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La porte des mondes [The Gate of Worlds - fr]

Электронная книга - «La porte des mondes [The Gate of Worlds - fr]». Краткое содержание книги:

Dan, jeune Anglais, s’embarque en cette année 1963 pour chercher fortune dans les Hespérides, ce double continent que nous appelons l’Amérique. C’est qu’il est né dans un monde où l’histoire à suivi un autre cours : conquise par les Turcs, l’Europe n’a colonisé ni l’Amérique ni l’Afrique. Et Dan va découvrir au fil d’aventures tragiques et comiques l’empire aztèque du XXe siècle.
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Je me débarrassai de mon couteau et j’étais sur le point d’ôter de mon doigt l’anneau de Nezahualpilli qui risquait de me gêner durant la partie. Mais Manco Huascar arrêta mon geste. « Emporte ça. Tu en auras besoin. »

Nous partîmes.

Ce match, de toute évidence, avait été annoncé et une foule considérable était déjà rassemblée. En entrant dans le stade qui était d’une taille colossale – cent cinquante mètres de long sur cinquante de large, peut-être – je me sentis très petit. Du milieu de chacun des murs les plus longs et à environ six ou sept mètres de hauteur se détachait un anneau de pierre placé verticalement. Des bancs s’élevaient en gradins au-dessus de ces buts et il y avait de la place pour des milliers de spectateurs.

Les joueurs formaient des groupes compacts à l’extrémité du terrain. Ils portaient d’épaisses ceintures de cuir qui les recouvraient de la poitrine à la taille. Des plaques de cuir protégeaient leurs bras, et leurs mains étaient gantées de cuir. Jambes et épaules restaient nues. Topiltzin se dirigea vers eux.

Comme je m’approchais je vis sur le sol, d’un côté du terrain, un amas de richesses : ornements d’oreilles, pendentifs, anneaux de chevilles, perles d’or et autres articles de grande valeur, négligemment entassés là. « C’est l’enjeu, dit Sagaman Musa. Chaque joueur doit ajouter sa contribution. L’équipe gagnante se partage le butin. »

Topiltzin se dépouilla de son manteau de plumes qu’il laissa tomber sur la pile. Il y joignit ses boucles d’oreille de jade et une bourse de perles d’or qui tintèrent dans leur chute. Manco Huascar y ajouta un collier de turquoise et une superbe cape d’un drap tissé au Pérou. Sagaman Musi ne donna rien. Tout le monde me regardait.

Que pouvais-je offrir ?

À regret, j’ôtai de mon doigt l’anneau de Nezahualpilli et le jetai sur le tas. J’attendis, espérant qu’on allait me dire que ça suffisait.

« Encore », réclama un Aztèque courtaud et corpulent qui était, je l’appris bientôt, le capitaine de l’autre équipe.

Ma main trembla un peu lorsque je déposai sur les autres trésors le couteau d’Opothle. Nous gagnerions la partie, il le fallait à présent ; je n’avais pas envie de me retrouver sans une arme au Mexique. Le gros capitaine parut satisfait ; sans doute voyait-il que je n’avais rien d’autre. Le collier de jade de Quéquex était resté dans ma chambre d’hôtel.

« Viens, dit Topiltzin, il est temps de nous équiper. »

Il me fit descendre dans une pièce en sous-sol où des esclaves, après m’avoir enlevé mes vêtements, allaient m’enduire le corps d’une huile au parfum âcre et épicé. Puis on me donna une tunique de drap blanc qui me couvrait les hanches. La ceinture de cuir massif se plaçait par-dessus. Elle avait quinze centimètres d’épaisseur et pesait bien quinze kilos. J’enfilai les protège-bras qui allaient du poignet à l’épaule, puis les gants. J’avais sur la tête un casque de cuir. Topiltzin et Manco Huascar étaient pareillement équipés. Sagaman Musa, lui, portait encore ses vêtements de ville.

Je demandai : « Et toi ? »

L’Africain eut un large sourire. « Je ne joue pas. C’est un jeu beaucoup trop dangereux pour un homme d’une force limitée. »

Me souvenant de ma lutte contre le puissant Malien, je ne pus m’empêcher de sourire à cette petite plaisanterie. Je comprenais fort bien qu’il n’éprouvât pas le besoin de faire montre de sa force sur ce terrain de jeu.

Quelques minutes plus tard nous retournions sur le terrain.

Les équipes ne comptaient pas le même nombre de joueurs et personne ne semblait s’en soucier. Nous étions treize, ils étaient quinze. Les forces semblaient d’autant plus inégales qu’un de nous – c’était moi – allait jouer pour la première fois. Je fis silencieusement mes adieux à la bague de Nezahualpilli et à la fine lame d’Opothle.

« Tu connais le jeu ? » demanda Topiltzin.

« On doit faire passer le ballon dans l’un des anneaux. »

« Tout juste. Souviens-toi que notre anneau est de ce côté-ci. Une fois, dans le feu de l’action, un joueur s’est trompé et a marqué un but pour l’autre équipe. Ses partenaires furieux, l’ont écrabouillé sur-le-champ. »

« Combien de temps dure la partie ? »

« Jusqu’à ce qu’une des équipes marque un but. Ce qui n’est pas chose facile. »

« Ça prend combien de temps en moyenne ? »

« Il y a un match qui s’est terminé un instant après qu’il eut commencé, dit Topiltzin. Un autre qui a duré trois jours, ne s’arrêtant qu’à la tombée de la nuit pour reprendre à l’aube suivante. Généralement, les matchs durent quelques heures. »

« Et quelles en sont les règles ? »

« On ne doit pas toucher la balle avec la main. Il est seulement permis de la frapper du pied, de la tête, ou de la pousser d’une partie du corps. On a le droit de blesser l’adversaire pour se débarrasser de lui et marquer un but. Voilà les règles. »

En d’autres termes : tous les coups permis.

Je levai les yeux vers l’assistance. Là-haut aussi on avait mis en tas toutes sortes de bijoux et de vêtements. Les paris allaient bon train. L’événement paraissait d’importance, et cependant on admettait qu’un étranger y prenne part, et que les joueurs soient en nombre inégal dans chaque équipe. Cela manquait d’organisation. Ça ressemblait à une rencontre décidée dans la rue par de jeunes garçons choisissant leur camp au hasard, et pourtant d’énormes sommes étaient misées, par les spectateurs tout comme par les joueurs.

La partie allait commencer. Nos quinze adversaires se tenaient alignés au bout du terrain, à plus de cent cinquante mètres. Nous leur faisions face, sur la ligne opposée. J’étais à gauche de Topiltzin, Manco Huascar à sa droite. Je ne connaissais aucun des autres joueurs. On ne me les avait pas présentés.

Une silhouette apparut dans ce qui ressemblait à une loge royale, en avancée au centre du terrain. Topiltzin murmura : « C’est Axayacatl, mon cousin, le fils du Roi, qui un jour sera roi lui-même ; je ne donnerai pas cher de ma peau s’il savait que je suis ici. »

J’observai la silhouette trapue, imposante, du prince héritier, un homme approchant la quarantaine, et d’allure extrêmement royale. Il tenait à la main un ballon de caoutchouc d’environ quinze centimètres de diamètre. Il le lança énergiquement en l’air.

Pour courir, je devais fournir un surcroît d’effort auquel je ne m’étais pas attendu : Tenochtitlan, comme tout le Mexique central, est en altitude. Dans l’air raréfié, la respiration devient difficile. J’étais de plus très alourdi par l’énorme ceinture. Les autres aussi, mais eux en avaient l’habitude. Je fus donc l’un des derniers joueurs à me joindre à la mêlée, au centre du terrain.

Après avoir touché le sol, la balle avait rebondi à cinq ou six mètres de haut ; deux membres du camp opposé s’en étaient emparés. Notre équipe se rua vers eux. Il était interdit de toucher la balle de la main, mais rien n’interdisait de porter la main sur un adversaire. Je vis Manco Huascar écraser un visage des deux poings à la fois, boum. L’homme tomba en crachant ses dents. Pendant que j’admirais le coup, quelqu’un me prit par derrière, me fit tournoyer violemment, et je me retrouvai par terre, suffoquant et hoquetant sous les piétinements enthousiastes d’un deuxième larron debout sur mon dos. Je réussis à me relever et lui envoyai un coup de poing dans la poitrine, juste au-dessus de son plastron de cuir. Il chancela mais ne tomba pas.

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