Le bûcher d'un roi
- Автор: Мартин Джордж Рэймонд Ричард
- Серия: Le Trone de fer #13
- Год: 2012
- Язык: французский
- Год: Pygmalion
- ISBN: 978-2-7564-0586-5
- Переводчик: Patrick Marcel
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le bûcher d'un roi». Краткое содержание книги:
Il atterrit sur la poitrine de Jon Snow avec un choc et un raclement désordonné de serres. « SNOW ! » lui hurla-t-il au visage.
« Je t’ai entendu. » La pénombre régnait dans la chambre, sa couche était dure. Une lumière grise suintait par les volets, promesse d’un nouveau jour triste et froid. « C’est ainsi que tu réveillais Mormont ? Dégage tes plumes de ma figure. » Jon parvint à extraire un bras de sous les couvertures pour repousser le corbeau. C’était un gros volatile, vieux, impudent et ébouriffé, totalement imperméable à la crainte. « Snow, criailla-t-il en battant des ailes jusqu’au montant du lit. Snow, Snow. » Jon referma le poing sur un oreiller et le lança, mais l’oiseau prit son essor. L’oreiller vint percuter le mur et éclata, répandant à l’envi son rembourrage, juste au moment où Edd-la-Douleur Tallett passait la tête par la porte. « Bien l’ pardon, déclara-t-il en ignorant la tempête de plumes, y faut vous apporter un petit déjeuner, messire ?
— Grain, s’écria le corbeau. Grain, grain.
— Du corbeau rôti, suggéra Jon. Et une demi-pinte de bière. » Disposer d’un écuyer pour aller chercher les affaires et le servir continuait à lui paraître étrange ; il y avait peu de temps encore, c’était lui qui aurait apporté le petit déjeuner du lord Commandant Mormont.
« Trois grains et un corbeau rôti, lança Edd-la-Douleur. Fort bien, messire, sauf que Hobb, il a préparé des œufs à la coque, du boudin noir et de la compote de pommes et de pruneaux. La compote de pommes et de pruneaux est un régal, hormis les pruneaux. Pour ma part, les pruneaux, j’en mange pas. Enfin, à part la fois où Hobb les a débités en p’tits bouts, avec des châtaignes et des carottes, et en a fourré une poule. Vous fiez jamais à un cuistot, messire. Ils vous farcissent de pruneaux quand z’y attendez le moins.
— Plus tard. » Le petit déjeuner pouvait attendre ; mais non Stannis. « Des problèmes aux enclos, la nuit dernière ?
— Pas depuis qu’zavez fait surveiller les gardes, messire.
— Bien. » Un millier de sauvageons avaient été parqués au-delà du Mur, ceux que Stannis Baratheon avait capturés quand ses chevaliers avaient enfoncé l’ost disparate de Mance Rayder. Beaucoup de prisonniers étaient des femmes, et certains gardes les avaient exfiltrées en catimini pour réchauffer leur lit. Gens du roi ou de la reine, peu importait, apparemment ; quelques frères noirs s’étaient risqués au même exercice. Les hommes restaient des hommes, et il n’y avait pas d’autres femmes dans un rayon de mille lieues.
« Deux nouveaux sauvageons se sont présentés pour se rendre, continua Edd. Une mère avec une gamine cramponnée à ses robes. Elle avait un nourrisson, aussi, un garçon, tout emballé dans des fourrures, mais il était mort.
— Mort », répéta le corbeau. C’était un des mots préférés de l’oiseau. « Mort, mort, mort. »
Des membres du peuple libre venaient se livrer chaque nuit ou presque, de pauvres bougres affamés et à demi morts de froid qui avaient fui la bataille sous le Mur pour revenir en rampant quand ils avaient compris qu’il n’y avait aucun refuge où courir. « On a interrogé la mère ? » demanda Jon. Stannis Baratheon avait écrasé l’armée de Mance Rayder et capturé le Roi-d’au-delà-du-Mur… Mais les sauvageons couraient encore, le Chassieux, Tormund Fléau-d’Ogres et des milliers d’autres.
« Oui-da, messire, dit Edd, mais tout ce qu’elle sait, c’est qu’elle s’est carapatée durant la bataille pour se cacher ensuite dans les bois. Nous l’avons gavée de gruau et renvoyée dans les enclos, avant de brûler le bébé. »
Incinérer des enfants morts avait cessé de troubler Jon Snow ; les problèmes des vivants avaient précédence. Deux rois pour éveiller le dragon. D’abord le père et puis le fils, ainsi périssent-ils tous deux rois. Ces mots avaient été murmurés par l’un des hommes de la reine tandis que mestre Aemon nettoyait ses blessures. Jon avait tenté de les balayer : délires de fièvre. Aemon s’était inscrit en faux. « Il y a de la puissance dans le sang d’un roi, l’avait mis en garde le vieux mestre, et de meilleurs hommes que Stannis ont commis bien pire. » Le roi sait être dur et impitoyable, certes, mais un bébé encore au sein ? Seul un monstre livrerait aux flammes un enfançon vivant.
Jon pissa dans le noir, remplissant son vase de nuit tandis que le corbeau du Vieil Ours maugréait des protestations. Les rêves de loup devenaient plus forts, et Jon se surprenait à en conserver le souvenir, même éveillé. Fantôme sait que Vent Gris est mort. Robb avait péri aux Jumeaux, trahi par des hommes qu’il croyait ses amis, et son loup avait trépassé avec lui. Bran et Rickon avaient été assassinés eux aussi, décapités sur l’ordre de Theon Greyjoy, jadis pupille du seigneur leur père… Mais si les rêves ne mentaient pas, leurs loups géants avaient survécu. À Reine-Couronne, l’un d’eux avait jailli des ténèbres pour sauver la vie de Jon. Été, forcément. Il avait une toison grise, et Broussaille est noir. Il se demanda si une part de ses frères défunts ne survivait pas à l’intérieur de leurs loups.
Il remplit sa cuvette avec la carafe d’eau placée près de son lit, se débarbouilla le visage et les mains, revêtit une nouvelle tenue de laine noire, laça un justaucorps de cuir noir et enfila une paire de bottes fatiguées. Le corbeau de Mormont observa avec de rusés yeux noirs, puis voleta jusqu’à la fenêtre. « Tu me prendrais pas pour ton serf ? » Quand Jon ouvrit la fenêtre avec ses épais carreaux losangés de verre jaune, la froideur du matin lui gifla le visage. Il inspira profondément pour chasser les toiles d’araignée de la nuit tandis que le corbeau s’éloignait à tire-d’aile. Ce volatile est bien trop rusé. Il avait tenu de longues années compagnie au Vieil Ours, mais cela ne l’avait pas empêché de picorer le visage de Mormont, à la mort de celui-ci.
À l’extérieur de sa chambre, une volée de marches descendait vers une pièce plus grande meublée d’une table en pin balafré et d’une douzaine de chaises en chêne et en cuir. Avec Stannis à la tour du Roi et la tour du lord Commandant réduite à une coquille délabrée, Jon avait établi ses quartiers dans les modestes appartements de Donal Noye, derrière l’armurerie. Avec le temps, sans doute aurait-il besoin d’un logis plus spacieux, mais pour l’heure celui-ci conviendrait, le temps qu’il s’habitue à commander.
L’octroi que le roi lui avait présenté à signer se trouvait sur la table sous une coupe à boire en argent qui avait autrefois appartenu à Donal Noye. Le forgeron manchot n’avait guère laissé d’effets personnels derrière lui : la coupe, six sous et une étoile en cuivre, une broche niellée au fermoir cassé, un pourpoint de brocart moisi armorié du cerf d’Accalmie. Pour trésors il avait ses outils, et les épées et les couteaux qu’il façonnait. Sa vie se déroulait à la forge. Jon écarta la coupe et relut une nouvelle fois le parchemin. Si j’appose mon sceau sur ce document, on se souviendra à jamais de moi comme du lord Commandant qui a cédé le Mur, songea-t-il, mais si je refusais…
Stannis Baratheon se révélait un invité irascible, et remuant. Il avait remonté la route Royale pratiquement jusqu’à Reine-Couronne, exploré les taudis désertés de La Mole, inspecté les forts en ruine à Porte Reine et Boucher de Chêne. Chaque nuit, il arpentait le sommet du Mur avec dame Mélisandre et, le jour, il visitait les enclos, choisissant des captifs afin que la femme rouge les interroge. Il n’aime pas être bloqué. La matinée ne s’annonçait pas comme une partie de plaisir, Jon le craignait.