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La Grande Quête

Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:

À peine arrivé à la forteresse de Fal Dara, le jeune Rand n’a déjà qu’une idée en tête : fuir les noirs secrets qu’il a appris sur lui-même.
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
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Mais, au-dessus du dossier, là où le Père des Mensonges avait posé les mains, des volutes de fumée continuaient à danser.

42

Falme

Lorsqu’elle aperçut les deux femmes reliées par une laisse argentée – apparemment, elles se dirigeaient vers le port –, Nynaeve tira Elayne dans une ruelle étroite, entre la boutique d’un marchand de vêtements et l’atelier d’un potier. Autant que possible, les deux fugitives évitaient comme la peste les étranges binômes de Seanchaniennes.

Dans la rue principale, les citadins s’écartèrent encore plus vite que sur le passage des soldats de la force occupante. Et plus rapidement, même, que devant les palanquins des nobles étrangers – avec le mauvais temps, les rideaux étaient tirés, et on ne savait jamais à qui on avait affaire.

Pourtant capables de harceler n’importe qui, les peintres des rues eux-mêmes ne proposèrent pas aux deux femmes un portrait au fusain ou au pinceau. Alors que la sul’dam et sa damane fendaient la foule, Nynaeve ne put s’empêcher de faire la grimace. Après des semaines passées à Falme, ce spectacle la hérissait toujours autant. Comment pouvait-on infliger une telle humiliation à une femme ? Même Moiraine et Liandrin ne méritaient pas ça…

Encore que, pour Liandrin, j’aie comme un doute…

Parfois, au milieu de la nuit, dans la petite chambre « odorante » qu’Elayne et elle louaient au-dessus d’une poissonnerie, l’ancienne Sage-Dame se réveillait en songeant à ce qu’elle ferait à Liandrin, si elle lui mettait la main dessus. Suroth avait également droit à ses « attentions », mais dans une moindre mesure, car, après tout, on ne pouvait pas attendre d’un adversaire qu’il vous fasse du bien.

Souvent ravie par son inventivité, Nynaeve, lors de ces rêveries nocturnes, avait été une fois ou deux choquée par sa propre cruauté.

Alors qu’elle continuait à suivre du regard les deux femmes, ses yeux tombèrent sur un homme squelettique, au bout de la rue, que la foule ne tarda pas à lui dissimuler de nouveau. Un visage étroit, un grand nez saillant… Le type portait sur ses vêtements une tunique en velours typiquement seanchanienne, mais il n’avait pourtant pas l’air d’un compatriote de Suroth. Pourtant, le serviteur qui l’accompagnait avait une moitié du crâne rasée, un signe qui ne trompait ni sur son origine ni sur le haut rang de son maître. Mais, à la connaissance de Nynaeve, les habitants de Falme n’avaient pas adopté la mode et les traditions seanchaniennes.

On aurait dit Padan Fain… Mais que ferait-il ici ?

— Nynaeve, murmura Elayne, on va encore rester ici longtemps ? Le marchand de pommes regarde son étalage comme s’il lui manquait quelque chose, et je ne voudrais pas qu’il pense à vérifier ce que j’ai dans les poches.

Les deux jeunes femmes portaient une longue veste en peau de mouton retournée ornée sur la poitrine de lignes ondulées rouge vif. Un vêtement typique de la campagne, mais tout à fait passe-partout à Falme, où on trouvait beaucoup de gens venus des villages et des fermes isolées. Parmi une population si hétéroclite, les deux fugitives n’avaient eu aucun mal à passer inaperçues. Nynaeve avait défait ses tresses, et sa bague au Serpent avait rejoint sur la cordelette de cuir qu’elle portait autour du cou la chevalière offerte par Lan.

Tournant la tête, Nynaeve vit que la poche d’Elayne était pleine à craquer.

— Tu as volé des pommes ? demanda l’ancienne Sage-Dame en tirant sa jeune compagne dans la rue. Elayne, nous ne sommes pas obligées de faire ça. En tout cas, pas encore…

— Vraiment ? Combien d’argent te reste-t-il ? Ces derniers jours, à l’heure des repas, tu as un peu trop souvent prétendu ne pas avoir d’appétit.

— C’est la stricte vérité, mentit Nynaeve en tentant d’oublier son estomac vide.

Tout coûtait beaucoup plus cher qu’elle l’avait prévu. D’après les citadins, cette inflation était galopante depuis l’arrivée des Seanchaniens.

— Donne-moi une pomme, puisque c’est comme ça…

Le fruit qu’Elayne tendit à son amie était petit et tout ratatiné, mais son goût se révéla délicieux.

— Comment as-tu… ? demanda Nynaeve, s’interrompant soudain comme si une mouche l’avait piquée. (Elle força Elayne à la regarder dans les yeux.) As-tu… ? Aurais-tu… ?

Au milieu de tant de gens, comment formuler une chose pareille ? Heureusement, Elayne comprit à demi-mot.

— Un tout petit peu… Pour détourner l’attention du marchand, j’ai fait tomber l’étalage de melons pourris – tu as vu comment ils étaient tachés – et, quand il a entrepris de les ramasser, j’en ai profité…

Et la jeune inconsciente, comme le constata Nynaeve, n’avait même pas l’élémentaire grâce de rougir ou de paraître embarrassée.

Mordant une pomme à belles dents, l’ancienne Sage-Dame haussa les épaules.

— Inutile de me regarder comme ça… Je me suis assurée qu’il n’y avait pas de damane dans les environs. Moi, si j’étais prisonnière, je n’aiderais pas mes geôlières à trouver d’autres victimes. Cela dit, les citadins eux aussi se comportent comme s’ils étaient depuis toujours les larbins des gens qui les ont terrassés par la force.

Elayne jeta aux passants un regard méprisant. Dans une rue de Falme, il était toujours possible de suivre l’itinéraire d’un Seanchanien, y compris un soldat de première classe, en se fiant aux « ondes de courbettes » qui lui faisaient comme une traîne.

— Ils devraient résister… se battre pour reconquérir leur liberté.

— Comment, contre un tel ennemi ?

Une patrouille approchait justement, venant du port. Comme tout le monde, les deux fugitives durent s’écarter du chemin et manifester leur révérence. Nynaeve parvint à s’incliner avec grâce et naturel, un sourire imbécile sur les lèvres. Elayne mit beaucoup moins de bonne volonté dans sa courbette, et elle ne put ravaler une moue peu amène.

La patrouille se composait de vingt Seanchaniens des deux sexes montés sur de banals chevaux. Nynaeve se félicita de ce dernier point, car elle supportait mal de voir des guerriers perchés sur des monstres à trois yeux. Cela dit, deux ignobles créatures tenues au bout d’une longe accompagnaient les soldats. Des sortes d’oiseaux sans ailes à la peau parcheminée, leur bec crochu arrivant à peu près à hauteur de la tête des cavaliers. À voir leurs interminables pattes aux muscles longilignes, ces abominations devaient pouvoir galoper plus vite que n’importe quel cheval.

Après le passage des occupants, Nynaeve se redressa lentement. Autour d’elle, beaucoup de citadins produisaient un effort louable pour ne pas fuir à toutes jambes. À part les Seanchaniens, personne ne supportait vraiment de voir leurs monstres déambuler dans les rues…

— Elayne, souffla l’ancienne Sage-Dame alors que les deux femmes reprenaient leur chemin, si nous sommes capturées, avant qu’on nous tue – ou qu’on nous inflige je ne sais quelle autre punition – je jure de supplier à genoux qu’on me laisse te rouer de coups avec la plus solide massue que je dénicherai ! Si tu ne peux pas apprendre la prudence, il est peut-être temps que je te renvoie à Tar Valon – ou même chez toi, à Caemlyn. Enfin, n’importe où, pourvu que ce soit loin d’ici.

— Mais je suis prudente ! J’ai vérifié qu’il n’y avait pas de damane dans le coin. Tu peux en dire autant ? Je t’ai vue canaliser le Pouvoir alors qu’il y en avait une en face de toi.

— Oui, mais j’ai fait ce qu’il fallait pour qu’elle ne me regarde pas, et sa sul’dam non plus…

Pour y parvenir, elle avait dû ravaler la colère que lui inspirait la vue d’une femme enchaînée…

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