Le bûcher d'un roi
- Автор: Мартин Джордж Рэймонд Ричард
- Серия: Le Trone de fer #13
- Год: 2012
- Язык: французский
- Год: Pygmalion
- ISBN: 978-2-7564-0586-5
- Переводчик: Patrick Marcel
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le bûcher d'un roi». Краткое содержание книги:
— Le courage, Votre Grâce ?
— Des fesses en fer, le taquina-t-elle. Je passe mon temps assise.
— Votre Grâce se charge de trop de choses. Vous devriez permettre à vos conseillers d’endosser une plus grande part de vos fardeaux.
— J’ai trop de conseillers et trop peu de coussins. » Daenerys se tourna vers Reznak. « Combien encore ?
— Vingt et trois, n’en déplaise à Votre Magnificence. Tous avec des revendications. » Le sénéchal consulta quelques papiers. « Un veau et trois chèvres. Le reste concernera des moutons ou des agneaux, à n’en pas douter.
— Vingt et trois. » Daenerys soupira. « Mes dragons ont pris un goût prodigieux pour le mouton depuis que nous avons commencé à payer les bergers pour leurs ravages. Est-ce que ces revendications ont été prouvées ?
— Certains ont apporté des os brûlés.
— Les hommes font du feu. Ils cuisent des moutons. Des os calcinés ne prouvent rien. Brun Ben prétend qu’il y a des loups rouges dans les collines à l’extérieur de la cité, et des chacals et des chiens sauvages. Devons-nous payer en bon argent chaque agneau qui s’égare entre Yunkaï et la Skahazadhan ?
— Non, Votre Magnificence. » Reznak s’inclina. « Dois-je chasser ces canailles, ou voulez-vous les faire fouetter ? »
Daenerys changea de position sur son banc. « Nul homme ne devrait craindre de venir me voir. » Certaines revendications étaient mensongères, elle n’en doutait pas, mais davantage étaient authentiques. Ses dragons avaient trop grossi pour se contenter de rats, de chats et de chiens. Plus ils mangent, et plus ils grandiront, l’avait mise en garde ser Barristan, et plus ils grandiront, plus ils mangeront. Drogon en particulier couvrait de vastes distances et pouvait aisément dévorer un mouton par jour. « Payez-leur la valeur de leurs bêtes, ordonna-t-elle à Reznak. Mais, dorénavant, les requérants devront se présenter au Temple des Grâces et prêter un serment sacré devant les dieux de Ghis.
— Il en sera ainsi. » Reznak se tourna vers les pétitionnaires. « Sa Magnificence la reine a consenti à dédommager chacun de vous pour les bêtes que vous avez perdues, leur annonça-t-il en ghiscari. Présentez-vous demain à mes commis et l’on vous paiera, en argent ou en troc, à votre convenance. »
La déclaration fut accueillie dans un silence morose. On aurait cru les voir plus heureux que cela, jugea Daenerys. Ils ont ce pour quoi ils sont venus. N’y a-t-il jamais moyen de satisfaire ces gens ?
Un homme s’attarda tandis que tous les autres sortaient à la file – un homme trapu au visage tanné, aux vêtements rudes. Ses cheveux formaient une calotte de crin raide, d’un rouge tirant sur le noir, coupée autour des oreilles, et dans une main il serrait un pauvre sac de jute. Il se tenait, tête basse, contemplant le sol de marbre comme s’il avait totalement oublié où il se trouvait. Et que veut-il, celui-ci ? s’étonna Daenerys.
« Que tous s’agenouillent devant Daenerys Typhon-Née, l’Imbrûlée, Reine de Meereen, Reine des Andals, des Rhoynars et des Premiers Hommes, Khaleesi de la Grande Mer d’Herbe, Briseuse des fers et Mère des Dragons », clama Missandei, de sa voix aiguë et douce.
Lorsque Daenerys se releva, son tokar commença à glisser. Elle le retint et le tira de nouveau en place. « Toi, avec le sac, lança-t-elle, tu souhaitais nous parler ? Approche. »
Quand il leva la tête, il avait des yeux rouges et meurtris comme des plaies ouvertes. Daenerys observa que ser Barristan se coulait plus près d’elle, une ombre blanche à son côté. L’homme avança maladroitement, en traînant des pieds, un pas, puis un autre, en serrant son sac. Est-il ivre, ou malade ? se demanda-t-elle. Il avait de la terre sous ses ongles jaunes et cassés.
« Qu’y a-t-il ? s’enquit Daenerys. As-tu quelque grief à nous exposer, une requête ? Que désires-tu de nous ? »
La langue de l’homme passa nerveusement sur ses lèvres gercées et fendues. « Je… j’ai apporté…
— Des os ? interrompit-elle avec impatience. Des os brûlés ? »
Il leva le sac pour en répandre le contenu sur le marbre.
Des os, en effet, des os rompus et noircis. Les plus longs avaient été brisés pour en manger la moelle.
« C’était l’ noir, déclara l’homme avec le grommellement ghiscari. L’ombre ailée. L’est descendu du ciel et… et… »
Non. Daenerys frissonna. Non, non, oh non.
« Tu es sourd, imbécile ? demanda Reznak mo Reznak à l’homme. Tu n’as pas entendu ma proclamation ? Va voir mes commis demain, et l’on te paiera ton mouton.
— Reznak, répliqua d’une voix grave ser Barristan, tenez votre langue et ouvrez les yeux. Ce ne sont pas des os de mouton. »
Non, pensa Daenerys, ce sont des ossements d’enfant.
Jon
Le loup blanc filait à travers un bois noir, sous une falaise pâle, haute comme le ciel. La lune courait avec lui, glissant à travers un désordre de branches nues en hauteur, dans le ciel étoilé.
« Snow », murmura la lune. Le loup ne répondit rien. La neige crissait sous ses pattes. Le vent soupirait dans les arbres.
Au loin, il entendait ses frères de meute l’appeler, de congénère à congénère. Eux aussi chassaient. Une pluie sauvage s’abattait sur son frère noir tandis que celui-ci déchirait la chair d’une énorme chèvre ; elle lavait le sang de son flanc à l’endroit où la longue corne du ruminant l’avait labouré. En un autre lieu, sa petite sœur leva la tête pour chanter à la lune, et cent petits cousins gris interrompirent leur chasse pour chanter avec elle. Les collines, plus chaudes à l’endroit où ils se trouvaient, abondaient en nourriture. Maintes nuits, la meute de sa sœur s’était repue de la viande des moutons, vaches et chevaux, les proies des hommes, et parfois de la chair de l’homme lui-même.
« Snow », appela de nouveau la lune en ricanant. Le loup blanc trottinait en suivant la piste des hommes sous la falaise de givre. Il avait le goût du sang sur sa langue, et le chant des cent cousins résonnait à ses oreilles. Jadis, ils avaient été six, cinq à gémir, aveugles, dans la neige autour de leur mère morte, à suçoter le lait froid à ses tétines durcies et glacées tandis qu’il s’écartait, tout seul. Il en restait quatre… et un dont le loup blanc ne percevait plus la trace.
« Snow », insista la lune.
Le loup blanc courut pour la fuir, galopant vers la grotte de nuit où s’était tapi le soleil, son souffle givrant en l’air. Par les nuits sans étoiles, la grande falaise était noire comme la pierre, des ténèbres qui dominaient de toute leur masse le vaste monde ; mais quand la lune paraissait, la falaise luisait, pâle et transie comme un fleuve gelé. Le loup pouvait porter une épaisse toison laineuse – quand le vent filait sur la glace, une fourrure n’aurait pu tenir le froid en respect. Sur l’autre versant, soufflait une bise plus rigoureuse encore, le loup le sentait. C’était là que se trouvait son frère, ce frère gris à l’odeur d’été.
« Snow. » Un glaçon se décrocha d’une branche. Le loup blanc se retourna et découvrit ses crocs. « Snow ! » Sa fourrure se hérissa, tandis que la forêt se dissolvait autour de lui. « Snow, Snow, Snow ! » Il entendit battre des ailes. Dans la pénombre un corbeau s’envola.