L'homme des jeux [The Player of Games - fr]
- Автор: Бэнкс Иэн М.
- Год: 1992
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2-221-06931-5
- Переводчик: Helene Collon
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «L'homme des jeux [The Player of Games - fr]». Краткое содержание книги:
Le Contact, service de la Culture spécialisé dans l’évaluation et l’infiltration de civilisations étrangères nouvellement découvertes, considère l’Empire d’Azad, terrifiant de puissance et de cruauté, comme un danger potentiel. L’Empire repose, historiquement, sur un jeu infiniment complexe dont le gagnant devient Empereur.
Si bien que Gurgeh, contre son gré, manipulé mais fasciné par le défi, se retrouve à cent mille années-lumière de sa confortable demeure, devenu un pion des IA qui régissent la Culture et lancé dans le formidable jeu d’Azad.
Avec la série de la Culture, Iain Banks renouvelle avec panache et humour l’aventure spatiale. Comme dans L’usage des armes, il construit une société d’envergure galactique, bigarrée, baroque et attachante qui deviendra une référence dans l’histoire des futurs.
« Quant à moi, il me semble vous avoir dit qu’un jour vous pourriez me rendre service.
« Ah ! Je vois ; fit Gurgeh, dont l’expression se rapprochait davantage du ricanement que du sourire. Et moi, que suis-je donc censé faire pour vous ?
« M’aider, répondit tout doucement Mawhrin-Skel, dont la voix faillit se perdre dans le vent. M’aider à réintégrer Contact.
« Absurde ! » fit Gurgeh, qui tendit le bras pour écarter la machine de son passage, et poursuivit son chemin.
Tout à coup, il se retrouva projeté sur l’herbe du bas-côté, comme si quelque créature invisible avait foncé sur lui tête baissée. Il leva un regard stupéfait sur la petite machine qui flottait au-dessus de lui, tandis que ses mains tâtaient le sol humide ; les hautes herbes chuintaient tout autour.
« Espèce de petit… » commença-t-il en essayant de se relever.
Il se sentit à nouveau repoussé en arrière et resta assis là, incrédule ; il n’en croyait tout simplement pas ses yeux. Jamais une machine n’avait employé la force contre lui. C’était totalement inédit. Une fois encore il s’efforça de se remettre sur ses pieds, tandis que dans sa gorge s’enflait un cri de frustration et de rage.
Ses muscles le trahirent. Le cri mourut sur ses lèvres.
Il sentit qu’il s’écroulait dans l’herbe.
Il resta étendu là, les yeux rivés aux sombres nuages qui planaient au-dessus de lui. Il pouvait bouger les yeux. Mais rien d’autre.
Il se remémora l’impact du missile, ce fameux jour, et l’immobilité que lui avait imposée sa combinaison touchée une fois de trop. Mais aujourd’hui c’était bien pire.
C’était une véritable paralysie. Il ne pouvait absolument rien faire.
Il craignit que son souffle ne s’arrête, que son cœur ne cesse de battre, que sa langue ne vienne obstruer sa gorge et que ses entrailles ne se relâchent.
Mawhrin-Skel entra dans son champ de vision.
« Écoutez-moi, Jernau Gurgeh. (Quelques gouttes de pluie glaciale se mirent à crépiter dans l’herbe et sur son visage.) Écoutez-moi… Vous allez m’aider. J’ai enregistré la totalité de notre conversation, la moindre de vos paroles, le moindre de vos gestes depuis ce matin. Si vous refusez de m’aider, je rends public cet enregistrement. Tout le monde saura que vous avez triché en jouant contre Olz Hap. (La machine marqua une pause.) Entendez-vous, Jernau Gurgeh ? reprit-elle. Me suis-je bien fait comprendre ? Vous rendez-vous bien compte de ce que je vous dis ? Il existe un terme – un terme fort ancien – pour qualifier ce que je suis en train de faire, au cas où vous ne l’auriez pas encore deviné. On appelle cela du chantage. »
Cette machine était folle. N’importe qui pouvait fabriquer n’importe quoi ; sons, images animées, odeurs, impressions tactiles… Il y avait des machines qui ne faisaient que cela. On les commandait dans un magasin spécialisé, et l’on pouvait alors dessiner toutes les images – fixes ou animées – que l’on désirait ; avec du temps et de la patience, on arrivait à un résultat parfaitement réaliste, comme si l’on avait filmé la réalité au moyen d’une caméra ordinaire. On pouvait tout simplement créer de toutes pièces n’importe quelle séquence filmée, selon ses moindres désirs.
Certains se servaient de ces appareils pour s’amuser, ou pour prendre leur revanche : ils créaient des histoires mettant en scène leurs amis ou leurs ennemis, lesquels s’y retrouvaient dans des situations cocasses ou catastrophiques, selon le cas. Quand il n’existait plus aucune garantie d’authenticité, le chantage devenait à la fois impossible et sans objet ; dans une société comme la Culture, où rien n’était interdit ou presque, et où l’argent aussi bien que la notion de pouvoir personnel avaient purement et simplement disparu, il était doublement hors de propos.
Oui, décidément, cette machine devait être folle. Gurgeh se demanda si elle avait l’intention de le tuer. Il examina cette idée sous tous les angles en essayant de se persuader que la chose pouvait réellement se produire.
« Je sais ce qui se passe dans votre tête, Gurgeh, reprit le drone. Vous vous dites que je n’ai pas de preuves ; que j’aurais pu tout fabriquer. Que personne ne me croira. Eh bien, vous vous trompez. J’étais en liaison-temps réel avec un de mes amis, un Mental de CS rallié à ma cause, qui n’a jamais douté que je ferais un agent parfaitement compétent, et qui a étudié mon cas quand j’ai déposé mon recours. Ce qui s’est passé entre nous ce matin est gravé dans les moindres détails dans un Mental aux références morales irréprochables, et avec un degré de fidélité que ne sauraient égaler les moyens techniques habituellement disponibles.
« Mon moyen de pression sur vous ne peut être soupçonné de falsification, Gurgeh. Si vous ne me croyez pas, demandez donc à votre ami Amalk-ney. Il confirmera mes dires. Il est peut-être stupide et ignorant, mais il sait sûrement distinguer le vrai du faux. »
La pluie frappait le visage impuissant et inerte de Gurgeh. Il avait la mâchoire pendante, la bouche ouverte ; il se demanda s’il finirait noyé. Noyé par la pluie qui tombait.
Qui rejaillissait sur le petit corps du drone et s’égouttait sur l’homme immobilisé tandis que les gouttes croissaient en taille et en force.
« Vous vous demandez ce que je veux de vous ? dit le drone. (Gurgeh essaya de bouger ses globes oculaires pour signifier « non », rien que pour exaspérer la machine, mais celle-ci ne parut rien remarquer.) De l’aide, reprit-il. J’ai besoin de votre aide. Il faut que vous parliez en ma faveur. Que vous alliez trouver Contact et que vous ajoutiez votre voix à celles qui exigent ma réintégration dans le service actif. »
La machine descendit en piqué vers son visage ; il la sentit exercer une traction sur son col. En une secousse, sa tête et le haut de son torse décollèrent du sol détrempé ; impuissant, il se retrouva face à face avec la coque gris-bleu de la petite machine. Format de poche, songea-t-il ; il regrettait de ne pouvoir cligner les yeux, mais par la même occasion il remerciait la pluie. Oui, cette machine était au format de poche ; elle aurait aisément tenu dans une des poches de son manteau.
Il eut envie de rire.
« Vous ne voyez donc pas ce qu’ils m’ont fait, homme ? s’écria la machine en secouant Gurgeh. On m’a castré, diminué, paralysé ! Ce que vous ressentez en ce moment : l’impuissance, la certitude que vos membres sont là, alliée à l’incapacité de les actionner ! Ma situation est comparable, sauf que moi, je sais qu’ils ne sont pas là ! Vous ne comprenez donc pas ? Non ? Saviez-vous qu’autrefois les gens perdaient des membres entiers, et de manière définitive ? Alors, on a oublié son histoire sociale, petit Jernau Gurgeh ? Hein ? (La machine le secoua à nouveau. Il sentit et entendit ses dents s’entrechoquer.) Vous souvenez-vous de ces mutilés, à l’époque où les bras et les jambes coupés ne repoussaient pas encore tout seuls ? En ce temps-là, les humains pouvaient perdre un membre dans une explosion, dans un accident, par amputation ; mais ils le croyaient toujours là, ils avaient l’impression de le sentir encore ; on appelait cela les « membres fantômes ». Ces bras et ces jambes dépourvus de toute réalité étaient le siège de démangeaisons et de douleurs, mais ils ne fonctionnaient plus. Vous vous rendez compte ? Pouvez-vous imaginer cela, vous, homme de la Culture, avec votre repousse génomanipulée, votre cœur redessiné, vos glandes altérées, votre filtre cérébral anti-caillots, vos dents sans défaut et votre système immunitaire parfait ? Êtes-vous capable d’imaginer cela ? »