Marina
- Автор: Сафон Карлос Руис
- Год: 2011
- Язык: французский
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Marina». Краткое содержание книги:
— Il vaudrait mieux que nous allions faire un tour, proposa-t-elle.
J’acceptai, bien que devant être de retour en classe dans moins d’une demi-heure. Nos pas nous dirigèrent vers le parc de Santa Amelia, à la limite du quartier de Pedralbes. Un hôtel particulier récemment restauré et transformé en centre civique se dressait au cœur du parc. Un ancien salon hébergeait maintenant une cafétéria. Nous nous assîmes à une table près d’une large porte-fenêtre. Marina lut à haute voix l’article que j’aurais presque pu réciter par cœur.
— Il n’est dit nulle part qu’il pourrait s’agir d’un assassinat, risqua Marina sans conviction.
— Pas besoin de le préciser. Un homme qui a vécu reclus durant vingt ans est trouvé mort dans les égouts, où quelqu’un s’est amusé à lui prélever les deux mains en guise de pourboire avant de laisser le corps…
— D’accord. C’est un assassinat.
— C’est plus qu’un assassinat, dis-je à bout de nerfs. Que faisait Sentís au milieu de la nuit dans un égout hors service ?
Un garçon qui essuyait des verres en s’ennuyant derrière le comptoir nous écoutait.
— Baisse la voix, murmura Marina.
J’acquiesçai et tentai de me calmer.
— Nous devrions peut-être aller à la police et raconter ce que nous savons, suggéra Marina.
— Mais nous ne savons rien, objectai-je.
— Nous en savons probablement plus qu’elle. Il y a une semaine, une mystérieuse femme en noir te fait parvenir une carte portant l’adresse de Sentís et le symbole du papillon noir. Tu vas voir Sentís, qui dit ne rien savoir de l’affaire mais te raconte une étrange histoire qui remonte à quarante ans et concerne de sombres événements auxquels ont été mêlés Mihaïl Kolvenik et la société Velo-Granell. Pour un motif qui lui appartient, il oublie de te dire qu’il fait partie de cette histoire, qu’il est en fait le fils de l’associé fondateur, l’homme pour qui ledit Kolvenik a créé deux mains artificielles après un accident du travail… Sept jours plus tard, Sentís est trouvé mort dans les égouts…
— Sans ses mains orthopédiques, ajoutai-je, en me rappelant la réticence qu’avait montrée Sentís à me serrer la main en me recevant.
En pensant à cette main rigide, j’eus un frisson.
Je poursuivis, en essayant de mettre de l’ordre dans mes idées :
— Pour une raison quelconque, quand nous sommes entrés dans cette serre, nous avons croisé le chemin de quelque chose, et maintenant voilà que nous faisons partie de cette chose. La dame en noir a eu recours à moi en me faisant remettre cette carte…
— Óscar, nous ne savons rien d’elle ni de ses motivations…
— Mais elle, elle sait qui nous sommes et où nous trouver. Et si elle le sait…
Marina soupira :
— Appelons tout de suite la police et oublions cette histoire le plus vite possible. Je n’aime pas ça du tout, et puis ce n’est pas notre affaire.
— Ça l’est, depuis que nous avons décidé de suivre la dame dans le cimetière…
Marina laissa errer son regard sur le parc. Deux enfants jouaient avec un cerf-volant en tentant de le faire monter dans le vent. Sans les quitter des yeux, elle murmura lentement :
— Qu’est-ce que tu suggères, alors ?
Elle savait parfaitement ce que j’avais en tête.
Le soleil se posait déjà sur l’église de la place de Sarriá quand nous nous engageâmes, Marina et moi, dans le Paseo de la Bonavona en direction du jardin d’hiver. Nous avions eu la précaution de nous munir d’une lanterne et d’une boîte d’allumettes. Nous tournâmes dans la rue Iradier et pénétrâmes dans les passages déserts qui bordent la ligne du chemin de fer. L’écho des trains montant vers Vallvidrera nous parvenait à travers les arbres. Nous ne tardâmes pas à trouver la ruelle où nous avions perdu la dame de vue, ainsi que la grille qui cachait, au fond, le jardin d’hiver.
Une couche de feuilles mortes couvrait les pavés. Des ombres gélatineuses s’étendaient autour de nous tandis que nous nous enfoncions dans l’épaisse végétation. L’herbe sifflait dans le vent et, au ciel, la face de la lune souriait entre les branches serrées. Dans la nuit tombante, le lierre qui couvrait la serre me fit penser à une chevelure de serpents. Nous contournâmes la construction pour trouver la porte de derrière. La lueur d’une allumette révéla le symbole de Kolvenik et de Velo-Granell, mangé par la mousse. Ma gorge se serra et je regardai Marina. Une pâleur cadavérique avait envahi son visage.
— C’est toi qui as eu l’idée de venir ici…, dit-elle.
J’allumai la lanterne, et sa clarté rougeâtre inonda le seuil de la serre. Je jetai un coup d’œil avant d’entrer. À la lumière du jour, le lieu m’avait semblé sinistre. Maintenant, de nuit, il m’apparaissait comme un décor de cauchemar. Le rayon de la lanterne révélait des reliefs sinueux entre les décombres. J’avançais, suivi de Marina, en levant haut la lanterne devant moi. Le sol, humide, crissait sous nos pas. L’horrible bruissement des mannequins de bois se frôlant entre eux parvint à nos oreilles. Je scrutai le rideau d’ombres au cœur de la serre. Un instant, je ne pus me rappeler à quelle hauteur nous avions laissé ces figurines suspendues à leurs cintres quand nous avions quitté les lieux. Je regardai Marina et vis qu’elle pensait la même chose.
— Quelqu’un est venu depuis la dernière fois…, dit-elle en désignant les silhouettes arrêtées à mi-hauteur.
Une houle de pieds se balançait. Je sentis comme une étreinte glacée à la base de ma nuque, et je compris que quelqu’un avait fait redescendre les figurines. Sans perdre une seconde, je me dirigeai vers le bureau et passai la lanterne à Marina.
— Qu’est-ce que nous cherchons ? chuchota-t-elle.
Je montrai l’album de vieilles photographies sur la table. Je le saisis et le glissai dans le sac que je portais dans le dos.
— Cet album ne nous appartient pas, Óscar, je ne sais pas si…
J’ignorai ses protestations et m’accroupis pour inspecter les tiroirs du bureau. Le premier contenait toutes sortes d’ustensiles rouillés, lames, pointes, scies au ruban édenté. Le deuxième était vide. Des petites araignées noires couraient sur le fond en cherchant refuge dans les interstices du bois. Je le refermai et tentai ma chance avec le troisième. La serrure était bloquée.
J’entendis la voix de Marina qui murmurait, angoissée :
— Qu’est-ce qui se passe ?
Je pris une lame du premier tiroir et tentai de forcer la serrure. Derrière moi, Marina tenait la lanterne en observant les ombres dansantes qui glissaient le long des murs de la serre.
— Tu en as encore pour longtemps ?
— Ne t’inquiète pas. Juste une minute.
Je pouvais sentir le pêne de la serrure au bout de la lame. Je creusai autour. Le bois sec, pourri, cédait avec facilité sous ma pression, en produisant des grincements sonores. Marina se pencha près de moi et posa la lanterne par terre.
— C’est quoi, ce bruit ? demanda-t-elle soudain.
— Ce n’est rien. C’est le bois du tiroir qui cède…
Elle mit sa main sur les miennes pour retenir mon mouvement. Un instant, le silence nous enveloppa. Je sentis le pouls accéléré de Marina sur ma peau. Puis, moi aussi, j’entendis le bruit. Le craquement des cintres en haut. Quelque chose était en train de bouger entre les figurines suspendues dans le noir. Je me forçai à scruter l’obscurité, juste le temps de percevoir le contour de ce qui me parut être un bras qui ondulait. Un des mannequins se décrochait, glissant comme une vipère entre des branches. D’autres silhouettes commencèrent à s’agiter en même temps. Je serrai la lame de toutes mes forces et me redressai en tremblant. À ce moment, quelqu’un ou quelque chose enleva la lanterne déposée à nos pieds. La lumière disparut dans un angle et nous fûmes plongés dans le noir le plus total. C’est alors que nous entendîmes le sifflement qui s’approchait.