L'homme des jeux [The Player of Games - fr]
- Автор: Бэнкс Иэн М.
- Год: 1992
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2-221-06931-5
- Переводчик: Helene Collon
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «L'homme des jeux [The Player of Games - fr]». Краткое содержание книги:
Le Contact, service de la Culture spécialisé dans l’évaluation et l’infiltration de civilisations étrangères nouvellement découvertes, considère l’Empire d’Azad, terrifiant de puissance et de cruauté, comme un danger potentiel. L’Empire repose, historiquement, sur un jeu infiniment complexe dont le gagnant devient Empereur.
Si bien que Gurgeh, contre son gré, manipulé mais fasciné par le défi, se retrouve à cent mille années-lumière de sa confortable demeure, devenu un pion des IA qui régissent la Culture et lancé dans le formidable jeu d’Azad.
Avec la série de la Culture, Iain Banks renouvelle avec panache et humour l’aventure spatiale. Comme dans L’usage des armes, il construit une société d’envergure galactique, bigarrée, baroque et attachante qui deviendra une référence dans l’histoire des futurs.
Dreltram rit avec lui et s’essuya le visage avec son mouchoir.
Gurgeh joua les coups suivants avec acharnement, et son adversaire dut lui rappeler la règle du jeu lorsqu’ils en arrivèrent au quatre-vingtième coup. Gurgeh retourna sa pièce secrète sans y avoir auparavant jeté un coup d’œil, prenant ainsi le risque qu’elle occupe la même case qu’une de ses pièces révélées.
Les chances étaient d’une contre mille six cents, mais la pièce secrète se révéla occuper la même place que le Cœur, la pièce centrale du jeu, celle dont l’adversaire s’efforçait de prendre possession.
Gurgeh regarda fixement l’intersection où était posé son Cœur si bien défendu, puis reporta une nouvelle fois son regard sur les coordonnées qu’il avait entrées au hasard dans sa plaquette, deux heures plus tôt. Pas de doute, cela correspondait. S’il avait consulté la plaquette ne serait-ce qu’un coup plus tôt, il aurait pu déplacer son Cœur et le mettre à l’abri ; seulement voilà, il n’en avait rien fait. Il avait perdu les deux pièces ; et un Cœur pris signifiait une partie perdue. Il avait perdu.
« Ah ! Pas de chance », dit Dreltram en se raclant la gorge.
Gurgeh opina.
« La coutume veut, il me semble, qu’en cas de pareil désastre le vaincu garde le Cœur en souvenir, déclara-t-il en manipulant la pièce perdue.
« Hmm… C’est ce qu’il me semble aussi », répondit l’autre qui, de toute évidence, se sentait à la fois gêné pour Gurgeh et ravi de sa bonne fortune.
Gurgeh hocha la tête, déposa le Cœur sur la table et souleva la plaquette de céramique qui l’avait trahi.
« Je préférerais ceci, je crois. »
Il l’éleva devant lui pour la montrer à Dreltram, qui acquiesça.
« Ma foi, oui, pourquoi pas ? Je n’y vois pas d’inconvénient. »
Le train s’enfonça doucement dans un tunnel, puis ralentit aux abords d’une gare nichée dans les grottes qui s’ouvraient sous la montagne.
« Mais la réalité tout entière est un jeu. Dans ce qu’elle a de plus fondamental, la physique – le tissu même de notre univers – résulte directement de l’interaction de certaines règles passablement simples et du hasard ; la même description vaut pour les meilleurs jeux, les plus élégants, ceux qui s’avèrent les plus satisfaisants à la fois sur le plan intellectuel et le plan esthétique. De par son caractère inconnaissable, et du fait qu’il résulte d’événements qui, au niveau subatomique, ne peuvent être tout à fait anticipés, l’avenir demeure malléable et conserve la possibilité de changer, l’espoir d’accéder à une position prééminente ; l’espoir de la victoire, pour employer un terme tombé en disgrâce. C’est en cela que le futur est un jeu ; un jeu dont l’une des règles est le temps. D’une manière générale, les jeux « mécanistes » – ceux où l’on peut, dans un certain sens, atteindre la « perfection » : la grille, le champ prallien, le ’nkraytle, les échecs, les dimensions farniques – sont apparus au sein de civilisations ignorant la vision relativiste de l’univers (et encore moins celle de la réalité). D’autre part ce sont invariablement, faut-il le préciser, des sociétés ne connaissant pas encore l’intelligence artificielle.
« Les jeux de tout premier plan comprennent l’élément hasard, même s’ils restreignent à raison le rôle de la chance. Tenter de fonder un jeu selon tout autre concept – aussi complexes et subtiles qu’en soient les règles, quelles que soient l’échelle et la différenciation du volume de jeu, quels que soient le pouvoir et les attributs des pièces –, c’est inévitablement s’enchaîner à une conception antérieure de plusieurs ères à la nôtre, non seulement sur le plan social, mais aussi dans une perspective technophilosophique. La démarche peut revêtir une certaine valeur du point de vue historique, mais, en tant que produit de l’intellect, c’est une perte de temps, point. Si l’on désire recréer quelque chose de désuet, pourquoi ne pas construire un bateau de pêche ou un moteur à vapeur ? Ces choses-là sont tout aussi compliquées, tout aussi astreignantes que la conception d’un jeu mécaniste, et permettent par la même occasion de rester en bonne forme physique. »
Gurgeh s’inclina ironiquement devant le jeune homme venu lui soumettre une nouvelle idée de jeu. Abasourdi, ce dernier prit une inspiration et ouvrit la bouche pour répondre. C’était exactement ce qu’attendait Gurgeh : comme il venait de le faire à cinq ou six reprises chaque fois que le jeune homme avait essayé de placer une remarque, il l’interrompit avant même que son jeune interlocuteur n’ait pu émettre un seul son.
« Je parle sérieusement, vous savez ; il n’y a rien d’intellectuellement dégradant à se servir de ses mains pour fabriquer quelque chose, par rapport à la démarche qui consiste à se servir uniquement de son cerveau. Il y a là les mêmes leçons à apprendre, les mêmes talents à acquérir, dans les seuls et uniques domaines qui revêtent une réelle importance. »
Il marqua une nouvelle pause. Il voyait le drone Mawhrin-Skel venir dans sa direction en flottant au-dessus des individus amassés sur la vaste esplanade.
Le grand concert était fini. Les sommets encerclant Tronze se renvoyaient le son de quelques orchestres plus modestes, tandis que les flâneurs gravitaient autour de leurs genres musicaux préférés : il y avait des œuvres formelles, d’autres improvisées, de la musique de danse ou de transe induite par une drogue donnée. La nuit était nuageuse et tiède ; la faible lueur de Chiark Autreface déposait un léger halo laiteux sur le haut plafond nuageux, exactement à la verticale. Tronze, la plus grande ville à la fois de la Plate-forme et de l’Orbitale, avait été édifiée à la lisière de l’imposant massif central de la Plate-forme de Gévant, à l’endroit précis où le lac de Tronze, situé à mille mètres d’altitude, franchissait le rebord du plateau et se ruait vers la plaine inférieure, où ses eaux tumultueuses se déversaient en permanence dans la forêt tropicale.
Tronze avait beau n’abriter que quelque cent mille habitants, pour Gurgeh elle était déjà surpeuplée, malgré ses demeures et ses places spacieuses, ses vastes galeries, esplanades et terrasses, ses milliers de maisons flottantes et ses tours élégantes reliées par des passerelles. Bien que Chiark fût une Orbitale relativement récente, puisqu’elle n’avait guère plus de mille ans, Tronze avait déjà pratiquement atteint la taille maximale des communes orbitales ; les véritables cités de la Culture étaient ses immenses navires, les Véhicules Systèmes Généraux. Les Orbitales en étaient l’arrière-pays, et les gens aimaient à y prendre leurs aises. En termes d’échelle, par rapport au plus gros des VSG et ses milliards d’habitants, Tronze n’était guère qu’un village.