pourpoint matelassé, et pourtant, il paraissait aussi roide et emprunté que s’il avait été caparaçonné de plate et de mailles. Sa peau était du cuir pâle, sa barbe taillée si court qu’elle aurait pu être peinte. Une frange sur ses tempes constituait la somme totale de ses cheveux noirs. Dans sa main, il tenait un parchemin arborant un sceau de cire vert sombre, brisé.

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