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La Grande Quête

Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:

À peine arrivé à la forteresse de Fal Dara, le jeune Rand n’a déjà qu’une idée en tête : fuir les noirs secrets qu’il a appris sur lui-même.
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
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Deux fichues femmes qui formaient une équipe, à l’évidence, même si l’une – celle qui portait un collier – semblait enchaînée à l’autre. Au fond, celle qui avait le bracelet n’était guère plus libre… En tout cas, une des deux au moins était une Aes Sedai. Nynaeve n’avait jamais pu les voir assez bien pour distinguer l’aura du Pouvoir, mais ça n’était pas nécessaire pour qu’elle se forge une conviction.

J’aurai bien du plaisir à raconter ça à Sheriam… Les Aes Sedai ne doivent pas utiliser le Pouvoir comme une arme, non ?

Pour se défendre, l’ancienne Sage-Dame avait dû s’y résoudre. Au minimum, elle avait renversé les deux femmes comme des quilles avec son éclair, et elle avait vu un soldat – son cadavre, plutôt – brûler après qu’elle lui eut jeté dessus une lance de feu.

Depuis un bon moment, elle n’avait plus aperçu l’ombre d’un membre du « comité d’accueil ». Un point qui n’était pas que positif…

De la sueur ruisselait sur le front de Nynaeve, et ce n’était pas seulement à cause de la fatigue. Son lien avec le saidar était rompu, et elle ne parvenait pas à le rétablir. Au début, quand elle était furieuse à cause de la trahison de Liandrin, le saidar était venu à elle sans même qu’elle en ait conscience, le Pouvoir de l’Unique coulant en elle comme un torrent. Exaltée, elle avait eu le sentiment que rien ne lui était impossible. Tant que les inconnus l’avaient traquée, la colère s’était chargée de l’alimenter en énergie. Et voilà que ses adversaires avaient disparu ! Ne voyant plus aucun chasseur, elle avait commencé à redouter de tomber dans un piège subtil – en même temps, ce répit tout relatif l’avait incitée à s’inquiéter au sujet d’Egwene, Elayne et Min. À présent, elle devait regarder la vérité en face : la peur avait pris en elle le dessus sur la colère. Mais c’était cette dernière qui pouvait la sauver…

Soudain, une ombre bougea derrière un arbre.

Le souffle court, Nynaeve tenta d’entrer en contact avec le saidar. Mais tout ce qu’elle avait appris en compagnie de Sheriam et des autres – toutes ces fleurs imaginaires qui s’épanouissaient devant son œil mental et tous ces cours d’eau symboliques dont elle contenait le flot tumultueux telle une digue – ne lui servit à rien. Elle sentait toujours la Source Authentique, mais sans parvenir à y accéder.

Quand Elayne sortit de derrière l’arbre, ramassée sur elle-même comme un félin prêt à bondir, l’ancienne Sage-Dame soupira de soulagement. La robe froissée et les cheveux en bataille, la Fille-Héritière regardait autour d’elle avec les yeux affolés d’une biche prise au piège. Mais la main qui brandissait sa dague ne tremblait pas.

Tirant sur les rênes de sa monture, Nynaeve sortit de sa cachette.

Elayne sursauta, porta une main à sa gorge puis exhala un profond soupir. Dès que Nynaeve eut sauté de sa selle, les deux femmes s’étreignirent, se réconfortant mutuellement.

— Un moment, dit Elayne quand elles se séparèrent, j’ai cru que tu étais… Sais-tu où sont nos ennemis ? Deux hommes me suivaient, et ils étaient sur le point de me rattraper. Mais une sonnerie de corne a retenti, et ils ont tourné bride, galopant comme des fous dans la direction d’où ils venaient. Ils m’avaient en ligne de mire, et ils m’ont laissée filer…

— J’ai entendu la corne. Depuis, plus l’ombre d’un adversaire. As-tu vu Egwene ou Min ?

Elayne s’assit à même le sol puis secoua la tête.

— Pas depuis que ce sale type a frappé Min pendant qu’une des femmes mettait je ne sais quoi autour du cou d’Egwene. Avant de m’enfuir, c’est tout ce que j’ai vu. Mais je doute que nos amies se soient échappées. J’aurais dû les aider. Min a blessé l’homme qui me tenait, et Egwene… J’ai couru d’instinct, dès que j’ai compris que j’étais libre. Ma mère devrait épouser Gareth Bryne et donner le jour à une autre fille tant qu’elle le peut encore. Je suis indigne du trône…

— Arrête de dire des idioties ! Sinon, souviens-toi que j’ai des racines de langue-de-mouton dans ma bourse…

La tête entre les mains, Elayne ne réagit pas à cette saillie.

— Petite, écoute-moi… Suis-je restée pour affronter une cinquantaine d’hommes armés et plusieurs Aes Sedai ? Non, j’ai fui, comme toi. Si tu ne l’avais pas fait, tu serais prisonnière – au mieux – et morte si les choses avaient mal tourné. À première vue, ces gens s’intéressent seulement à Egwene et à moi. Donc, ils t’auraient peut-être tuée.

Mais que nous veulent-ils, justement ? Pourquoi Egwene et moi, spécifiquement ? Et cette trahison de Liandrin, à quoi rime-t-elle ?

Des questions qui resteraient sans réponse, au moins pour le moment.

— Si j’étais morte en volant à leur secours…, commença Elayne.

— Tu serais morte, un point c’est tout, coupa Nynaeve. Qu’est-ce que ça te mettrait dans la poche ? Et à nos amies ? Bon, relève-toi et époussette ta robe.

Nynaeve sortit une brosse de ses sacoches de selle.

— Et recoiffe-toi !

Elayne obéit et eut un petit sourire.

— Tu me fais penser à Lini, ma vieille nourrice. (La Fille-Héritière grimaça dès qu’elle eut entrepris de démêler ses cheveux.) Mais comment allons-nous aider Egwene et Min ? Quand tu es furieuse, tu vaux largement une sœur expérimentée, mais nos adversaires disposent de plusieurs femmes capables de canaliser. Je déteste penser que ce sont des Aes Sedai, et pourtant, c’est bien possible, au fond… En plus, nous ne savons même pas dans quelle direction ces gens sont partis.

— L’ouest, dit Nynaeve. Suroth a parlé de Falme et, sur la pointe de Toman, il n’y a rien de plus occidental, à part l’océan. J’espère que Liandrin y sera aussi, histoire de lui faire regretter le jour où son père a posé les yeux sur sa mère. Mais d’abord, nous devons nous procurer des vêtements du coin. J’ai vu des Domani et des Tarabonaises, à la tour, et leurs tenues n’avaient rien à voir avec les nôtres. Or, nous devrons nous fondre dans la foule, à Falme…

— Je n’aurais rien contre une robe domani… Ma mère ferait une attaque si elle savait que j’ai porté une tenue si aguichante, et Lini me sermonnerait jusqu’à plus soif, mais ça m’amuserait. Cela dit, même si nous trouvons un village, comment renouveler notre garde-robe ? Je n’ai qu’une dizaine de pièces d’or et le double en argent. Et toi ? Il y a de quoi tenir deux ou trois semaines, mais que faire après ?

— La novice de Tar Valon continue de penser comme la Fille-Héritière du royaume d’Andor, dit Nynaeve, amusée. Je n’ai pas le dixième de ta fortune mais, à nous deux, ça nous permettra de vivre confortablement pendant deux ou trois mois ! Davantage, si nous sommes économes. Je n’ai pas l’intention de « renouveler notre garde-robe », ni d’acheter des vêtements neufs. Ma robe grise brodée de fil d’or et décorée de perles nous rendra de grands services, tu verras… Si nous trouvons une femme prête à la troquer contre deux ou trois robustes ensembles, je te donnerai ma bague et c’est moi qui jouerai la novice…

Nynaeve monta en selle et tendit la main à Elayne pour qu’elle se hisse en croupe.

— Que ferons-nous quand nous serons à Falme ? demanda la Fille-Héritière une fois assise.

— Je ne le saurai pas avant que nous y soyons… Tu es sûre de vouloir venir ? Ce sera dangereux.

— Plus que pour Min et Egwene ? Si la situation était inversée, elles ne nous laisseraient pas tomber. Alors, on s’en va ou on sèche sur place ?

Nynaeve orienta sa monture en direction de l’ouest.

— Nous devrons être prudentes, Elayne… Les Aes Sedai que nous connaissons savent identifier au premier coup d’œil une femme capable de canaliser le Pouvoir. Ces étranges femmes risquent de nous repérer de loin dans une foule, et ça ne nous facilitera pas la tâche.

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