La Grande Quête
- Автор: Джордан Роберт
- Серия: La Roue du Temps #2
- Год: 2012
- Язык: французский
- Год: Bragelonne
- ISBN: 9782352945574
- Переводчик: Jean Claude Mallé
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
— Et les vêtements ? demanda Ingtar.
Surpris, Uno en cligna de l’œil.
— Il ne reste presque rien, seigneur… Juste des frusques qu’ils n’ont pas jugé bon d’emporter.
— Eh bien, il faudra que ça fasse l’affaire… Uno, je veux que des soldats et toi vous déguisiez en paysans du coin. Plus vous serez et mieux ça vaudra. Ensuite, vous quadrillerez le terrain à la recherche d’une piste.
Des soldats entrèrent dans l’auberge. Voyant Uno en grande conversation avec leur chef, ils vinrent se camper près du borgne et de Hurin, afin de savoir ce qui se passait.
Rand posa les mains sur le manteau de la cheminée et contempla les flammes – qui le firent penser aux yeux de Ba’alzamon.
— Le temps presse…, murmura-t-il. Quelque chose m’attire irrésistiblement vers Falme, et le temps presse.
Voyant que Verin le regardait, il ajouta à voix haute :
— Non, rien à voir avec ça ! C’est Fain que je veux trouver… Aucun rapport avec ce que vous pensez.
L’Aes Sedai acquiesça.
— La Roue tisse comme elle l’entend, et nous sommes tous inextricablement liés à la Trame. Fain est arrivé des semaines, voire des mois avant nous. Quelques jours de différence ne changeront rien au cours des événements.
— J’ai besoin de dormir, dit Rand en ramassant ses sacoches de selle. Les habitants n’ont sûrement pas emporté tous les lits.
À l’étage, il trouva effectivement des lits, mais quelques-uns seulement avaient un matelas. Les essayant, il les trouva si inconfortables qu’il envisagea de dormir par terre. Il finit quand même par trouver une couche raisonnablement défoncée, et il élut domicile dans cette chambre meublée en tout et pour tout d’une chaise et d’une table bancale.
Rand retira ses vêtements mouillés, enfila une chemise sèche et s’étendit à même le matelas, puisqu’il n’y avait ni draps ni couvertures en vue. Non sans amertume, il songea que l’étendard du Dragon, parfaitement sec, aurait pu faire un très bon drap. Mais il préféra le laisser là où il était…
La pluie martelait le toit – un accompagnement discret aux coups de tonnerre – et des éclairs zébraient régulièrement le ciel, derrière les fenêtres sans rideaux. Transi, Rand se tourna et se retourna, cherchant une position confortable, et finit par être certain que l’étendard ferait une excellente couverture, tout compte fait.
Dans son demi-sommeil, il se demanda s’il devait vraiment partir sur-le-champ pour Falme. Ou si…
Se retournant pour la énième fois, il vit que Ba’alzamon se tenait debout près de la chaise, l’étendard du Dragon entre les mains. À cet endroit, la chambre semblait plus obscure, comme si Ba’alzamon s’était campé juste au bord d’un nuage de fumée noire. Des brûlures presque cicatrisées lui couvraient toujours le visage, et ses yeux disparurent pendant une fraction de seconde, des flammes rugissantes les remplaçant. Les sacoches de selle où était rangé l’étendard gisaient aux pieds de l’intrus, un des deux rabats ouvert.
— Les temps approchent, Lews Therin… Un millier de fils tissent un piège dans lequel tu seras bientôt coincé. Ton destin est un naufrage contre lequel tu ne peux rien. La folie. La mort. Avant de disparaître, massacreras-tu une fois encore tous ceux qui te sont chers ?
Rand jeta un coup d’œil à la porte, mais il se contenta de s’asseoir au bord du lit. À quoi bon tenter d’échapper au Ténébreux ?
— Je ne suis pas le Dragon, Père des Mensonges ! croassa-t-il, la gorge sèche comme du parchemin.
Derrière Ba’alzamon, les ténèbres tourbillonnèrent et les flammes de sa bouche rugirent tandis qu’il éclatait de rire.
— Tu m’honores, et tu te diminues… Je te connais trop bien, pour t’avoir affronté des milliers de fois. Des dizaines de milliers, même. Je n’ignore rien de ton âme misérable, Lews Therin Fléau de sa Lignée.
Ba’alzamon rit de nouveau et Rand leva une main pour protéger son visage de la chaleur.
— Que me veux-tu ? Je ne te servirai pas. Plutôt qu’obéir à un de tes ordres, je préfère mourir !
— Et tu mourras, vermine ! Combien de fois as-tu agonisé tandis que les Âges succédaient aux Âges ? Et que t’a apporté la mort, pauvre idiot ? Le tombeau est glacial et on s’y sent bien seul en compagnie des vers ! Le linceul est mon royaume, Fléau de sa Lignée ! Cette fois, tu ne renaîtras pas. La Roue du Temps à jamais brisée, le monde sera remodelé à l’image des Ténèbres. Cette fois, sombre crétin, si tu meurs, ce sera pour l’éternité. Alors, que choisis-tu ? Le néant infini ? Ou la vie éternelle et le pouvoir sans limites ?
Rand s’avisa vaguement qu’il était debout. Le cocon s’était formé autour de lui, le saidin brillait de sa lueur maladive et le Pouvoir de l’Unique coulait dans ses veines.
Cette sensation faillit faire exploser le cocon. Rand rêvait-il ? Cette scène était-elle réelle ? Et, sinon, pouvait-il canaliser le Pouvoir dans un songe ?
Le torrent qui déferlait en lui emporta d’un coup tous ses doutes. Exalté, il propulsa sur Ba’alzamon la force même qui faisait tourner la Roue du Temps – une puissance capable de faire bouillir les océans et de raser les montagnes.
Ba’alzamon recula d’un demi-pas, l’étendard brandi devant lui comme un bouclier. Des flammes rugirent dans ses yeux et sa bouche, le nuage de fumée semblant se refermer sur lui comme une muraille de ténèbres. Dans cette masse obscure, le Pouvoir sombra et disparut, absorbé comme de l’eau par du sable sec.
Rand en puisa davantage dans le saidin, sa peau devenant si froide que le moindre contact aurait pu la faire exploser. En même temps, elle brûlait comme si elle était sur le point de fondre. Jusqu’à ses os qui semblaient devoir tomber en cendres ou exploser en mille fragments de cristal.
Qu’importait ! Canaliser, c’était comme boire la vie elle-même !
— Imbécile ! rugit Ba’alzamon. Tu vas te détruire toi-même !
Mat… La dague… Le Cor… Fain… Champ d’Emond…
Un tourbillon de pensées, comme des lucioles dans la nuit.
Non, ce n’est pas le moment de mourir !
Rand n’aurait su dire comment il s’y était pris, mais le Pouvoir, le saidin et le vide se volatilisèrent en un clin d’œil. Tremblant de tous ses membres, Rand tomba à genoux près du lit. Pour empêcher ses bras de tressaillir, il les enroula autour de son torse, mais cela ne servit à rien.
— Voilà qui est plus raisonnable, Lews Therin, dit Ba’alzamon.
Il laissa tomber l’étendard sur le sol et posa les mains sur le dossier de la chaise, des volutes de fumée montant d’entre ses doigts.
— Voilà ton étendard, Fléau de sa Lignée… Si ça te fait plaisir, tant mieux pour toi ! Un millier de fils tissés depuis plus de dix siècles t’ont conduit jusqu’ici. Dix mille autres fils, ceux-ci traversant les Âges, t’emprisonnent comme un agneau sacrificiel. La Roue elle-même t’empêche d’échapper à ton destin, mais je peux te rendre la liberté. Pauvre corniaud recroquevillé aux pieds de ton maître, sais-tu que je suis le seul en ce monde capable de t’apprendre à contrôler le Pouvoir ? Sans moi, il t’aura tué avant même que tu aies pu sombrer dans la folie. Tu m’as servi par le passé, et tu me serviras encore, Lews Therin. Sinon, tu disparaîtras à jamais !
— Je me nomme Rand al’Thor, Père des Mensonges ! Rand al’Thor !
Fermant les yeux un instant, le jeune homme les rouvrit pour découvrir qu’il était seul dans la chambre.
Ba’alzamon et le nuage noir s’étaient volatilisés. Les sacoches de selle, hermétiquement fermées, gisaient là où il les avait laissées, aux pieds de la chaise.