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Histoire de la Russie et de son empire

Электронная книга - «Histoire de la Russie et de son empire». Краткое содержание книги:

Fruit de plus de dix ans de travail, ce maître-livre raconte la riche et grande histoire de la Russie, des origines à la fin de l’URSS, en passant par l’établissement d’une autocratie impérialiste assise sur la force de l’orthodoxie et d’un nationalisme conquérant. Un classique dont l’ampleur et l’intelligence se conjuguent avec un rare bonheur d’écriture, ici présenté dans une édition entièrement revue et augmentée d’une préface inédite de Marie-Pierre Rey.
Michel Heller (1922-1997), né en Biélorussie, a été arrêté, puis déporté durant six ans, avant d’émigrer en Pologne, puis en France, où il a notamment enseigné l’histoire et la littérature soviétiques à l’université Paris-IV-Sorbonne.
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Les principes qui guident Teplov sont formulés dans une note qu’il rédige à l’intention d’Élisabeth et qui influencera grandement Catherine II. L’auteur entreprend de démontrer que le peuple petit-russien a toujours été russe et que tous les désordres survenus dans la province étaient liés aux droits que lui avaient accordés les tsars russes et qu’elle revendiquait, sous la pression des Polonais.

À l’origine du principal conflit petit-russien, se trouvent les rapports entre la starchina locale qui, s’inspirant du modèle russe, vise à asservir la paysannerie, et les paysans qui s’opposent farouchement à toute limitation de leurs libertés. Les deux parties – c’est là ce qu’on appellera le « paradoxe ukrainien » – cherchent de l’aide auprès du gouvernement de Pétersbourg et de ses fonctionnaires. En 1752, la starchina adresse une « très humble supplique » à Razoumovski, demandant que soient interdits les déplacements des paysans, parce qu’ils nuisent aux intérêts de l’État. L’hetman ne souscrit pas à la requête, mais dans sa « lettre universelle » de 1760, il exige que les paysans, en quittant un propriétaire, renoncent à tous leurs biens. L’historien N. Vassilenko résume ainsi la situation : « Dans l’ensemble, le gouvernement de Razoumovski fut pénible pour les Petits-Russiens. Il ignorait les points douloureux de sa patrie d’origine et confiait l’administration directe de la région à cette starchina qui ne pouvait être freinée, dans sa volonté d’asservir définitivement le peuple, que par un contrôle sévère des fonctionnaires grands-russes2. »

On ne saurait formuler plus clairement le « paradoxe ukrainien » : les fonctionnaires envoyés de Grande-Russie, où la paysannerie appartient entièrement aux propriétaires terriens, défendent les paysans petits-russiens contre les tentatives d’asservissement entreprises par la starchina petite-russienne qui, à son tour, a besoin du soutien de l’administration pétersbourgeoise pour combattre les paysans.

La création du gouvernement d’Orenbourg, appelé « Nouvelle Russie » pour marquer l’expansion de l’empire à l’est, dans les steppes infinies de Transouralie, était, nous l’avons dit, une réponse aux troubles bachkirs, groupe ethnique le plus important de la région (cent mille personnes). L’écrasement impitoyable de la révolte des années 1735-1740 n’a pas apaisé les Bachkirs. Des bouffées de mécontentement se transforment en rébellion ouverte lorsque, en 1755, apparaît un chef, le mollah Abdulla Miagsaldine, baptisé par les Russes « Batyrcha » (diminutif de batyr, bogatyr, le preux). Parmi les causes essentielles du mécontentement, on trouve les conversions forcées de la population à l’orthodoxie. Nikolaï Kostomarov écrit : « Le très ancien désir de répandre le christianisme fut réalisé de façon si maladroite et, au demeurant, si peu chrétienne, qu’il suscita partout la haine des Russes3. » Musulman fanatique, le « Batyrcha » appelle à la guerre sainte ; dans un manifeste-programme, il invite à « chasser les infidèles de notre pays et à les tuer… » Il convie les « musulmans loyaux à verser le sang des chrétiens, à piller leurs biens, à les réduire en esclavage… ».

Seuls les Bachkirs établis sur les rives du Haut-Iaïk répondent à l’appel du « Batyrcha ». Ils n’en représentent pas moins une sérieuse menace pour les troupes russes peu nombreuses mises à la disposition du gouverneur de la région d’Orenbourg, Nepliouïev. Les émeutiers répondent à la férocité de la répression en tuant tous les Russes qui leur tombent sous la main. Le gouverneur recourt alors à la traditionnelle méthode impériale : il arme des tribus nomades de la steppe kirghize, hostiles aux Bachkirs. Les Kirghizes-Kaïssaks entreprennent l’élimination des Bachkirs qui tentent de fuir les persécutions russes. L’amnistie décrétée par le gouverneur Nepliouïev achève d’éteindre la révolte. Abdulla Miagsaldine est livré par ses propres compatriotes, envoyé à Pétersbourg, enfermé à la forteresse de Schlusselburg et tué « lors d’une tentative d’évasion ».

L’un des facteurs déterminants de la victoire assez facilement remportée par les troupes du gouverneur Nepliouïev est la prévoyance de l’administration russe qui a installé, dans les steppes transouraliennes, des usines pareilles à des forteresses. Elles sont autant de bases de combat contre les rebelles.

Des peuples établis à l’extrême nord-est, Tchouktches et Koriaks, expriment aussi leur mécontentement de l’administration russe. La construction de la place-forte d’Okhotsk, d’où l’on peut contrôler une partie du littoral de l’océan Pacifique, déclenche un soulèvement. Retranchés dans un ostrog (forteresse de bois), les Koriaks préféreront s’immoler par le feu plutôt que de se rendre aux Russes.

7 L’esprit du temps

L’honneur du peuple russe exige de montrer ses capacités et son acuité dans les sciences, et que notre Patrie puisse employer ses fils, non seulement à la vaillance guerrière et autres affaires importantes, mais aussi aux réflexions d’un savoir élevé.

Mikhaïl LOMONOSSOV.

La « Chronologie », jointe à l’article « Russie » publié en 1899 dans le Dictionnaire encyclopédique, retient dix dates des vingt années de règne élisabéthain : cinq ont trait à des opérations militaires ; l’hetmanat de Razoumovski est également consigné (1750-1764), ainsi que la création de la première banque de Russie (1754) et trois événements caractéristiques des temps nouveaux : fondation de l’Université de Moscou (1755), du théâtre public de Pétersbourg (1756), de l’Académie des beaux-arts (1757). Concluant sa biographie d’Élisabeth, Nikolaï Kostomarov relève « deux actes importants de ce règne, sur le plan du gouvernement intérieur : la propagation de l’instruction… et la suppression des douanes dans le pays ».

La « propagation de l’instruction » dont parle l’historien est en fait la mise sur pied d’une nouvelle culture. La culture russe d’alors remonte aux temps les plus reculés : elle consiste en un folklore extrêmement riche et diversifié. Vladimir Weidlé proposera de l’appeler : la « culture horizontale ». L’auteur des Missions de la Russie insiste : « Comment ne pas s’extasier devant la richesse du folklore russe ? » Mais il fait ce constat : « La culture horizontale ne peut en aucun cas remplacer la culture verticale1. »

Le besoin d’une nouvelle culture, verticale, peut s’expliquer par le fait que « le meilleur Ioubok2 ne saurait être comparé à une icône de Roublev », que « la byline d’Ilia de Mourom n’est pas la Divine Comédie ni même la Chanson de Roland3 », mais cela ne suffit pas. Pierre le Grand avait commencé à insuffler une nouvelle culture à des fins strictement pratiques : elle lui était nécessaire pour renforcer la puissance de l’État. Le caractère technique et utilitaire des emprunts faits par Pierre impliquait une transformation du mode de vie et du comportement. La culture horizontale reposait sur une conception religieuse du monde. La culture verticale, elle, est profane.

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