La Grande Quête
- Автор: Джордан Роберт
- Серия: La Roue du Temps #2
- Год: 2012
- Язык: французский
- Год: Bragelonne
- ISBN: 9782352945574
- Переводчик: Jean Claude Mallé
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
— Min, tu vas bien ? appela-t-elle.
La jeune femme s’assit sur les talons et hocha la tête – une initiative qu’elle sembla regretter aussitôt, à voir sa grimace.
Des éclairs zébrèrent le ciel et vinrent frapper des arbres, non loin de là. D’abord effrayée, Egwene eut un petit sourire ravi. Nynaeve était toujours libre, et Elayne aussi. Si quelqu’un pouvait les libérer, Min et elle, c’était bien l’ancienne Sage-Dame.
Cessant de sourire, Egwene foudroya Liandrin du regard. Pourquoi cette trahison ? Quelle que soit la réponse, l’Aes Sedai paierait cher sa vilenie.
Un jour, je ne sais pas encore comment…
Les huit porteurs se baissèrent, déposant le palanquin sur le sol. Suroth se leva majestueusement, tira soigneusement sur sa tunique et vint se camper devant Liandrin. Les deux femmes étant de la même taille, une paire d’yeux marron défia en duel deux petits lacs sombres comme la nuit.
— Tu devais m’en amener deux, dit Suroth. Au lieu de ça, j’en ai seulement une, avec deux autres en fuite. Et l’une d’elles est bien plus puissante – et de loin – qu’on me l’avait dit. Elle attirera nos patrouilles à deux lieues à la ronde.
— Je t’en ai amené trois, rectifia Liandrin. Si tu es incapable de les garder, notre maître devrait peut-être choisir quelqu’un d’autre dans vos rangs, afin d’être mieux servi. Tu as peur pour un rien, Suroth. Si des patrouilles déboulent, massacre-les !
Des éclairs déchirèrent de nouveau le ciel. Quelques secondes plus tard, la foudre frappa pas très loin de la clairière du Portail. Un nuage de poussière monta dans le ciel, mais Liandrin et Suroth ne parurent pas s’en inquiéter.
— Je peux encore revenir à Falme avec deux nouvelles damane, souffla Suroth. Laisser en liberté une Aes Sedai… (On eût juré que ces deux mots lui arrachaient la langue)… me fend le cœur.
Liandrin ne broncha pas, mais Egwene vit une aura menaçante se former autour d’elle.
— Attention, haute dame ! s’écria Renna. Elle se prépare à frapper !
Les soldats tendirent la main vers leur épée ou leur lance, mais Suroth se contenta de lever les mains et de sourire à Liandrin au-dessus de ses incroyables ongles.
— Tu ne feras rien contre moi, Aes Sedai… Notre maître en serait furieux, parce que je suis une pièce centrale dans son jeu, ici, et pas toi. Je suis sûre que tu as davantage peur de lui que de finir ta vie en portant le collier d’une damane.
Malgré la pâleur qui envahissait ses joues, un signe certain de fureur chez elle, Liandrin se fendit elle aussi d’un sourire :
— Mais toi, Suroth, tu le redoutes encore plus que l’éventualité d’être réduite en cendres par une Aes Sedai.
— Exactement… Il nous terrorise toutes les deux. Mais, au fil du temps, ses besoins changeront. Un jour, toutes les marath’damane seront enchaînées. Et ce sera peut-être moi qui aurai le privilège de passer un collier autour de ton charmant petit cou.
— Tu as raison, Suroth : les besoins de notre maître évolueront. Je te rappellerai cette prédiction le jour où tu seras contrainte de t’agenouiller devant moi.
À moins d’un quart de lieue, un grand massif de Chamaedaphne calyculata s’embrasa comme une torche.
— Ça devient lassant, soupira Suroth. Elbar, rappelle nos hommes.
L’homme au nez crochu décrocha de sa ceinture une petite corne de brume et souffla dedans, produisant un son étrangement aigu et grinçant.
— Tu dois trouver Nynaeve, dit Liandrin, visiblement choquée. Elayne n’a aucune importance, mais cette fille, Egwene, et la Sage-Dame devront être sur ton bateau lorsque tu lèveras l’ancre.
— Je connais les ordres, marath’damane, même si je donnerais cher pour mieux les comprendre…
— Mon enfant, lâcha Liandrin, superbement méprisante, si on ne t’en a pas dit plus, c’est que ce que tu sais suffit amplement. Souviens-toi : tu es là pour servir et pour obéir. Ces deux femmes doivent être conduites de l’autre côté de l’océan d’Aryth et elles devront y rester jusqu’à nouvel ordre.
— Je ne traînerai pas ici pour trouver Nynaeve… Si Turak me confie aux bons soins des Limiers de Vérité, je ne serai plus d’aucune utilité à notre maître. (Liandrin ouvrit la bouche pour lâcher une remarque acerbe mais, d’un geste, Suroth lui intima le silence.) Ces deux casse-pieds ne resteront pas en liberté bien longtemps. De toute façon, quand nous repartirons, nous emmènerons toutes les femmes capables de canaliser le Pouvoir qui vont et viennent sur cette presqu’île. Donc, si tu veux perdre ton temps à chercher des fantômes, libre à toi. Des patrouilles arriveront bientôt avec l’idée de devoir combattre les rebelles qui se cachent encore dans la nature. Certaines seront accompagnées d’Aes Sedai, et elles se ficheront de savoir quel maître tu sers. Si tu survis à cette rencontre, la laisse et le collier te prépareront à une nouvelle vie. Surtout, ne va pas croire que notre maître prendra le temps de te libérer, quand nous en serons tous là. Au contraire, il te méprisera d’avoir été assez stupide pour te faire piéger.
— Si une des deux femmes reste ici, Suroth, notre maître sera très mécontent de toi. Capture les deux, ou résigne-toi à payer ton erreur au prix fort.
Liandrin alla prendre sa monture par la bride. Puis elle franchit le Portail, qui se referma très vite sur elle.
Les soldats et les deux femmes – une sul’dam et sa damane, donc – partis à la poursuite de Nynaeve et Elayne revinrent sur ces entrefaites. Trois cavaliers tenaient chacun par la bride un cheval qui portait un cadavre en travers de son dos. D’abord terrifiée, Egwene fut rassurée de voir que tous les morts étaient revêtus d’une armure. Les « volontaires » n’avaient trouvé aucune des deux fugitives…
Min voulut se redresser, mais Elbar – l’homme au nez crochu – posa une botte entre ses omoplates et la fit tomber dans la poussière. Le souffle court, la jeune femme se recroquevilla sur elle-même.
— Haute dame, dit Elbar, je demande la permission de parler.
Suroth eut un geste nonchalant de la main.
— Cette bouseuse m’a blessé, haute dame… Si tu n’as rien de précis en vue pour elle…
Suroth acquiesça. Ravi, l’officier fit mine de dégainer son épée.
— Non ! cria Egwene.
Elle entendit Renna jurer d’agacement. Une seconde après, la brûlure et la démangeaison revinrent à la charge. Pires que la première fois. Mais, de toute façon, rien n’arrêterait la jeune fille.
— Haute dame, par pitié, c’est mon amie !
Une douleur comme elle n’en avait jamais éprouvé déchira le corps de la jeune fille. Elle tomba dans la poussière, la tête la première. Dévastée mais parfaitement lucide, elle vit Elbar dégainer son épée et la lever à deux mains au-dessus de la tête de Min.
— Non ! Par pitié !
Soudain, la douleur disparut – mais pas son souvenir, histoire de la dissuader de s’insurger. Sous ses yeux, Egwene vit apparaître les délicats escarpins en velours bleu de Suroth. La jeune femme nota distraitement qu’ils étaient couverts de poussière, mais son regard resta rivé sur Elbar, exécuteur des basses œuvres pour l’instant pétrifié, sa lame toujours prête à s’abattre sur le cou de Min.
— Cette souillon est ton amie ? demanda Suroth.
Egwene tenta de se redresser. Voyant la haute dame froncer les sourcils, elle renonça, se contentant de lever un peu la tête.
Je dois sauver Min, et tant pis si ça implique de m’humilier devant cette femme…
— Oui, haute dame, répondit Egwene avec un rictus qui, elle l’espérait, passerait pour un humble sourire.