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La Grande Quête

Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:

À peine arrivé à la forteresse de Fal Dara, le jeune Rand n’a déjà qu’une idée en tête : fuir les noirs secrets qu’il a appris sur lui-même.
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
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— Si je l’épargne, lui permettant de venir te voir de temps en temps, suivras-tu notre enseignement sans rechigner ?

— Oui, haute dame…

Egwene aurait promis beaucoup plus que ça pour empêcher Elbar de décapiter Min ou de lui fendre le crâne en deux.

Et, tant que je ne pourrai pas faire autrement, j’irai même jusqu’à tenir mes promesses…

— Elbar, hisse cette fille sur sa selle et attache-la si elle ne tient pas droite toute seule. Si cette damane me déçoit, tu auras la tête de son amie…

Sur ces mots, la haute dame s’en retourna vers son palanquin.

Renna releva Egwene sans douceur et la poussa vers Bela. Mais la jeune fille n’avait d’yeux que pour Min. Elbar la rudoyait, bien sûr, mais elle semblait en bon état. Au point de monter en selle presque sans aide, au lieu de connaître l’humiliation d’être saucissonnée en travers.

L’étrange colonne s’ébranla. Le palanquin ouvrit la marche, Elbar le suivant de très près afin de répondre à la moindre demande de la haute dame. Renna, Egwene, Min et les autres femmes chevauchèrent derrière les soldats. La sul’dam qui aurait dû capturer Nynaeve, sa laisse encore serrée contre elle, semblait plus que morose.

Très vite, la fumée qui montait du massif de Chamaedaphne calyculata ne fut plus qu’une fine colonne à peine visible dans le dos du petit groupe.

— La haute dame s’est adressée à toi, dit Renna, et c’est un grand honneur. Dans d’autres circonstances, je t’aurais laissée porter un ruban pour manifester ta fierté. Mais puisque c’est toi qui as attiré son attention sur ta petite personne…

Egwene hurla quand une cravache sembla s’abattre entre ses omoplates, puis sur ses cuisses et sur ses bras. Alors que les coups venaient de toutes les directions, impossibles à dévier parce qu’immatériels, la jeune fille ne put s’empêcher de lever les bras pour se protéger. Furieuse de gémir ainsi, elle serra les dents, mais ne put rien faire contre les larmes qui ruisselaient sur ses joues. Bela hennit et s’énerva, mais la laisse argentée, le mou réduit au minimum, l’empêcha de s’écarter du cheval de Renna.

Blasés, les soldats ne jetèrent même pas un coup d’œil en arrière.

— Que lui faites-vous ? cria Min. Egwene ? Arrêtez ça !

— Ta vie ne tient qu’à un fil… Min, c’est ça ? (Renna ricana.) Que ce soit aussi une leçon pour toi : tant que tu te mêleras de ce qui ne te regarde pas, je continuerai !

Min leva un poing… mais le laissa retomber.

— Je resterai à ma place, c’est promis… Mais, je vous en conjure, arrêtez ! Egwene, je suis désolée…

Comme pour montrer à Min que son intervention n’avait servi à rien, les coups invisibles continuèrent à pleuvoir quelques minutes. Quand ce fut terminé, Egwene ne parvint pas à cesser de trembler. Cette fois, la douleur ne s’estompait pas… Relevant une manche de sa robe, elle s’attendit à trouver sur sa peau des zébrures roses. Elle ne découvrit rien. Pourtant, la souffrance était bel et bien là.

— Ce n’était pas ta faute, Min…

Bela secoua la tête, les yeux ronds comme des soucoupes, et sa cavalière lui flatta l’encolure.

— Ni la tienne, d’ailleurs…

— Tu es la seule responsable, Egwene, dit Renna d’un ton professoral, comme si elle s’adressait à une élève à la compréhension un peu ralentie. Lorsqu’une damane est punie, c’est toujours sa faute, même si elle ne sait pas pourquoi. Vois-tu, une Enchaînée doit en permanence anticiper les désirs de sa sul’dam. Mais, cette fois, tu sais très bien pourquoi je t’ai châtiée. Comme des meubles ou des outils, les damane doivent être toujours présentes et prêtes à être utilisées. Mais elles n’ont en aucun cas le droit de se mettre en avant. Surtout quand elles se trouvent en présence d’un membre de la Lignée.

Egwene se mordit la lèvre inférieure pour ne pas hurler de rage.

C’est un cauchemar… Pourquoi Liandrin nous a-t-elle trahies ? Au nom de quoi suis-je condamnée à ce calvaire ?

— Puis-je… eh bien, puis-je poser une question ?

— Quand tu es avec moi, la réponse est « oui »… Beaucoup de sul’dam te tiendront en laisse au fil des années, car nous sommes bien plus nombreuses que les damane. Certaines d’entre elles t’écorcheront vive si tu oses lever les yeux ou ouvrir la bouche sans autorisation, mais je ne suis pas ainsi. Tant que tu restes respectueuse, je ne vois pas pourquoi je t’empêcherais de parler.

Une des autres sul’dam ricana ouvertement. Egwene nota qu’elle était liée à une jolie brune aux cheveux noirs qui regardait en permanence ses mains.

— Liandrin…, commença Egwene.

Pas question de donner son titre à cette vipère !

— Oui ?

— La haute dame et elle ont parlé du maître qu’elles servent toutes les deux.

Une image vint à l’esprit d’Egwene : celle de l’homme qui hantait ses rêves avec sa peau brûlée et ses yeux de flammes. Mais cette possibilité était trop horrible pour qu’elle aille plus loin sur cette voie.

— Qui est ce maître ? Que me veut-il ? Que veut-il à… Min ?

Ne pas nommer Nynaeve était une attitude enfantine, Egwene en avait conscience. Même si elle ne la mentionnait pas, ces gens n’étaient pas susceptibles de l’oublier. En particulier la sul’dam aux yeux bleus qui revenait bredouille de l’expédition.

— Les affaires de la Lignée ne me regardent pas – et toi encore moins. La haute dame me dit ce qu’elle juge utile que je sache, et je ferai de même avec toi. Tout ce que tu entendras et verras d’autre, tu devras le tenir pour nul et non avenu. C’est le secret de la sécurité, surtout pour une damane. Vous êtes trop précieuses pour qu’on vous abatte comme du bétail mais, au-delà des punitions de base, il existe des châtiments plus définitifs. Comme vous couper la langue ou les mains… Pour une damane, ni l’une ni les autres ne sont indispensables.

Bien que la température fût clémente, Egwene frissonna. Quand elle réajusta sa cape sur ses épaules, ses mains frôlèrent la laisse et elle sursauta, révulsée.

— C’est horrible, ce que vous faites… Comment peut-on infliger ça à un être humain ? Et quel esprit pervers a eu cette idée ?

La sul’dam aux yeux bleus eut un grognement haineux.

— Renna, cette fille serait beaucoup mieux sans sa langue !

Renna eut un sourire patient.

— En quoi est-ce horrible ? Pouvons-nous laisser en liberté une femme dotée de tous les pouvoirs dont bénéficient les damane  ? Parfois, certains hommes naissent avec l’aptitude de canaliser – il paraît que le phénomène se produit aussi chez vous – et ils doivent être éliminés, bien entendu. Mais les femmes ne deviennent pas folles. Ne sont-elles pas mieux avec un collier autour du cou qu’en train de lutter pour la puissance séculière ? Quant à la personne qui imagina l’a’dam, figure-toi, mon enfant, que c’était une Aes Sedai.

Voyant Renna éclater de rire, Egwene devina que cette révélation devait l’avoir laissée bouche bée de stupeur.

— Lorsque Luthair Paendrag Mondwin, le fils d’Artur Aile-de-Faucon, affronta pour la première fois les Armées de la Nuit, beaucoup d’Aes Sedai figuraient dans leurs rangs. Ces femmes se livraient des guerres intestines pour la puissance et elles utilisaient le Pouvoir de l’Unique sur les champs de bataille. L’une d’entre elles, Deain, décida un jour qu’elle avait davantage à gagner en se mettant au service de l’Empereur – bien entendu, à l’époque, Luthair n’était pas encore Empereur, mais passons sur ce point. Ayant constaté qu’il n’avait pas d’Aes Sedai parmi ses troupes, Deain vint le voir avec un artefact qu’elle avait créé. Le premier a’dam, passé au cou d’une de ses sœurs. Alors que cette Aes Sedai-là ne voulait pas servir Luthair, le collier l’y obligea. Ensuite, Deain fabriqua d’autres artefacts, on forma les premières sul’dam, et les Aes Sedai capturées durent se résoudre à accepter d’être seulement des marath’damane. En d’autres termes, Celles Qui Doivent Être Enchaînées…

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