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READ-E-BOOK » Научная фантастика » À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]
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À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]

Электронная книга - «À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]». Краткое содержание книги:

La chute des comètes avait apporté le long hiver, comme, cent millions d’années plus tôt, lorsque les dinosaures avaient disparu. L’Hiver durait depuis soixante-dix mille ans.
Le Peuple survivait à l’abri de son cocon souterrain, génération après génération. Et voilà que le Printemps, annoncé par la Tradition, était revenu. Le Peuple devait sortir et aller recueillir son héritage dans la glorieuse cité de Vengiboneeza. Mais était-il encore humain ?
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Des points de lumière vive et brillante commencèrent à apparaître dans les ténèbres. Hresh se porta à la hauteur de Thaggoran et lui demanda ce que c’était.

— Ce sont des étoiles, répondit Thaggoran.

— Qu’est-ce qui les rend si brillantes ? Elles sont en feu ? Ce doit être un feu très froid…

— Non, dit Thaggoran, c’est un feu ardent, un feu éclatant comme celui du soleil. Car ce sont des soleils, Hresh. Comme le grand soleil que Yissou a placé dans le ciel de jour pour réchauffer le monde.

— Le soleil est beaucoup plus gros, poursuivit Hresh. Et il est beaucoup plus chaud.

— C’est seulement parce qu’il est plus près. Tu peux me croire, mon garçon, ce que tu vois, ce sont des globes de feu suspendus dans le ciel.

— Ah ! des globes de feu ! Et ils sont vraiment très loin ?

— Si loin qu’il faudrait toute une vie au plus vigoureux de nos guerriers pour marcher jusqu’au plus proche d’entre eux.

— Ah ! dit Hresh.

Il leva la tête et contempla longuement les étoiles. D’autres s’étaient arrêtés, eux aussi, pour observer les lumières scintillantes dont le ciel était parsemé. Thaggoran fut parcouru d’un frisson qui n’était pas seulement dû à la fraîcheur du soir. Le ciel était rempli de soleils et il savait que d’autres planètes gravitaient autour de ces soleils. Il eut envie de se laisser tomber à genoux et de se prosterner pour montrer qu’il avait conscience de sa petitesse et de la grandeur des dieux qui avaient donné la vie au Peuple sur cette planète gigantesque, cette planète qui n’était pourtant qu’un grain de sable dans l’immensité de l’univers.

— Regardez ! cria une voix. Qu’est-ce que c’est ?

— Par tous les dieux ! s’écria Harruel. Une épée dans le ciel !

De fait, quelque chose de nouveau venait d’apparaître. Une faucille d’un blanc éblouissant, un croissant de glace s’élevant au loin, au-dessus des montagnes. Tous les membres de la tribu s’agenouillèrent en murmurant des prières désespérées à la grande forme brillant d’un froid éclat bleu-blanc qui flottait dans le ciel.

— La lune ! s’écria Thaggoran. C’est la lune !

— La lune est ronde comme une balle, murmura Boldirinthe. C’est ce que tu nous a toujours dit.

— Elle change de forme, dit Thaggoran. Tantôt elle est comme vous la voyez, tantôt elle ressemble à un disque.

— Mueri ! gémit un des hommes. Je sens la lumière de la lune sur ma peau ! Est-ce qu’elle va geler mon corps, Thaggoran ? Que va-t-elle me faire ? Mueri ! Friit ! Yissou !

— Il n’y a rien à craindre, dit Thaggoran.

Mais il ne pouvait s’empêcher de trembler lui aussi. Il y a tant de choses étranges ici, songea-t-il. Nous sommes dans un autre monde. Nous sommes nus sous les étoiles et sous la lune et nous ne savons rien. Moi-même, je ne sais rien. Tout est nouveau, tout est effrayant.

Il alla trouver Koshmar.

— Nous devrions nous arrêter pour la nuit, dit-il. Il fait trop noir pour continuer. Et l’installation du camp leur occupera l’esprit pendant que la nuit finit de tomber.

— Que va-t-il se passer pendant la nuit ? demanda Koshmar.

— Pendant la nuit, nous dormirons, répondit Thaggoran avec un haussement d’épaules. Puis viendra le matin.

— Quand ?

— Quand la nuit sera finie.

Ils choisirent pour passer la première nuit un repli de terrain à proximité d’un petit cours d’eau. Comme l’avait pensé Thaggoran, défaire les paquets et allumer un grand feu de camp fut une distraction bienvenue pour la tribu qui en oublia ses terreurs. Mais à peine avaient-ils commencé à s’installer qu’ils furent assaillis par des insectes longs comme la jambe, au corps pâle composé de nombreux segments, aux gros yeux jaunes et protubérants et aux pattes puissantes terminées par des pinces effrayantes. Les animaux agressifs et repoussants qui faisaient violemment claquer leurs mandibules sortaient de petits monticules de terre proches du camp et semblaient attirés par la lumière ou peut-être la chaleur du feu. Les enfants et plusieurs femmes s’enfuirent en hurlant, mais Koshmar s’avança sans crainte et transperça l’un des insectes d’un coup vif et dédaigneux de sa lance. Il se tortilla quelques instants sur le sol avant de s’immobiliser. Voyant ce qui se passait, les autres reculèrent d’une dizaine de mètres et observèrent les humains d’un air triste. Au bout de quelques minutes, ils regagnèrent leurs nids et ne reparurent plus.

— Ce sont des pincevertes, déclara Thaggoran sans attendre que Koshmar l’interroge.

Il était fort embarrassé d’ignorer le nom des deux premières espèces animales qu’ils avaient rencontrées depuis le Départ, mais le Livre des Animaux ne faisait pas non plus mention de ces insectes. Il en était absolument certain.

Koshmar fit rôtir la pinceverte dont elle goûta la chair en compagnie d’Harruel et de quelques autres braves. Ils affirmèrent qu’elle n’avait aucun goût particulier, mais certains en reprirent. Thaggoran refusa poliment la part qu’on lui proposait.

Dans le courant de la nuit survint un autre désagrément sous la forme de petits animaux ronds, pas plus gros que le pouce et se déplaçant à grands bonds désordonnés, bien qu’ils n’eussent pas de pattes apparentes. Quand ils retombaient sur quelqu’un, ils s’enfouissaient aussitôt au plus profond de sa fourrure et plongeaient leurs petites dents dans la chair, provoquant une brûlure intolérable. Des cris d’agacement et de douleur s’élevèrent un peu partout dans le camp. Tout le monde finit par se réveiller et ils formèrent un cercle afin de se protéger des petites bêtes qu’ils saisissaient dans leur fourrure entre le pouce et l’index et arrachaient non sans difficultés. Thaggoran les baptisa piquefeux, et ils ne disparurent qu’à l’aube.

La première lueur blafarde du jour sortit Thaggoran d’un sommeil agité. Il avait l’impression de n’avoir presque pas fermé l’œil de la nuit, mais il se souvenait des rêves qu’il avait faits. La vision de plusieurs visages flottant dans l’air, une femme dotée d’yeux terrifiants, au nombre de sept, un pays où des dents poussaient dans la terre. Son corps le faisait souffrir de partout. Le soleil, encore petit, mais à l’éclat déjà dur, se levait à l’orient au-dessus des collines, tel un fruit pas encore mûr. Au loin Thaggoran aperçut Torlyri qui faisait son offrande matinale.

Ils s’apprêtèrent à lever le camp dans un silence inhabituel. Thaggoran voyait de tous côtés des visages maussades. Tout le monde se ressentait à l’évidence de la fatigue de la marche de la veille, du froid et du sommeil écourté par les piquefeux. Pour beaucoup, la vue extraordinairement dégagée de ce paysage inconnu était oppressante et Thaggoran remarqua qu’un certain nombre de ses compagnons tenaient les mains devant leur visage comme s’ils avaient voulu essayer de recréer une sorte de cocon.

Il se sentait lui-même démoralisé par le paysage aride et par le froid âpre et mordant. Était-ce donc cela le Printemps Nouveau ? N’avaient-ils pas quitté trop tôt leur petit nid douillet ? Si tel était le cas, leur départ prématuré dans des conditions climatiques inhospitalières ne les vouait-il pas à une mort certaine ? Peut-être étaient-ils en train d’ajouter un nouveau chapitre au Livre de l’Aurore Malheureuse ou à celui du Réveil Glacé.

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