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Le bûcher d'un roi

Электронная книга - «Le bûcher d'un roi». Краткое содержание книги:

Le destin des Sept Royaumes est sur le point de basculer. A l’Est, Daenerys, dernière descendante de la Maison Targaryen, secondée par ses terrifiants dragons arrivés à maturité, règne sur une cité de mort et de poussière, entourée d’ennemis. Mais alors que certains voudraient la voir passer de vie à trépas, d’autres entendent rallier sa cause, tel Tyrion Lannister, le Lutin, dont la tête vaut de l’or depuis qu’il s’est rendu coupable du meurtre de son père, Tywin. Au Nord, où se dresse l’immense Mur de glace et de pierre qui garde la frontière septentrionale des Royaumes, Jon Snow, le bâtard de feu Eddard Stark, a été élu 998e Commandant en chef de la Garde de Nuit, mais ses adversaires se dissimulent des deux côtés du Mur, y compris parmi les troupes de Stannis Baratheon qui ont élu domicile dans ces contrées glacées…
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— Je suis lord Commandant parce que mes frères m’ont choisi. » Certains matins, Jon Snow n’y croyait pas tout à fait lui-même, lorsqu’il s’éveillait, à peu près convaincu de vivre un rêve insensé. C’est comme lorsqu’on enfile des vêtements neufs, lui avait dit Sam. Tout d’abord, on les trouve étranges au contact, mais une fois qu’on les a portés assez longtemps, on commence à se sentir à l’aise.

« Alliser Thorne s’est plaint de la manière par laquelle on vous a désigné, et je ne puis nier que son grief est recevable. » La carte s’étendait entre eux comme un champ de bataille, noyé sous les chamarrures de l’épée lumineuse. « Le décompte a été effectué par un aveugle, avec votre gras ami à ses côtés. Et Slynt vous traite de tourne-casaque. »

Et qui mieux que Slynt saurait les reconnaître ? « Un tourne-casaque vous dirait ce que vous souhaitez entendre pour vous trahir plus tard. Votre Grâce sait que j’ai été choisi honnêtement. Mon père a toujours dit que vous étiez un homme juste. » Juste, mais dur, étaient les termes exacts employés par lord Eddard, mais Jon ne jugea pas judicieux de le lui préciser.

« Lord Eddard n’était pas mon ami, mais il ne manquait pas de bon sens. Il m’aurait cédé ces châteaux. »

Jamais. « Je ne saurais dire ce qu’aurait fait mon père. J’ai prêté serment, Votre Grâce. Le Mur m’appartient.

— Pour l’heure. Nous verrons comment vous le conservez. » Stannis tendit le doigt vers lui. « Gardez vos décombres, puisqu’ils représentent tant, pour vous. Je vous promets, cependant, que s’il demeure un seul fort vide au terme de l’an, je le prendrai, avec ou sans votre consentement. Et si un seul devait tomber à l’ennemi, votre tête ne tardera pas à le suivre. À présent, sortez. »

Dame Mélisandre se leva de son siège près de l’âtre. « Avec votre permission, sire, je vais raccompagner lord Snow à ses appartements.

— Pourquoi ? Il connaît le chemin. » Stannis les congédia tous deux d’un geste. « Faites à votre guise. Devan, à manger. Des œufs à la coque et de l’eau citronnée. »

Après la chaleur de la loggia, l’escalier d’accès semblait froid à glacer les os. « Le vent se lève, madame. » Le sergent d’armes mit Mélisandre en garde tandis qu’il restituait ses armes à Jon. « Vous devriez peut-être prendre un manteau plus chaud.

— J’ai ma foi pour me réchauffer. » La femme rouge descendit l’escalier auprès de Jon. « Son Altesse vous prend en amitié.

— J’en ai conscience. Il n’a menacé que deux fois de me décapiter. »

Mélisandre rit. « Ce sont ses silences que vous devriez craindre, pas ses paroles. » Tandis qu’ils sortaient dans la cour, le vent gonfla le manteau de Jon et l’envoya claquer contre elle. La prêtresse rouge écarta la laine noire et glissa son bras sous celui de Jon. « Il se peut que vous n’ayez pas tort, sur le compte du roi sauvageon. Je prierai le Seigneur de Lumière pour qu’il me guide. Quand je contemple les flammes, je vois à travers la pierre et la terre, et je trouve la vérité au fond de l’âme des hommes. Je parle à des rois depuis longtemps morts et à des enfants encore à naître, et je regarde défiler les ans et les saisons en un clin d’œil, jusqu’au terme des jours.

— Vos feux ne se trompent jamais ?

— Jamais… Mais nous autres prêtres, sommes mortels et parfois, nous nous abusons, confondant telle chose adviendra et telle chose pourrait advenir. »

Jon percevait sa chaleur, même au travers de la laine et du cuir bouilli. La vision du couple, bras dessus bras dessous, attirait des regards curieux. « Si vous pouvez véritablement voir demain dans vos flammes, dites-moi où et quand se produira la prochaine attaque des sauvageons. » Il dégagea son bras.

« R’hllor nous envoie les visions qu’il lui plaît, mais je chercherai ce Tormund dans les flammes. » Les lèvres rouges de Mélisandre se tordirent en un sourire. « Je vous ai vu dans mes feux, Jon Snow.

— Serait-ce une menace, madame ? Avez-vous l’intention de me faire brûler moi aussi ?

— Vous vous méprenez sur mes paroles. » Elle lui lança un regard pénétrant. « Je vous mets mal à l’aise, je le crains, lord Snow. »

Jon ne le nia pas. « Le Mur n’est pas un endroit pour une femme.

— Vous avez tort. J’ai rêvé de votre Mur, Jon Snow. Vaste est le savoir qui l’a dressé, et puissants les sortilèges enclos sous la glace. Nous cheminons sous une des charnières de ce monde. » Mélisandre leva les yeux vers la muraille, son haleine laissant dans l’air une nuée chaude et humide. « J’ai autant ma place ici que vous, et vous pourriez bientôt avoir fort besoin de moi. Ne refusez pas mon amitié, Jon. Je vous ai vu dans la tourmente, en grand péril, des ennemis de tous côtés. Vous avez tant d’ennemis. Dois-je vous donner leurs noms ?

— Je les connais.

— N’en soyez pas si certain. » Le rubis à la gorge de Mélisandre rougeoya. « Ce ne sont pas les ennemis qui vous maudissent face à face que vous devez redouter, mais ceux qui sourient quand vous regardez et émoulent leurs poignards dès que vous leur tournez le dos. Vous feriez bien de conserver votre loup près de vous. De la glace, je vois, et des dagues dans le noir. Du sang gelé, rouge et dur, et l’acier nu. Il fait très froid.

— Il fait toujours froid, sur le Mur.

— Croyez-vous ?

— Je le sais, madame.

— Alors, vous n’y connaissez rien, Jon Snow », souffla-t-elle.

Bran

Est-ce qu’on arrive bientôt ?

Si Bran ne prononça jamais ces mots à haute voix, il les eut souvent sur le bout de la langue durant la progression de la compagnie dépenaillée à travers des futaies de chênes anciens et d’immenses vigiers gris-vert, croisant de lugubres pins plantons et des marronniers bruns dénudés. Est-ce qu’on approche ? se demandait le jeune garçon, pendant qu’Hodor gravissait une pente empierrée ou s’enfonçait dans une crevasse sombre où des traînées de neige sale lui crissaient sous les pieds. Combien de temps encore ? s’interrogeait-il, tandis que le grand orignac soulevait des gerbes d’eau en franchissant un ruisseau à demi pris par les glaces. Combien de trajet reste-t-il ? Qu’il fait froid. Où est la corneille à trois yeux ?

Tanguant dans sa hotte d’osier sur le dos d’Hodor, le garçon se tassa, baissant la tête alors que le colossal garçon d’écurie passait sous une branche de chêne. La neige avait recommencé à tomber, humide et lourde. Hodor avançait, un œil clos par la glace, sa barbe brune et drue changée en hallier de givre, des glaçons accrochés au bout de sa moustache épaisse. Une main gantée empoignait encore la longue épée bâtarde en fer rouillé qu’il avait prise dans les cryptes sous Winterfell et, de temps en temps, il en frappait une branche, libérant une averse de neige. « Hod-d-d-d-dor », grommelait-il, en claquant des dents.

Ce bruit procurait un étrange réconfort. Tout au long du périple qui les avait conduits de Winterfell au Mur, Bran et ses compagnons avaient rendu les lieues plus courtes en discutaillant et en échangeant des histoires, mais il en allait autrement, ici. Même Hodor le sentait. Il poussait ses hodors moins souvent qu’il n’en avait eu coutume au sud du Mur. Régnait dans cette forêt une immobilité qui ne ressemblait pour Bran à rien de connu. Avant le début des chutes de neige, le vent du nord avait tourbillonné autour d’eux et des nuées de feuilles mortes et brunes s’envolaient soudain avec un petit chuintement léger qui lui rappelait une carapate de cafards dans un placard, mais désormais toutes les feuilles mortes étaient enfouies sous une couverture blanche. De temps en temps un corbeau les survolait, de grandes ailes noires claquant contre l’air froid. À part cela, le monde était silence.

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