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Marina

Электронная книга - «Marina». Краткое содержание книги:

Dans la Barcelone des années 1970, Oscar, quinze ans, a l'habitude de fuir le pensionnat où il est interne. Au cours de l'une de ses escapades, il fait la connaissance de Marina. Fascinée par l'énigme d'une tombe anonyme, Marina entraîne son jeune compagnon dans un cimetière oublié de tous. Qui est la femme venant s'y recueillir ? Et que signifie le papillon noir qui surplombe la pierre tombale ?
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— Je ne sais pas ce que tu manigances dernièrement. Ce collège n’est pas un hôtel, mais ce n’est pas non plus une prison. Tu es seul responsable de ton comportement, me prévint le père Seguí, soupçonneux. J’espère que tu sais ce que tu fais, Óscar.

En arrivant à la villa de Sarriá, je trouvai Marina dans la cuisine en train de préparer un panier de sandwichs et des thermos pour les boissons. Kafka suivait attentivement ses mouvements en se léchant les babines.

— Où allons-nous ? demandai-je, intrigué.

— C’est une surprise.

Peu après, Germán fit son apparition, euphorique et jovial. Il était habillé en pilote de rallye des années vingt. Il me serra la main et me demanda de l’accompagner au garage. Je découvris, à cette occasion, qu’ils en avaient un. En fait, ce n’était pas un mais trois, comme je pus le constater en faisant le tour de la propriété avec Germán.

— Je suis heureux que vous ayez pu vous joindre à nous, Óscar.

Il s’arrêta devant la troisième porte d’une remise couverte de lierre qui avait la taille d’une petite maison. La poignée de la porte grinça en s’ouvrant. Un nuage de poussière inonda l’intérieur plongé dans le noir. Ce lieu donnait l’impression d’être resté fermé pendant vingt ans. Squelette d’une vieille moto, outils rouillés et caisses empilées sous une couche de poussière épaisse comme un tapis persan. J’entraperçus une bâche grise qui couvrait ce qui semblait être une automobile. Germán saisit un coin de la bâche et me fit signe de l’imiter.

— À trois ? demanda-t-il.

À son signal, nous tirâmes tous les deux avec force, et la bâche se souleva comme le voile d’une mariée. Quand le nuage de poussière se fut dispersé dans la brise, la faible lumière qui filtrait à travers les arbres éclaira une vision : une rutilante Tucker des années cinquante, couleur lie de vin et jantes chromées, dormait à l’intérieur de cette caverne. Stupéfait, je regardai Germán. Il sourit avec fierté.

— Des voitures comme celle-là, on n’en fait plus, cher Óscar.

— Elle démarrera ? m’inquiétai-je en examinant ce qui, pour moi, était une pièce de musée.

— Ce que vous voyez là, Óscar, c’est une Tucker. Ça ne démarre pas : ça s’envole.

Une heure plus tard, nous roulions sur la route de la côte. Germán était au volant, sanglé dans son accoutrement de pionnier de l’automobile, un sourire épanoui aux lèvres. Marina et moi étions assis près de lui. Kafka avait la banquette arrière pour lui seul et dormait placidement. Toutes les voitures nous doublaient, mais leurs occupants se retournaient pour contempler la Tucker avec étonnement et admiration.

— Quand on a la classe, expliquait Germán, la vitesse est un détail.

Nous étions déjà près de Blanes, et je ne savais toujours pas où nous allions. Germán était concentré sur son volant et je ne voulais surtout pas le distraire. Il conduisait avec la courtoisie qu’il pratiquait en toute chose, cédant le passage à tout un chacun, fourmis comprises, et saluant cyclistes, promeneurs et motards de la garde civile. Après Blanes, un panneau nous annonça le village côtier de Tossa del Mar. Je me tournai vers Marina qui me fit un clin d’œil. Je me dis que nous allions peut-être au château de Tossa, mais la Tucker évita l’agglomération et prit la route étroite qui suit la côte en continuant vers le nord. C’était moins une route qu’un ruban suspendu entre le ciel et les à-pics dont les centaines d’ondulations serrées serpentaient à perte de vue. À travers les branches des pins qui s’accrochaient aux pentes escarpées, on pouvait voir la mer s’étaler comme une nappe d’un bleu incandescent. Quelque cent mètres plus bas, des dizaines de criques et de renfoncements inaccessibles traçaient une route secrète entre Tossa del Mar et la Punta Prima jouxtant le port de Sant Feliu de Guíxols, à quelque vingt kilomètres.

Au bout d’une vingtaine de minutes, Germán arrêta la voiture au bord de la route. Marina me regarda en me faisant signe que nous étions arrivés. Nous descendîmes, et Kafka se dirigea vers les pins comme s’il connaissait le chemin. Tandis que Germán s’assurait que les freins de la Tucker étaient convenablement serrés et qu’elle ne filerait pas toute seule, Marina s’approcha de la falaise qui surplombait la mer. Je la rejoignis et contemplai la vue. À nos pieds, une crique en forme de demi-lune entourait une langue de mer d’un vert transparent. Plus loin, le rivage s’abaissait en une succession de rochers et de plages qui dessinaient un arc jusqu’à la Punta Prima, au sommet de laquelle se dressait comme une sentinelle la silhouette de l’ermitage de Sant Elm.

— Allons, viens, me pressa Marina.

Je la suivis à travers les pins. Le sentier traversait le terrain d’une vieille maison abandonnée que les arbustes avaient envahie. De là, un escalier taillé dans le roc filait jusqu’à la plage de galets dorés. Une bande de mouettes s’envola à notre vue pour aller se réfugier sur les hauteurs qui couronnaient la crique et traçaient comme une basilique de roc, de mer et de lumière. L’eau était si cristalline que l’on pouvait lire chaque pli du sable qui en tapissait le fond. Une pointe rocheuse se dressait au milieu comme la proue d’un navire échoué. L’odeur de la mer était intense et une brise salée balayait la côte. Le regard de Marina se perdit sur l’horizon d’argent et de brume.

— C’est le coin que j’aime le plus au monde, dit-elle.

Elle voulut absolument me montrer tous les replis des escarpements. Je ne tardai pas à me rendre compte que j’allais finir par me fracasser le crâne ou me précipiter dans la mer la tête la première.

— Je ne suis pas une chèvre, protestai-je, en essayant de mettre un peu de bon sens dans cette pratique de l’alpinisme sans cordes.

Marina, ignorant mes supplications, escaladait des parois polies par les embruns et se glissait dans des cavités où la houle respirait comme une baleine pétrifiée. Pour ma part, au risque de perdre tout amour-propre, je m’attendais d’un moment à l’autre à me voir appliquer par le destin tous les articles de la loi de la gravitation. Mon pronostic ne fut pas long à devenir réalité. Marina avait sauté d’un bond sur un petit îlot pour inspecter une grotte entre les rochers. Je me dis que, si elle pouvait le faire, je pouvais au moins essayer. Un instant après, je barbotais comme un canard dans les eaux de la Méditerranée. Je tremblais de froid et de honte. Marina m’observait avec inquiétude depuis les rochers. Je gémis :

— Ça va. Je ne me suis pas fait mal.

— Elle est froide ?

— Mais non, balbutiai-je. Elle est très bonne.

Marina sourit et, sous mes yeux stupéfaits, elle ôta sa robe blanche et plongea. Elle émergea près de moi en riant. À cette époque de l’année, c’était une folie. Mais je décidai de l’imiter. Nous nageâmes quelques brasses énergiques, puis nous nous allongeâmes sur les pierres tièdes. Je sentis le sang battre plus fort dans mes tempes, et je ne saurais dire si la cause en était l’eau glacée ou ce que les sous-vêtements trempés de Marina laissaient voir en transparence. Elle aperçut mon regard et se leva pour aller chercher sa robe restée sur les rochers. Je l’observai marcher entre les pierres et contourner les rocs, chaque muscle de son corps se dessinant sous la peau humide. Je passai ma langue sur mes lèvres salées et songeai que j’avais une faim de loup.

Nous passâmes le reste de l’après-midi dans cette crique cachée du monde, en dévorant les sandwichs du panier pendant que Marina racontait l’histoire de la propriétaire de la maison abandonnée dans les pins.

Cette maison avait appartenu à une romancière hollandaise atteinte d’une étrange maladie qui la condamnait à devenir aveugle. Elle était au courant de ce qui l’attendait et décida de se faire construire un refuge au-dessus des falaises pour y vivre ses derniers jours de lumière, assise face à la plage et contemplant la mer.

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