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La Grande Quête

Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:

À peine arrivé à la forteresse de Fal Dara, le jeune Rand n’a déjà qu’une idée en tête : fuir les noirs secrets qu’il a appris sur lui-même.
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
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Loial hésita, mais un nouveau coup d’œil à la lourde porte, au pied des marches, raffermit sa détermination.

— Oui, je vais m’asseoir dans un coin et lire un peu. Ah ! lire en plein air, quel plaisir !

Il sortit de sa poche un livre qui parut minuscule entre ses battoirs, s’assit sur le tertre, à côté des marches, ouvrit l’ouvrage et se concentra dessus.

— Bien, dit-il, je vais rester ici et lire jusqu’à votre retour.

Ses oreilles s’agitèrent, comme s’il sentait peser sur sa nuque tous ces regards féminins.

Juin secoua la tête, haussa les épaules et désigna de nouveau l’escalier.

— Si vous voulez bien avancer… Les Anciens attendent.

La grande salle sans fenêtres où entrèrent Rand et ses compagnons était dimensionnée pour les Ogiers. Avec son plafond d’une hauteur vertigineuse, elle n’aurait pas déparé dans un palais – sur le plan de la taille, en tout cas, le reste étant d’une rare sobriété.

En face de la porte, sept Ogiers siégeaient sur une estrade collée au mur du fond. Bien que cette vision fît tout de suite paraître la salle plus petite, Rand garda l’impression d’être dans une immense caverne. Si les dalles du sol, lisses mais de forme irrégulière, ne collaient pas très bien avec cette hypothèse, les murs gris de pierre brute auraient effectivement pu être ceux d’une falaise – ou les entrailles d’une montagne. Et, au plafond, les énormes poutres à peine dégrossies auraient pu aisément passer pour les racines d’un arbre géant.

À part le fauteuil à haut dossier où était assise Verin, face à l’estrade, les seuls meubles étaient les sièges sculptés – des motifs de lierre – des Anciens. Une Ogier trônait au milieu du groupe, son fauteuil plus haut que les autres indiquant une plus grande autorité. À sa gauche siégeaient trois hommes à la barbe démesurément longue et, à sa droite, trois femmes vêtues comme elle d’une robe entièrement couverte de broderies. La chevelure blanche comme neige – ainsi que les poils des oreilles et, pour les hommes, la barbe –, les sept chefs du Sanctuaire Tsofu étaient l’incarnation même de la dignité et du savoir.

Hurin les regarda sans dissimuler son respect émerveillé. Rand lui-même en resta bouche bée. Verin, elle, était très loin d’avoir dans le regard l’antique sagesse qui se lisait dans les yeux de ces Ogiers. Morgase en personne aurait envié leur sereine autorité, et Moiraine, pourtant un modèle en la matière, n’aurait pu rivaliser avec leur calme assurance. Alors que ses compagnons avaient du mal à reprendre leurs esprits, Ingtar fut le premier à s’incliner avec une révérence que Rand ne lui avait jamais vue.

— Je suis Alar, dit l’Ancienne assise sur le siège le plus haut, lorsque les humains eurent pris place à droite et à gauche de Verin. La Doyenne des Anciens du Sanctuaire Tsofu… Verin vient de nous dire que vous auriez besoin de voyager sur les Chemins. Retrouver le Cor de Valère dérobé par des Suppôts des Ténèbres est en effet une urgence. Mais voici cent ans que nous n’avons plus autorisé quiconque à franchir notre Portail. Et il en va de même pour les Anciens de tous les Sanctuaires…

— Je dois trouver le Cor ! s’écria Ingtar. Il le faut… Si vous nous interdisez d’utiliser le Portail…

Il se tut, car Verin le foudroya du regard, mais son expression ne laissa pas de doute sur ses sentiments.

— Ne sois pas si impulsif, guerrier du Shienar, dit Alar avec un sourire indulgent. Les humains ne prennent jamais le temps de réfléchir. Pourtant, seules les décisions mûrement pesées ont un sens. (Le sourire s’effaça, mais le ton de la Doyenne resta doux et calme.) Pour affronter les Chemins, il ne suffit pas de brandir une épée, comme face à des Aiels ou à une horde de Trollocs. Vous ne risquerez pas seulement la folie ou la mort, mais aussi la perte irréversible de votre âme.

— Nous connaissons Massin Shin, dit Rand.

Mat et Perrin acquiescèrent. Aucun des trois jeunes gens ne put faire mine d’avoir envie de répéter l’expérience.

— S’il le faut, dit Ingtar, je suivrai le Cor jusque dans les entrailles du mont Shayol Ghul.

Hurin hocha la tête pour souscrire à cette déclaration d’intention.

— Qu’on fasse venir Trayal, ordonna Alar.

Jusque-là debout dans l’entrée, Juin hocha imperceptiblement la tête et se retira.

— Entendre ce qui risque de vous arriver ne suffit pas. En revanche, le voir, et le sentir jusqu’au plus profond de vous-même…

Un lourd silence pesa sur la salle jusqu’au retour de Juin. La tension augmenta encore lorsque les deux femmes qui le suivaient entrèrent dans la salle avec l’Ogier d’âge moyen (comme en témoignait sa barbe noire) qu’elles tenaient chacune par un bras comme si ses jambes n’étaient plus assez solides pour le porter. Le visage dénué d’expression, les yeux vides comme s’ils n’étaient plus capables de se focaliser sur quelque chose, Trayal avait aux coins de la bouche un filet de bave que ses accompagnatrices tamponnaient régulièrement avec un mouchoir.

Elles durent le tirer en arrière pour qu’il s’immobilise. Quand ce fut fait, il resta planté là, l’air aussi indifférent que lorsqu’il marchait.

— Trayal est l’un des derniers Ogiers à s’être aventurés sur les Chemins, dit Alar. Voilà dans quel état il en est sorti. Verin, veux-tu bien le toucher ?

Non sans hésiter, l’Aes Sedai se leva et approcha de Trayal. Hébété, il ne broncha pas quand elle lui posa une main sur la poitrine. Comme si ce contact la brûlait, Verin retira sa main et se tourna de nouveau vers les Anciens.

— Il est… vide. Ce corps vit, mais il n’y a plus rien à l’intérieur. Plus rien du tout !

Les sept sages acquiescèrent tristement.

— Plus rien du tout, oui…, répéta une des femmes assises à la droite de la doyenne. (Dans son regard, Rand lut toute la souffrance que celui de Trayal ne pouvait plus exprimer.) Plus d’esprit… Plus d’âme… De Trayal, il ne reste qu’une coquille vide.

— C’était un très bon Chanteur…, soupira un des hommes.

Sur un geste d’Alar, les deux femmes firent faire demi-tour à Trayal et le guidèrent vers la sortie.

— Nous connaissons les risques, dit Verin. Mais, si dangereux que ce soit, nous devons suivre le Cor de Valère.

La Doyenne hocha tristement la tête.

— Le Cor, oui… Mais quelle est la pire nouvelle ? Apprendre que des Suppôts l’ont volé, ou savoir qu’il a été retrouvé ?

Alar regarda les hommes et les femmes qui la flanquaient. Tous acquiescèrent presque imperceptiblement, un des Anciens prenant d’abord la précaution de tirer pensivement sur sa barbe.

— Très bien… Verin m’a dit que le temps presse. Je vous conduirai moi-même jusqu’au Portail.

Rand fut à la fois soulagé et terrorisé. Mais il n’avait pas encore tout entendu.

— Vous avez avec vous un jeune Ogier – Loial, fils d’Arent fils de Halan, du Sanctuaire Shangtai. Il est très loin de chez lui…

— Nous avons besoin de lui, dit Rand.

Il hésita un peu face aux regards désapprobateurs des Anciens et de Verin, mais il était trop tard pour reculer.

— Nous voulons qu’il vienne avec nous, et c’est ce qu’il désire aussi.

— Loial est un ami, dit Perrin.

— Oui, renchérit Mat. Un type sûr qui ne traîne dans les jambes de personne et répond « présent » quand on a besoin de lui !

Les deux jeunes gens parurent très gênés d’être soudain sous le feu des regards de sept Anciens, mais ils tinrent courageusement leur position.

— Quelle raison interdirait qu’il nous accompagne ? demanda Ingtar. Comme l’a dit Mat, c’est un solide gaillard. Je ne vois pas très bien pourquoi nous aurions besoin de lui, mais s’il veut venir…

— Sa présence est indispensable, intervint Verin. Peu de gens connaissent les Chemins, de nos jours. Lui, il sait déchiffrer les inscriptions…

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