La Bible amusante
- Автор: Таксиль Лео
- Год: 1904
- Язык: французский
- Жанр: Прочее юмористическое
Электронная книга - «La Bible amusante». Краткое содержание книги:
C’est Dieu qui s’était chargé de fermer la porte de l’arche (7:16). Quand le navire se mit à flotter, «les eaux se renforcèrent et s’accrurent fort sur la terre; et toutes les plus hautes montagnes qui étaient sous tous les cieux furent couvertes; les eaux s’élevèrent de quinze coudées plus haut» (7:17-20). Il est impossible de se faire une idée exacte de cette masse d’eau, même lorsqu’on sait que la plus grande profondeur marine connue est la fosse du Tuscarora, dans l’Océan Pacifique (îles Kouriles), 8,606 mètres de profondeur, et que la plus haute montagne du globe, le Gaourisankar, de l’Himalaya, a son sommet à 8,840 mètres au-dessus du niveau de la mer!… Et le Gaourisankar fut dépassé de quinze coudées par le niveau de l’inondation universelle!…
J’appellerai, en passant, l’attention du lecteur sur la désagréable surprise que le déluge fit éprouver aux poissons: au début, ils durent certainement passer un mauvais quart d’heure par l’effet du mélange des eaux douces et salées; mais, sans doute, ils s’y habituèrent, et Dieu leur accorda une protection spéciale, pour les empêcher de périr.
Mais
«toute chair qui se mouvait sur la terre expira, tant des oiseaux que du bétail, des bêtes et de tous les reptiles qui se traînent sur la terre, et tous les hommes. — Toutes les choses qui étaient sur le sec, et qui avaient respiration en leurs narines, moururent. — Tout ce donc qui subsistait sur la terre fut exterminé, depuis les hommes jusqu’aux bêtes, jusqu’aux reptiles, et jusqu’aux oiseaux des cieux. Noé demeura seul vivant, et tout ce qui était avec lui dans l’arche. — Et les eaux se maintinrent sur la terre pendant cent cinquante jours.» (7:21-24)
Cependant, il y a une fin à tout.
«Or, l’Eternel se souvint de Noé et de tous les animaux qui étaient avec lui dans l’arche. Et alors Dieu fit souffler son vent sur la terre, et les eaux s’arrêtèrent. — Car les sources de l’abime et les bondes des cieux avaient été fermées, et la pluie des cieux avait été retenue. — Et les eaux se retiraient de plus en plus de dessus la terre; et au bout des cent cinquante jours elles diminuèrent. — Et au dix-septième jour du septième mois, l’arche s’arrêta au sommet du mont Ararat. — Et les eaux allaient en diminuant de plus en plus, jusqu’au dixième mois; et au premier jour du dixième mois les sommets des autres montagnes se montrèrent.» (8:1-5)
C’est inouï, ce qu’il y a de miracles mentionnés en ce peu de lignes!
D’abord, nous avons grand plaisir à renouveler connaissance avec cet aimable vent de Dieu qui n’avait eu aucune occupation depuis la cessation du chaos. Au commencement, il courut longtemps sur les eaux dans le tohu-bohu, et saint Augustin et les théologiens catholiques nous ont appris que ce vent coureur était tout bêtement Dieu le Saint-Esprit. Or, maintenant, pour sécher les eaux du déluge, voilà que Jéhovah, c’est-à-dire Dieu le Père, lâche ledit Saint-Esprit, qui devient souffleur; car ici l’expression du texte hébreu, «le vent de Dieu», se retrouve la même qu’au verset 2 du chapitre 1; c’est donc indubitablement le divin pigeon (ou le divin canard, comme vous voudrez) qui entre en scène et assume la tâche de dessécher l’universelle inondation.
Il fallait, d’ailleurs, qu’un des personnages de la Trinité s’en mêlât: jamais un vent quelconque n’eût pu venir à bout d’une telle immensité d’eaux. Le niveau du déluge dépassant de quinze coudées les plus hautes Montagnes de la terre, on a calculé que cette accumulation d’eaux représentait la valeur de plus de douze océans l’un sur l’autre et que la douzième zone diluvienne était, par conséquent, à elle seule, vingt-quatre fois plus grande que les eaux réunies de toutes les mers qui entourent aujourd’hui les deux continents. Aussi peut-on considérer le miracle du déluge comme le plus extraordinaire des miracles que Dieu a accomplis, puisqu’après avoir créé tous ces océans nouveaux, ce qui était déjà un tour de force inimaginable, il les a ensuite anéantis rien qu’en faisant souffler son vent. Voilà un pigeon qui a du souffle!…
Autre miracle, qui ne saurait passer inaperçu: au dix-septième jour du septième mois, l’arche de Noé s’est arrêtée au sommet de l’Ararat, dont l’altitude est de 5,156 mètres; et les montagnes qui sont plus hautes que l’Ararat, telles que le Gaourisankar, déjà nommé (8,840 mètres), le Dapsang (8,615 mètres), le Nanda-Devi (7,813 mètres), l’Aconcagua (6,970 mètres), le Chimborazo (6,254 mètres), le Kilimandjaro (6,000 mètres), le Cotopaxi (5,970 mètres), etc., etc., n’ont montré leurs sommets que dix semaines après, soit le premier jour du dixième mois. Ça encore, comme miracle, c’est épatant! La vierge de Lourdes elle-même n’en opère pas de ce calibre-là.
Le récit biblique de la fin du déluge comporte, en outre, une histoire de corbeau et de colombe qui n’offre pas un intérêt très palpitant. Noé lâcha, d’abord, «un corbeau qui sortit, allant et revenant, jusqu’à ce que les eaux se séchassent.». Ensuite, il envoya «une colombe qui, ne trouvant pas sur quoi asseoir la plante de son pied, retourna à lui dans l’arche»; mais il la lâcha de nouveau au bout de sept jours, et, cette fois, quand elle revint, «elle tenait dans son bec une branche d’olivier; Noé connut ainsi que les eaux s’étaient retirées de dessus la terre.» Le patriarche avait alors six cent un ans.
Dieu lui parla pour lui faire savoir que le moment était venu de sortir. La sortie de tous les animaux s’opéra en bon ordre. D’autre part, il est à présumer, bien que la Bible ne le dise pas, que l’eau salée se sépara de l’eau douce (nouveau miracle!), afin que les fleuves, les lacs, les mers et les rivières pussent se reformer distincts comme auparavant; et tous les poissons rentrèrent alors dans les diverses ondes qui convenaient à leur nature.
«Et Noé bâtit un autel à l’Eternel, et prit de toute bêle nette et de tout oiseau net, et il offrit des holocaustes sur l’autel. — Et l’Eternel flaira une odeur qui l’apaisa, et il dit en son cœur: Je ne maudirai plus la terre, à cause des hommes; car l’imagination du cœur des hommes est mauvaise dès leur jeunesse; et je ne détruirai plus tout ce qui vit, comme j’ai fait.» (8:20-21)
Là-dessus, papa Bon Dieu administra à Noé et à ses enfants une bénédiction de première classe et leur donna la permission de se nourrir désormais d’aliments autres que le pain et les herbages.
«Et Dieu bénit Noé et ses fils, et leur dit: Croissez et multipliez, et remplissez la terre. — Et toutes les bêtes de la terre, tous les oiseaux des cieux, avec tout ce qui se meut sur la terre, et tous les poissons de la mer, vous craindront et vous redouteront; ils sont remis entre vos mains. — Tout ce qui se meut et qui a vie sera votre nourriture, aussi bien que l’herbe verte. — Toutefois, vous ne mangerez point de chair avec son âme, laquelle est le sang. — En effet, je redemanderai le sang de vos âmes à la main des bêtes qui vous auront mangés; et même je redemanderai l’âme de l’homme à la main de l’homme son frère. — Quiconque répandra le sang humain aura son sang répandu; car l’homme est fait à l’image de Dieu.» (9:1-6)
De ce qui précède il résulte que les bêtes ont une âme, au dire de l’Esprit-Saint, et que l’âme réside dans le sang. On voit aussi que le seigneur Jéhovah a horreur de l’homicide; mais, comme le Dieu de la Bible a souvent la berlue, nous le verrons plus loin pousser les Israélites aux massacres et trouver que son peuple chéri ne verse jamais assez de sang humain.
Papa Bon Dieu prenant l’engagement de ne plus noyer l’humanité, une signature était nécessaire à ce pacte; la signature divine fut l’arc-en-ciel, inauguré ce jour-là.