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La Grande Quête

Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:

À peine arrivé à la forteresse de Fal Dara, le jeune Rand n’a déjà qu’une idée en tête : fuir les noirs secrets qu’il a appris sur lui-même.
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
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Masema choisit cet instant pour venir faire son rapport d’éclaireur.

— Seigneur Ingtar, un autre village droit devant !

Sur ces mots, le soldat se plaça aux côtés de son chef. Son regard passa sur Rand, très vite comme d’habitude, puis il évita soigneusement de l’avoir dans son champ de vision.

— Un village désert, seigneur… Je n’ai pas vu âme qui vive. Les maisons sont cependant en bon état, à part deux ou trois qui… eh bien, qui ont disparu, seigneur.

Ingtar leva une main pour ordonner à la colonne de passer au trot.

Le village était bâti sur les pentes d’une colline. Au sommet s’étendait une place pavée entourée de bâtiments. Également en pierre, avec des toits plats, les maisons avaient rarement plus d’un étage. Trois semblaient avoir été plus grandes, sur tout un côté de la place, mais il n’en restait plus qu’un tas de décombres encore fumants battus par le vent.

Ingtar mit pied à terre devant l’unique structure de grande taille encore debout. Au-dessus de la porte, une enseigne sans nom représentait une femme en train de jongler avec des étoiles. L’auberge étant munie d’un bon système de drainage des eaux, la pluie ruisselait aux deux coins de la façade.

Alors que Verin se précipitait à l’intérieur, Ingtar donna des ordres à ses hommes :

— Uno, fouillez toutes les maisons. S’il reste quelqu’un dans ce trou, nous saurons peut-être ce qui s’est passé. Et nous en apprendrons un peu plus sur les Seanchaniens. Si vous trouvez des vivres, réquisitionnez-les. Idem pour les couvertures.

Uno partit exécuter ses consignes et Ingtar se tourna vers le renifleur.

— Que sens-tu ? Fain est passé par là ?

— Non, seigneur… Et ses Trollocs non plus. Mais il y a une puanteur… (Il désigna les ruines.) Des gens sont morts là-dedans, seigneur.

— Les Seanchaniens, murmura Ingtar. Bien, allons voir cette auberge… Ragan, essaie de trouver un abri pour les chevaux.

Ayant déjà fait du feu dans les deux grandes cheminées de la salle commune, Verin se réchauffait les mains au-dessus des flammes de l’une tandis que sa cape, étendue sur une table, séchait à la chaleur de l’autre. Par une soirée d’orage, avec une illumination insuffisante, la salle déserte évoquait davantage une sombre caverne qu’un lieu de divertissement.

Rand posa sa cape et sa veste trempées sur une table et alla rejoindre l’Aes Sedai.

Fidèle à lui-même, Loial pensa à faire sécher ses livres avant de songer à son propre confort.

— Nous ne trouverons jamais le Cor comme ça…, dit Ingtar. Après ce… voyage… (L’officier frissonna et Rand se demanda ce qu’il avait découvert sur lui-même dans ses vies parallèles.) Enfin, depuis trois jours que nous sommes là, nous n’avons pas aperçu l’ombre d’un Suppôt ni de Padan Fain… Cette côte est semée de villages… Il a dû embarquer dans un de ces petits ports et filer très loin d’ici. S’il y est jamais venu.

— Il est ici, dit Verin, et nous le trouverons à Falme.

— Oui, parce qu’il m’y attend, renchérit Rand.

Lumière, je t’en supplie, fais que ce soit vrai !

— Hurin n’a pas encore senti sa piste, insista Ingtar. (Le renifleur baissa la tête comme s’il se sentait coupable.) Pourquoi serait-il allé à Falme ? Si les habitants des villages précédents ne nous ont pas menti, cette ville est aux mains des Seanchaniens. Bon sang ! je donnerais mon meilleur chien de chasse pour savoir d’où ils viennent et qui ils sont !

— Leur identité n’est pas si importante que ça, dit Verin. (Elle s’accroupit, ouvrit ses sacoches de selle et en sortit des vêtements secs.) Au moins, nous avons un endroit où nous changer, même si ça ne sert pas à grand-chose, puisque le temps ne s’améliore pas… Ingtar, il est très possible que ces villageois aient dit la vérité. Ces envahisseurs sont peut-être les descendants des armées d’Artur. Mais ce qui nous intéresse, c’est Padan Fain, et il est allé à Falme. Les inscriptions, dans le donjon de Fal Dara…

— … ne le mentionnaient pas ! Désolé, Aes Sedai, mais il peut s’agir d’une ruse, comme les prophéties noires… Même des Trollocs ne seraient pas assez idiots pour nous renseigner ainsi sur leurs intentions.

Verin se tourna vers l’officier.

— Et que comptes-tu faire, puisque tu refuses de prendre en considération mon avis ?

— Je veux le Cor de Valère ! Navré, mais je préfère croire ce que me dit mon bon sens plutôt que me fier à quelques mots gribouillés par un Trolloc !

— Un Myrddraal, plutôt, corrigea Verin.

Mais Ingtar ne sembla pas avoir entendu.

— Ou un Suppôt apparemment assez stupide pour se trahir quand on ne lui demande rien… Mon plan est de quadriller le terrain jusqu’à ce que Hurin retrouve la piste de Fain – ou que nous le repérions en chair et en os. Je dois avoir le Cor ! Je le dois !

— Ça ne fonctionne pas ainsi…, murmura le renifleur. « Devoir » ne veut rien dire. Ce qui advient… advient…

Personne ne fit attention à ce que disait Hurin.

— Nous le voulons tous, dit Verin, mais il y a peut-être plus important encore.

Elle n’en dit pas plus long, mais Rand fit la grimace. Comme il avait hâte d’être loin de cette femme et de ses allusions fielleuses.

Je ne suis pas le Dragon Réincarné ! Lumière, quand serai-je définitivement débarrassé des Aes Sedai ?

— Ingtar, moi, je continue en direction de Falme. Fain m’y attend, et si je tarde trop il se vengera sur Champ d’Emond.

C’était la première fois que Rand mentionnait ce point.

Tous ses compagnons le regardèrent. Mat et Perrin ne cachèrent pas leur inquiétude, Verin sembla intéressée, comme si une nouvelle pièce venait de s’ajouter à son puzzle, Loial parut surpris et Hurin eut l’air désorienté.

Ingtar, lui, se montra ouvertement incrédule.

— Pourquoi ferait-il ça ? demanda-t-il.

— Je n’en sais rien, mentit Rand, mais ça figurait dans le message qu’il a laissé à Barthanes.

— Barthanes t’a-t-il confirmé que Fain irait à Falme ? Non, bien sûr… Et, s’il l’avait fait, ça ne changerait rien… Les Suppôts mentent comme ils respirent !

— Rand, dit Mat, si je connaissais un moyen de protéger Champ d’Emond, je le ferais – à condition d’être sûr que c’est bien son plan. Mais il me faut cette dague, et Hurin est le plus compétent pour la trouver.

— Moi, je te suivrai, Rand, dit Loial. (Ses précieux livres enfin secs, il entreprit de retirer sa veste.) Mais je ne vois pas en quoi quelques jours de plus ou de moins changeront les choses, au point où nous en sommes. Pour une fois, si tu te montrais moins impulsif ?

— Je me fiche de savoir si nous partons pour Falme maintenant, plus tard ou jamais, dit Perrin. Mais si Fain menace notre village… Eh bien, Mat a raison : Hurin est le plus à même de le trouver.

— Je peux le faire, seigneur Rand, dit le renifleur. Il suffira que je flaire sa piste, et je te conduirai à lui. Personne ne laisse des « empreintes » comme les siennes…

— À toi de choisir, Rand, résuma Verin. Mais souviens-toi que Falme est entre les mains d’envahisseurs dont nous ne savons presque rien. Si tu y vas tout seul, tu risques d’être emprisonné ou tué, et ça ne t’avancera à rien. Mais je suis sûre que tu sauras prendre la bonne décision.

— Ta’veren…, dit simplement Loial.

Rand en leva les bras au ciel.

Uno entra sur ces entrefaites, secouant sa cape trempée.

— Nous n’avons pas trouvé un seul fichu villageois, seigneur, annonça-t-il. À mon avis, ils se sont enfuis comme une bande de cochons rayés ! Il ne reste plus la moindre maudite tête de bétail, ni l’ombre d’un chariot ou d’une charrette. La moitié des maisons ont été vidées de la cave au grenier. Je parie ma prochaine solde qu’on pourra suivre ces gens à la piste de meubles qu’ils laisseront derrière eux, histoire d’alléger leurs chariots de malheur…

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