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La porte des mondes [The Gate of Worlds - fr]

Электронная книга - «La porte des mondes [The Gate of Worlds - fr]». Краткое содержание книги:

Dan, jeune Anglais, s’embarque en cette année 1963 pour chercher fortune dans les Hespérides, ce double continent que nous appelons l’Amérique. C’est qu’il est né dans un monde où l’histoire à suivi un autre cours : conquise par les Turcs, l’Europe n’a colonisé ni l’Amérique ni l’Afrique. Et Dan va découvrir au fil d’aventures tragiques et comiques l’empire aztèque du XXe siècle.
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Je me renseignai et fus agréablement surpris d’apprendre que la rue indiquée se trouvait à une courte distance de l’endroit où je logeais. Je louai un bateau et une demi-heure plus tard j’étais dans la rue où demeurait Topiltzin.

Je trouvai assez facilement la maison. Elle avait dû être un noble palais à l’époque glorieuse de l’histoire aztèque. Mais depuis elle s’était transformée, après de multiples cloisonnements, en une sorte de pension de famille, plutôt lépreuse à présent, et qui, pour le moins, avait besoin d’une bonne couche de peinture.

Il me semblait très peu probable qu’un prince de sang royal passe plus de trois secondes dans un endroit pareil. Mais je me souvins que les temps étaient durs pour Topiltzin.

J’entrai.

D’après le message de Quéquex, Topiltzin occupait un appartement au rez-de-chaussée. À droite ? À gauche ? J’ignorais. Au hasard, j’empruntai sur la gauche un étroit couloir à l’odeur de moisi. J’hésitai devant chaque porte. Celle-ci ? Celle-là ? Allais-je devoir frapper successivement à chacune d’elles ?

Je me tenais dans la demi-obscurité, assez perplexe.

C’est alors que deux mains se glissèrent sous mes bras. Elles remontèrent contre ma poitrine et se refermèrent étroitement sur mon cou. De ma gorge sortit un curieux gargouillis. Les mains serrèrent un peu plus fort.

« Maintenant tu la fermes », dit une voix de basse, et la plus basse que j’aie jamais entendue. « Qu’est-ce que tu viens faire ici ? »

Je ne pouvais répondre tant que les doigts d’acier maintenaient leur pression sur ma trachée. L’air manquait à mes poumons et mes genoux fléchissaient. J’envisageai un instant de me saisir de mon couteau et, d’un violent mouvement en arrière, de planter la lame dans le flanc de l’agresseur. Mais dès que je tentai de contracter mes muscles, les doigts resserrèrent leur étreinte.

Je me sentais perdre conscience.

« Tu n’as rien à faire ici », disait de sa voix profonde comme la nuit l’inconnu qui m’avait attaqué. « Tu regrettes déjà d’être venu, hein ? Tu aurais mieux fait de rester tranquille. »

Mes jambes se dérobèrent sous moi. Je tombai presque évanoui et feignis de l’être tout à fait. Je m’étais laissé aller si lourdement que les mains sur mon cou se relâchèrent.

C’était l’occasion que j’attendais.

Une inspiration violente et mes poumons se remplirent d’air. Me retournant brusquement je saisis mon agresseur par la cheville et d’une secousse brutale l’allongeai sur le sol. Il ne s’attendait guère, je suppose, à une action aussi violente de la part d’un homme qu’il venait d’étrangler. Lorsqu’il atterrit près de moi je pus enfin le voir distinctement. C’était un Africain du plus beau noir, le visage si sombre qu’il en paraissait pourpre. Il devait avoir environ trente ans. Ses cheveux laineux découvraient largement son front luisant. Son corps, aux épaules d’une largeur surprenante, était massif et puissant. Les muscles formaient d’énormes cordes sous la peau de ses bras tendus.

Avant qu’il m’empoigne de nouveau je bondis sur lui et tentai de l’assommer contre le sol. Ce n’était pas un homme qu’on assommait aussi aisément. Je le saisis aux épaules et appuyai de toutes mes forces. Mais il se redressait peu à peu. Les veines saillaient sur son front. Je contractai mes muscles frémissants, des aiguilles de feu me traversèrent la tête pendant que je le repoussais une fois de plus. Il resta comme suspendu à quelques centimètres du sol, mes genoux pressant ses bras, mes mains agrippées à ses épaules. Ses yeux étaient larges et brillants, et il souriait malgré l’effort, découvrant une double rangée de grandes dents luisantes.

Plus bas… plus bas… encore plus bas.

Il était clair que je n’arriverais pas à le maintenir cloué au sol. L’homme était trop fort. Je pouvais néanmoins l’étrangler, en essayant de m’y prendre mieux que lui. Mes mains glissèrent de ses épaules le long des clavicules, vers le cou. Et je serrai.

Lentement, il faiblissait. Ses muscles se relâchaient. C’était une lutte fantastique et j’allais la gagner. Je ne voulais pas vraiment l’étrangler. J’éprouvais un certain respect pour sa force extraordinaire. Mais il m’avait attaqué en me prenant par derrière. Si c’était le seul moyen de m’en sortir la vie sauve… eh bien, je l’étranglerais.

Il ne souriait plus. Il grimaçait de souffrance. Encore une minute et…

Je sentis alors ce qui devait être la pointe d’un javelot qu’on me poussait sans trop de douleur contre les côtes.

« Lâche-le, dit un homme à la voix de fausset. Lâche-le. Et debout. Mains en l’air. Allons ! »

La morsure du métal froid sur mon dos s’accentua. Je lâchai l’Africain, roulai de côté et me redressai, mains levées.

L’Africain, qui semblait pourtant assez mal en point, sauta sur ses pieds et arracha mon couteau de sa gaine. Puis l’homme au javelot vint se poster en face de moi.

Quoique originaire des Hespérides, il n’était pas mexicain, cela se voyait à son aspect, à ses vêtements. Sa peau était sombre, ses pommettes moins saillantes, son nez arrondi au lieu d’être aigu. Il devait avoir environ vingt-cinq ans. Il semblait tout prêt à m’enfoncer le javelot dans la poitrine au moindre geste suspect.

Il demanda : « Pourquoi es-tu ici ? »

« Je suis venu voir Topiltzin. »

« Qui est Topiltzin ? »

« Le fils du frère du Roi. Il habite ici. Vous le savez aussi bien que moi. »

« Il n’y a pas de Topiltzin, ici. »

« Alors qui êtes-vous ? Pourquoi avez-vous sauté sur moi tous les deux ? »

« Nous ne savions pas ce que tu voulais. Tu es étranger. Tu pouvais être dangereux. »

Je jetai un coup d’œil à la pointe de la lame, tout près de ma ceinture. « Finissons-en avec cette plaisanterie stupide et conduisez-moi à Topiltzin. »

« Nous ne connaissons pas de Topiltzin. »

« Tu mens. »

« Qu’est-ce qui te fait croire que Topiltzin est ici ? »

« Je le sais. »

« Comment peux-tu en être sûr ? »

« On me l’a dit ? »

« Qui te l’a dit ? »

« Quéquex le sorcier. »

Un silence. Le Noir et l’homme au javelot échangèrent un coup d’œil. Ils prononcèrent quelques mots dans un langage qui m’était inconnu. L’homme des Hespérides demanda : « Qu’as-tu à faire avec Topiltzin ? »

« Je veux le servir. Me battre pour lui. Je cherche l’aventure. »

Un autre conciliabule. Puis :

« Demi-tour. Garde les mains en l’air. Va tout droit. »

On me conduisait à Topiltzin.

Ils me firent longer le couloir humide jusqu’à une porte lointaine devant laquelle j’attendis que l’Africain tire un verrou. Nous entrâmes dans un appartement délabré qu’on avait tendu de draperies et d’étoffes afin de lui donner un semblant d’opulence aztèque. Au milieu de la pièce, sur un épais matelas posé au sol, un jeune homme était nonchalamment étendu : Topiltzin.

Il ressemblait quelque peu à Nezahualpilli, avec de longues jambes, comme en ont d’ailleurs la plupart des Aztèques, des cheveux d’un noir de jais atteignant les épaules, une peau basanée et lisse. Le nez long, la bouche dure, les yeux sombres et rusés. Il était mince mais musclé. Il se leva sans hâte, avec des gestes si souples qu’il semblait n’avoir pas de squelette, et me dévisagea de cet air soupçonneux qui est le trait commun à tous les aristocrates, dans le monde entier.

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