La Grande Quête
- Автор: Джордан Роберт
- Серия: La Roue du Temps #2
- Год: 2012
- Язык: французский
- Год: Bragelonne
- ISBN: 9782352945574
- Переводчик: Jean Claude Mallé
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
Alar dévisagea les humains, puis son regard s’attarda sur Rand. Cette Ogier semblait savoir tant de choses ! Tous les Anciens donnaient cette impression mais, avec elle, c’était saisissant.
— Verin affirme que tu es ta’veren, dit Alar à Rand, et je sens en toi que c’est vrai. Cela prouve que tu l’es vraiment, car le don de percevoir de telles choses n’a jamais été très fort chez nous… As-tu entraîné Loial, fils d’Arent fils de Halan dans le Lacis que la Roue tisse autour de toi ? Ce que nous appelons ta’maral’ailen ?
— Je… Je veux simplement retrouver le Cor, fit Rand.
Il n’en dit pas plus, laissant la dague dans l’ombre. Alar n’y avait pas fait allusion, et il ignorait si Verin en avait parlé ou non.
— Doyenne, Loial est mon ami.
— Ton ami… Selon vos critères, il est très jeune… Toi aussi, mais tu es ta’veren. Tu veilleras sur lui et, lorsque la Roue aura tissé ce qu’elle entend tisser, tu feras en sorte qu’il retourne sain et sauf chez lui.
— Je le ferai, affirma Rand avec le sentiment de prêter un serment qui le lierait jusqu’à son dernier souffle.
— Dans ce cas, suivez-moi tous jusqu’au Portail.
Loial se leva d’un bond dès qu’il vit Verin et Alar, ses amis sur leurs talons. Alors qu’Ingtar chargeait Hurin d’aller chercher Uno et les autres soldats, le jeune Ogier lorgna la Doyenne d’un air soupçonneux. Toutes les femmes qui le regardaient étaient parties, mais il ne semblait pas vraiment rassuré.
— Les Anciens ont-ils dit quelque chose à mon sujet ? demanda-t-il dès que Rand, Mat et Perrin passèrent devant lui.
Alar demanda à Juin de faire amener les montures. Puis elle s’éloigna avec Verin, inclinant la tête pour pouvoir lui parler à l’oreille.
— Elle a dit à Rand de veiller sur toi, annonça Mat d’un ton très grave. Pour que le bébé puisse un jour rentrer chez lui. Moi, je ne vois pas pourquoi tu ne restes pas ici, histoire de prendre femme.
— Elle t’autorise à nous accompagner, dit Rand.
Il foudroya du regard Mat, qui fit une grimace espiègle. Une réaction bizarre, venant d’une personne aux traits si tirés…
— Tu as été cueillir des fleurs ? demanda Rand quand il s’avisa que Loial serrait entre ses doigts la tige d’une magnifique rose-cœur.
— C’est un cadeau d’Erith… (Le jeune Ogier baissa les yeux sur la fleur jaune qu’il faisait tourner entre son pouce et son index.) Même si Mat n’est pas d’accord, elle est vraiment très jolie.
— Dois-je comprendre que tu n’as plus envie de nous accompagner ?
— Bien sûr que oui ! Enfin, je veux dire… Eh bien, je suis toujours de l’aventure. Erith m’a seulement donné une fleur… Une simple fleur.
Il sortit cependant de sa poche un livre dans lequel il glissa la fleur.
— Et elle a dit que je suis beau…, souffla-t-il, presque trop bas pour que ses amis l’entendent.
Comme de juste, Mat éclata de rire, se pliant en deux et s’en tenant les côtes.
— C’est elle qui le dit, pas moi…, se défendit Loial.
Perrin flanqua une tape sur le haut du crâne de son plaisantin d’ami.
— Ne t’inquiète pas, Mat est seulement jaloux parce que personne ne lui a jamais dit ça.
— C’est faux ! (Mat se redressa, l’air outré.) Marisa Ayellin me trouve beau, et elle me l’a dit plus d’une fois.
— Marisa est-elle jolie ? s’enquit Loial.
— À peu près autant qu’une chèvre, lâcha froidement Perrin.
Mat voulut protester, s’en étranglant d’indignation.
Rand ne put s’empêcher de sourire. En réalité, Marisa était presque aussi jolie qu’Egwene. Toutes ces plaisanteries lui rappelaient le bon vieux temps, comme s’il était de retour à la maison. À l’époque où rien ne semblait plus important que taquiner les amis et finir sur une formidable crise de fou rire.
Alors que le petit groupe traversait la ville, des Ogiers s’inclinèrent devant la Doyenne et regardèrent les invités humains avec un grand intérêt. L’expression d’Alar dissuada cependant les passants de parler aux visiteurs…
La disparition des tertres indiqua à Rand qu’ils étaient sortis de la cité. À part ça, rien n’avait changé. Des Ogiers allaient et venaient pendant que d’autres soignaient les arbres, utilisant la résine, la scie ou la hache selon le genre d’intervention qui s’imposait. Rand fut frappé de la tendresse avec laquelle ces gens traitaient les végétaux.
Juin rejoignit le groupe – avec les montures, comme prévu – et Hurin revint en compagnie d’Uno, des soldats et des chevaux de bât.
— C’est par là…, dit soudain Alar.
Aussitôt, tout le monde se tut.
Rand ne dissimula pas son étonnement. En principe, le Portail devait être à l’extérieur du Sanctuaire. Les Chemins étant à l’origine une création du Pouvoir de l’Unique, comment aurait-il pu en être autrement ? Pourtant, rien n’indiquait que la petite colonne était sortie du Sanctuaire.
Rien, vraiment ? Surpris, Rand constata qu’il n’éprouvait plus la sensation de deuil. Donc, le saidin devait de nouveau être tapi en lui, attendant son heure.
Alar dépassa un grand chêne puis entra dans une clairière où se dressait un impressionnant monolithe. Le Portail, avec ses sculptures habituelles. Autour du bloc de pierre, les Ogiers avaient érigé une sorte de muret qui évoquait un cercle de racines, comme s’ils avaient voulu dire que le Portail avait poussé à cet endroit.
Rand se sentit très mal à l’aise… Longtemps incapable de définir ce qu’il éprouvait, il comprit enfin. Ces fausses racines rappelaient celles des ronces sauvages, des orties et du sumac vénéneux. En d’autres termes, pas le genre de végétaux sur lesquels on avait envie de trébucher.
La Doyenne s’arrêta à quelques pas du muret.
— Ce cercle protecteur a pour mission de mettre en garde quiconque s’aventure jusqu’ici. Peu d’entre nous le font et, pour ma part, je ne traverserai pas cette barrière symbolique. Bien entendu, je vous autorise à le faire.
Resté à bonne distance du Portail, Juin s’essuyait nerveusement les mains sur le devant de sa veste. Quitte à se tordre le cou, il évitait soigneusement de regarder la pierre dressée.
— Merci, dit Verin. Si l’enjeu n’était pas si important, je ne vous aurais jamais demandé ça…
Les nerfs tendus à craquer, Rand regarda l’Aes Sedai franchir le muret et approcher du Portail.
Loial prit une grande inspiration et marmonna dans sa barbe. Nerveux, Uno et ses hommes s’agitèrent sur leur selle et s’assurèrent que leur épée coulissait bien dans son fourreau. Sur les Chemins, une lame ne leur servirait à rien, mais ils avaient besoin de se sentir prêts et déterminés.
Alors que la Doyenne elle-même trahissait sa nervosité en serrant très fort le devant de sa robe, Ingtar et Verin semblaient d’un calme imperturbable.
L’Aes Sedai s’empara de la feuille d’Avendesora. Rand se pencha en avant, pris d’un désir fou d’invoquer le vide et d’avoir le saidin « à portée de main », s’il devait en avoir besoin.
Sur le Portail, les sculptures ondulèrent comme sous la caresse d’une brise invisible. Puis les deux battants commencèrent à s’ouvrir.
Dans l’entrebâillement, Rand ne vit aucun reflet argenté, mais une surface plus noire que la nuit.
— Refermez-le ! cria-t-il. Massin Shin ! Refermez-le !
Verin sembla surprise, mais elle entreprit néanmoins de remettre à sa place la feuille à trois pointes. Dès que ce fut fait, elle recula et enjamba dans l’autre sens le muret.
Le Portail se refermait déjà. Les deux battants se rejoignirent bientôt, occultant la forme sombre du Vent Noir.
Le Portail redevint une simple pierre si bien sculptée qu’on aurait pu se méprendre sur la réalité de ses sarments de vigne et de ses feuilles.