L'homme des jeux [The Player of Games - fr]
- Автор: Бэнкс Иэн М.
- Год: 1992
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2-221-06931-5
- Переводчик: Helene Collon
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «L'homme des jeux [The Player of Games - fr]». Краткое содержание книги:
Le Contact, service de la Culture spécialisé dans l’évaluation et l’infiltration de civilisations étrangères nouvellement découvertes, considère l’Empire d’Azad, terrifiant de puissance et de cruauté, comme un danger potentiel. L’Empire repose, historiquement, sur un jeu infiniment complexe dont le gagnant devient Empereur.
Si bien que Gurgeh, contre son gré, manipulé mais fasciné par le défi, se retrouve à cent mille années-lumière de sa confortable demeure, devenu un pion des IA qui régissent la Culture et lancé dans le formidable jeu d’Azad.
Avec la série de la Culture, Iain Banks renouvelle avec panache et humour l’aventure spatiale. Comme dans L’usage des armes, il construit une société d’envergure galactique, bigarrée, baroque et attachante qui deviendra une référence dans l’histoire des futurs.
Boruélal éclata de rire et planta les dents d’une longue fourchette dans un morceau de viande à demi cuit qui passait devant elle, suspendu au petit circuit.
« Gurgeh ! Je te présente la charmante Olz Hap ! Olz, voici Jernau Gurgeh. Allons, serrez-vous la main ! »
Gurgeh s’assit et prit la menotte blême de la petite blonde à l’air terrorisé assise à la droite de Boruélal. Elle portait un vêtement sombre et informe, et ne paraissait guère avoir plus de treize ans. Le sourire de Gurgeh s’accompagna d’un léger froncement de sourcils en direction du professeur, afin que cette allusion à l’ébriété de Boruélal crée une complicité entre la jeune fille et lui ; mais Olz Hap regardait sa main, non son visage. Elle le laissa effleurer la sienne, puis la retira vivement. Elle glissa ensuite ses deux mains sous son postérieur et reporta obstinément son regard sur son assiette.
Boruélal prit une profonde inspiration et parut reprendre ses esprits. Elle s’empara du verre posé devant elle et but une gorgée.
« Alors, dit-elle en regardant Gurgeh comme s’il venait tout juste de faire son apparition. Comment allez-vous, Jernau ?
« Pas mal. »
Il regarda Mawhrin-Skel prendre place au côté d’Olz Hap et se suspendre au-dessus de la table, non loin de son assiette, ses champs magnétiques tout de bleu formel et de vert accueillant.
« Bonsoir », entendit-il le drone lancer de sa voix la plus avunculaire.
La jeune fille releva la tête vers la machine et Gurgeh prêta l’oreille à la conversation qui s’engagea alors, tout en continuant de répondre à Boruélal.
— Bonjour ! —
« Assez bien pour vous lancer dans une partie de Frappe ?
— Moi, c’est Mawhrin-Skel. Et vous Olz Hap, c’est bien ça ? —
« Mais je crois bien, Professeur. Et vous, vous vous sentez assez bien pour surveiller le jeu ?
— C’est ça. Comment allez-vous ? —
« Bon Dieu, non ! J’suis ivre morte. Trouvez-vous quelqu’un d’autre. J’suppose que j’pourrais dessoûler à temps, mais…, nooon…
— Ah… Euh… Vous voulez me serrer le champ ? C’est très gentil à vous. Peu de gens se donnent cette peine. Je suis vraiment ravi d’avoir fait votre connaissance. Nous avons tous tellement entendu parler de vous. —
« Pourquoi pas la jeune dame en personne ?
— Oh ! Oh, mon Dieu. —
« Comment !
— Qu’y a-t-il ? Ai-je dit quelque chose qu’il ne fallait pas dire ? —
« Est-ce qu’elle est disposée à jouer ?
— Non, c’est seulement que… —
« À jouer à quoi ?
— Ah, je vois. Vous êtes timide. Eh bien, il ne faut pas. Personne ne vous forcera à jouer. Et Gurgeh moins que personne, croyez-moi. —
« Mais… au jeu, Boruélal.
— Eh bien, je… —
« Comment, vous voulez dire… tout de suite ?
— À votre place, je ne me ferais aucun souci. Vraiment. —
« Tout de suite, ou quand elle voudra.
« Ma foi, comment voulez-vous que je le sache, moi. Demandons-le-lui ! Hé, petite…
« Bor… », commença Gurgeh.
Mais celle-ci s’était déjà retournée vers la jeune fille.
« Olz ! Alors, tu veux la faire, cette partie ? »
L’interpellée regarda Gurgeh bien en face. Ses prunelles luisaient sous l’éclat de la traînée ardente courant au centre de la table.
« Si M. Gurgeh le désire, oui. »
Les champs magnétiques de Mawhrin-Skel en rougirent de plaisir, surpassant un instant le flamboiement des braises.
« À la bonne heure ! déclara-t-il. Un duel. »
Hafflis avait prêté à quelqu’un son vieux jeu de Frappe ; il fallut quelques minutes à un drone-coursier pour aller en chercher un autre en ville. Ils dressèrent le tablier à un bout de la terrasse, du côté donnant sur les chutes rugissantes et blanches d’écume. Le professeur Boruélal entra tant bien que mal dans son terminal une demande de drones-arbitres pour superviser la partie ; la Frappe pouvait donner lieu à des manœuvres frauduleuses faisant appel à la technologie de pointe ; en cas de partie sérieuse, il fallait prendre les mesures nécessaires pour qu’il ne se passe rien en sous-main. Un drone de passage originaire de Chiark Central se porta volontaire, ainsi qu’un drone d’Usine affecté au chantier spatial situé sous le massif. Une des machines de l’Université représenterait Olz Hap.
Gurgeh se tourna vers Mawhrin-Skel pour lui demander d’être son représentant, mais la machine déclara :
« Jernau Gurgeh… Je pense que Chamlis Amalk-ney vous conviendrait davantage.
« Chamlis est là ?
« Depuis un petit moment. Il m’évite. Mais je vais lui poser la question. »
Le terminal miniature accroché à la boutonnière de Gurgeh émit un signal.
« Oui ? » fit-il.
La voix de Chamlis s’éleva de l’appareil.
« Cette chiure de mouche vient de me demander de représenter tes intérêts dans un arbitrage de Frappe. Es-tu d’accord ?
« Mais oui, et je t’en serais reconnaissant, répondit Gurgeh en regardant devant lui les champs de Mawhrin-Skel virer brusquement au blanc sous l’effet de la colère.
« Je suis là dans vingt secondes, acheva l’autre avant de couper la communication.
« Vingt et une virgule deux », fit Mawhrin-Skel avec acidité, exactement vingt et une secondes virgule deux plus tard, comme Chamlis faisait son apparition au-dessus du balcon.
La chute d’eau sur laquelle se détachait le drone faisait paraître plus sombre sa coque métallique. Chamlis orienta sa bande réceptrice vers l’autre machine.
« Merci, fit-il chaleureusement. J’avais parié avec moi-même que je vous ferais compter les secondes jusqu’à mon arrivée. »
Les champs de Mawhrin-Skel flamboyèrent ; une lumière, si blanche qu’elle en était douloureuse pour les yeux, incendia l’espace d’une seconde la totalité de la terrasse. Tout le monde se tut et fit volte-face. Il y eut un flottement dans la musique. Le minuscule drone était en proie à une telle rage muette qu’il en tremblait presque.
« Allez vous faire foutre ! » lança-t-il enfin d’une voix suraiguë.
Là-dessus, il parut s’évanouir dans l’air, ne laissant derrière lui dans la nuit qu’une image rémanente de cécité brûlante. Les braises brillaient clair, la brise caressait habits et chevelures, plusieurs lampions basculèrent et frémirent avant de tomber des arches où ils étaient suspendus, au-dessus des têtes. Les deux arches surplombant l’endroit que Mawhrin-Skel venait de quitter laissèrent choir une pluie de feuilles et de fleurs-de-nuit.
Rouge de bonheur, Chamlis Amalk-ney bascula en arrière pour contempler le ciel nocturne, où un trou de petite taille s’ouvrit brièvement dans les nuages.
« Flûte ! fit-il. J’ai dit quelque chose qui l’a vexé, vous croyez ? »
Gurgeh sourit et s’assit devant le tablier.
« Tu l’as fait exprès, Chamlis ? »
Toujours en l’air, Amalk-ney s’inclina devant les autres drones, puis devant Boruélal.
« Pas exactement. (Il se tourna ensuite vers Olz Hap, assise du côté opposé de la grille-jeu par rapport à Gurgeh.) Ah ! Quel contraste ! Charmant être humain ! »
La jeune fille rougit et baissa les yeux. Boruélal fit les présentations.
La Frappe se jouait sur une grille tridimensionnelle tendue à l’intérieur d’un volume de un mètre cube. Les matériaux traditionnels provenaient d’un animal de sa planète d’origine : tendons séchés pour la grille proprement dite, défenses d’ivoire pour le cadre. Mais le jeu dont se servirent ce jour-là Gurgeh et Olz Hap était synthétique. Chacun des deux joueurs releva son écran articulé, prit son sachet de boules creuses et de perles colorées (à l’origine cailloux et coquillages), et fit son choix de perles à placer dans les boules. Les drones-arbitres s’assurèrent que personne n’avait pu voir la couleur des perles qui se trouvaient maintenant encloses. Puis l’homme et la jeune fille prirent chacun une poignée de petites sphères et les disposèrent en divers endroits de la grille. La partie commença.