Marina
- Автор: Сафон Карлос Руис
- Год: 2011
- Язык: французский
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Marina». Краткое содержание книги:
J’attrapai la main de mon amie et nous courûmes vers la sortie. Sur notre passage, les cintres portant les figurines descendaient lentement, bras et jambes frôlant nos têtes, essayant d’agripper nos vêtements. Je sentis des ongles de métal sur ma nuque. J’entendis Marina crier et la poussai devant moi, la lançant à travers cette double haie infernale de créatures qui descendaient des ténèbres. Les rayons de lune qui filtraient à travers les interstices du lierre dévoilaient des visions de visages brisés, d’yeux de verre et de dentitions émaillées.
Je brandis la lame dans tous les sens avec l’énergie du désespoir. Je la sentis déchirer un corps dur. Un fluide épais imprégna mes doigts. Je retirai la main ; quelque chose entraînait Marina dans le noir. Elle hurla de terreur et je pus voir le visage sans regard, aux cavités vides et noires, de la danseuse en bois, qui serrait sur la gorge de Marina des doigts effilés comme des poignards. Sa face était couverte d’un masque de peau morte. Je me jetai de toutes mes forces sur elle et la fis tomber. Collés l’un à l’autre, Marina et moi reprîmes notre course éperdue vers la porte pendant que le mannequin décapité de la danseuse se relevait, pantin aux fils invisibles agitant des griffes qui cliquetaient comme des ciseaux.
En arrivant à l’air libre, je découvris que plusieurs silhouettes noires nous barraient la sortie du parc. Nous courûmes dans la direction opposée, vers une remise adossée au mur qui séparait la propriété de la voie ferrée. Une crasse accumulée depuis des dizaines d’années en couvrait les portes vitrées. Fermées à clef. Je brisai un carreau avec le coude et cherchai à tâtons une poignée. Celle-ci céda et la porte s’ouvrit vers l’intérieur. Nous nous précipitâmes. Les fenêtres du fond dessinaient deux taches de clarté laiteuse. On pouvait deviner de l’autre côté l’écheveau des fils électriques de la voie ferrée. Marina se retourna un instant pour regarder derrière nous. Des formes anguleuses se découpaient dans l’embrasure de la porte.
— Vite ! hurla-t-elle.
Je regardai désespérément autour de moi, cherchant n’importe quoi pour casser une fenêtre. Le cadavre rouillé d’une vieille voiture tombait en morceaux dans l’obscurité. La manivelle du moteur gisait devant. Je l’attrapai et m’en servis pour cogner sur la vitre, tout en me protégeant de la pluie d’éclats de verre. La brise nocturne me souffla à la figure et je sentis l’haleine viciée qui s’exhalait du tunnel.
— Par ici !
Marina se hissa jusqu’au trou dans la fenêtre tandis que je surveillais les silhouettes qui rampaient lentement vers l’intérieur du garage. Je brandis ma manivelle à deux mains. Brusquement, les figurines s’arrêtèrent et reculèrent d’un pas. Je les regardai sans comprendre, puis j’entendis comme un halètement mécanique au-dessus de moi. Je fis instinctivement un bond vers la fenêtre, juste au moment où un corps se détachait du plafond. Je reconnus les formes du policier sans bras. Son visage me parut couvert d’un masque de peau morte, grossièrement cousu. Les coutures saignaient.
— Óscar ! cria Marina de l’autre côté de la fenêtre.
Je me jetai la tête la première dans la gueule de la vitre brisée. Je compris qu’un éclat de verre me tailladait à travers la toile de mon pantalon. Je le sentis déchirer net la peau. J’atterris de l’autre côté et la douleur m’assaillit d’un coup. Je sentis la chaleur du sang qui coulait sous le tissu. Marina m’aida à me relever et nous nous lançâmes vers les rails pour atteindre l’autre côté. À cet instant, quelque chose agrippa ma cheville et me fit tomber à plat ventre sur la voie. Étourdi par le choc, je me retournai. La main d’une monstrueuse marionnette étreignait mon pied. Je me cramponnai à un rail et sentis le métal vibrer. La lumière lointaine d’un train se reflétait sur les murs. J’entendis le grondement des roues et le sol trembla sous mon corps.
Marina gémit en voyant le train approcher à toute vitesse. Elle s’accroupit à mes pieds et s’attaqua aux doigts de bois qui me retenaient prisonnier. Les phares du train l’éclairèrent. J’entendis le sifflement, en hurlant. Le pantin restait là, sans bouger : il tenait sa proie et ne la lâcherait pas. Marina luttait des deux mains pour me libérer. Un des doigts céda. Marina soupira. Une demi-seconde plus tard, le corps de cette chose se redressa et, de son autre main, attrapa Marina par le bras. Avec la manivelle que je tenais toujours, je frappai de toutes mes forces sur la face de cette figurine inerte, jusqu’à en faire éclater le crâne. Je découvris avec horreur que ce que j’avais pris pour du bois était de l’os. Il y avait de la vie dans cette créature.
Le rugissement du train se fit assourdissant, couvrant nos cris. Le ballast sous les rails tremblait. Le faisceau de lumière du train nous enveloppa de son halo. Je fermai les yeux et continuai de frapper ce sinistre pantin en y mettant toute mon âme, jusqu’à ce que je sente la tête se séparer du corps. Alors, seulement, ses griffes nous libérèrent. Nous roulâmes sur le ballast, aveuglés par la lumière. Des tonnes d’acier passèrent à quelques centimètres de nous en soulevant une pluie d’étincelles. Les morceaux désarticulés de la créature partirent dans tous les sens, fumant comme les braises qui jaillissent d’un foyer.
Quand le train fut passé, nous ouvrîmes les yeux. Je me tournai vers Marina et, de la tête, lui fis signe que j’étais indemne. Nous nous relevâmes lentement. Je sentis alors la douleur aiguë qui irradiait ma jambe. Marina passa mon bras autour de ses épaules et je pus ainsi atteindre l’autre côté de la voie. Une fois là, nous regardâmes derrière nous. Quelque chose bougeait entre les rails, brillant sous la lune. C’était une main de bois, tranchée par les roues du train. La main était secouée de spasmes de plus en plus espacés, puis elle finit par s’arrêter tout à fait. Sans prononcer un mot, nous montâmes entre les arbustes vers la ruelle qui menait à la rue Anglí. Les cloches de l’église sonnaient au loin.
Par chance, quand nous arrivâmes, Germán somnolait dans son atelier. Marina me guida sur la pointe des pieds vers une des salles de bains pour nettoyer ma blessure à la jambe à la lueur des bougies. Les murs et le sol étaient revêtus de carreaux de céramique qui reflétaient les flammes. Une baignoire monumentale se dressait au centre, posée sur quatre pieds de fer.
— Ôte ton pantalon ! dit Marina en me tournant le dos pour fouiller dans l’armoire à pharmacie.
— Quoi ?
— Tu m’as bien entendue.
Je fis ce qu’elle me commandait, et j’étendis la jambe sur le bord de la baignoire. La coupure était plus profonde que je ne l’avais pensé et le contour de la plaie avait pris une teinte violacée. Je fus saisi de nausées. Marina s’agenouilla et l’examina avec soin :
— Elle te fait mal ?
— Seulement quand je la regarde.
Mon infirmière improvisée prit du coton imprégné d’alcool et l’approcha de la blessure.
— Ça va te brûler…
Quand l’alcool mordit la plaie, je me cramponnai si fort au bord de la baignoire que je dus y laisser gravées mes empreintes digitales.
— Je suis désolée, murmura Marina, en soufflant sur la blessure.
— Et moi donc !
Je respirai profondément et fermai les paupières pendant qu’elle continua.
— Ce n’était pas après nous qu’elles en avaient, dit Marina.
Je ne compris pas bien ce qu’elle voulait dire.
— Ces créatures de la serre, précisa-t-elle sans me regarder. Elles cherchaient l’album de photographies. Nous n’aurions pas dû l’emporter…
Je sentis son haleine sur ma peau pendant qu’elle appliquait un gaze stérile.
— Dis-moi, commençai-je, pour l’autre jour, sur la plage…
Elle s’arrêta et leva les yeux.