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Pisteur - Livre 2 - Partie 2 [Ruins - fr]

Электронная книга - «Pisteur - Livre 2 - Partie 2 [Ruins - fr]». Краткое содержание книги:

Rigg et ses amis découvrent dans le Livre du Futur, qu’ils font partie d’une population-test envoyée depuis la Terre pour vérifier que la planète était viable. A présent, la Terre n’a plus besoin d’eux et s’apprête à les faire disparaître au profit des colons terriens. Mais ils ont bien l’intention de se défendre.
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Rigg hésita à prévenir les autres. Mais s’il attirait leur attention sur la présence des souris, comment réagiraient-elles ?

S’agissait-il d’un exercice d’entraînement avant l’arrivée des Éclaireurs, pour s’assurer de leur capacité à se faufiler inaperçues dans un vaisseau ? Le cas échéant, il convenait de saluer l’entreprise pour son ingéniosité. Les humains non pourvus de dons de pisteur ou de sens aiguisés par le truchement d’un crocheface, comme Rigg et Miche, auraient bien été incapables de les repérer.

Que cherchaient-elles au juste ? Les souris avaient démontré être capables de les tuer – et prêtes à le faire. Odsac tout autant, et sans hésitation. Dire que Vadesh les avait effrayés ! En comparaison de son comparse de l’entremur d’Odin, le pauvre n’était qu’un agneau.

Non, les souris ne commettraient aucun homicide pendant le vol.

« Je m’interroge sur l’interprétation que les ordinateurs de bord vont donner à mes consignes, pensa Rigg tout haut. À propos des Murs. »

Il lança cette remarque à la cantonade, mais comme il regardait Miche au même moment, ce fut le tavernier qui lui répondit.

« Quelles instructions ?

— Je leur ai dit que si quelqu’un m’accompagnait pendant la traversée, ils devaient le laisser passer. Mais “quelqu’un”, même pour un ordinateur, ça reste vague », poursuivit Rigg en jetant un regard appuyé aux souris que Miche arborait telles deux épaulettes de fourrure.

Le tavernier lui retourna un signe de tête pensif.

« Tu sous-entends qu’elles ne passeront pas.

— Je sous-entends que je n’en sais rien.

— La question philosophique de l’humanisation, intervint Olivenko, revêt dans ce cas précis une importance des plus pratiques.

— Dans tous les cas, affirma Param. Celui ou celle qui s’apprête à tuer déshumanise d’abord sa victime.

— N’être personne, ou la simple copie d’une personne, c’est être en danger, ajouta Umbo.

— Prises individuellement, ces souris sont plutôt brillantes, mais suffisamment pour les considérer comme des humains à part entière ? interrogea Rigg. J’aimerais connaître leur point de vue sur la question.

— Elles ont besoin les unes des autres. Elles se spécialisent dans une tâche, et ne peuvent donc exprimer leur plein potentiel seules.

— Celles perchées sur tes épaules, pointa Rigg, que valent-elles à elles deux ? Un humain ?

— Moins, indiqua Miche. C’est ce qu’elles me disent du moins. Elles se cantonneraient à de la collecte d’informations.

— J’aimerais qu’elles m’en fournissent une : forment-elles un couple reproducteur ? »

Les deux souris se figèrent d’un coup. Elles braquèrent leurs regards sur Rigg.

« Intéressant, nota Miche. Elles n’avaient pas arrêté de bavarder une seconde depuis notre départ mais là, tu leur as coupé le sifflet.

— Leur petit manège, dans l’aéronef, est-ce une répétition de leur futur plan ? questionna Rigg. Monter à bord du vaisseau des Éclaireurs, débarquer sur Terre avant de la peupler de leur descendance.

— C’est un couple », transmit Miche.

Rigg préféra garder secrète la présence de dizaines d’autres reproducteurs et reproductrices à bord.

« Si nous les emmenons avec nous dans l’entremur de Lar, ont-elles l’intention d’y proliférer ? »

Les deux souris adoptèrent immédiatement la pose « On discute avec Miche » : debout sur les pattes arrière, leurs museaux tournés vers les pavillons du tavernier. Mais Rigg avait compris que cette attitude n’était qu’ostentatoire. Elles auraient parlé à son dos que Miche les aurait comprises. En plus, leurs museaux étaient si riquiqui qu’à n’importe quelle distance – même depuis l’autre bout de la cabine – il était impossible de les voir bouger. La pose était donc délibérée, pour montrer à tout le monde qu’elles conversaient avec Miche.

« Elles m’affirment que cette pensée ne les a même pas effleurées. »

Rigg ne répondit rien. Les autres non plus.

« Ah, retournement de situation : elles admettent maintenant que c’était un mensonge… rapporta Miche. Elles ont bien l’intention de coloniser l’entremur de Lar. Elles avancent l’argument que, étant donné que les habitants de l’entremur vivent dans les océans, il serait dommage de ne pas occuper les terres vacantes.

— Il s’agirait du premier cas d’invasion d’un entremur par un autre, fit remarquer Rigg.

— De colonisation, pas d’invasion, rectifia Miche.

— Celle des Terriens ne compte pas, c’est vrai. Elle s’est faite avec une telle douceur… ironisa Olivenko.

— Notre retour en arrière leur laissera largement le temps de se reproduire avant l’arrivée des Éclaireurs, nota Umbo.

— Si elles causent la ruine de l’entremur d’Odin en tentant de développer des armes, elles survivront dans celui de Lar – tout en emportant avec elle leur savoir militaire, je présume.

— Beaucoup de plans possibles, donc, résuma Rigg. Et aucun qui me convainque de les laisser traverser. »

Les souris reprirent leurs messes basses avec Miche.

« Si c’est pour mentir, ce n’est pas la peine, lança Rigg. Passe-leur bien le message.

— Elles savent, répliqua Miche. Elles se demandent juste pourquoi tu n’as encore rien dit à propos… des autres.

— Encore une tromperie de leur part, assena Rigg. Elles n’ont pas à se cacher… à moins qu’elles ne préparent un mauvais coup.

— De quoi est-ce que vous parlez, au juste ? s’enquit Umbo.

— Il y a une centaine de souris avec nous dans la cabine. Peut-être ont-elles cru que leur statut de “passagères” leur octroyait automatiquement le droit à une traversée du Mur.

— Où sont-elles ? s’étonna Param.

— Tu en as deux dans le chignon », pointa Rigg.

Param hurla tout en se passant une main paniquée dans les cheveux. Deux petites boules de poil blanches s’en échappèrent, atterrirent sur son dossier puis déguerpirent sous un fauteuil.

« Et quelques-unes dans le corsage, ajouta Rigg. Si elles pouvaient arrêter de jouer à cache-cache, on ne s’en porterait pas plus mal. »

Quelques secondes plus tard, toutes les souris étaient rassemblées au garde-à-vous sur le plancher, les sièges et les commandes de l’aéronef.

« Vaisseau, interdiction formelle d’obéir à l’une d’entre d’elles, c’est compris ? ordonna Rigg.

— Compris, confirma une voix mécanique.

— Ont-elles déjà transmis des ordres ?

— Uniquement les coordonnées d’atterrissage, indiqua la voix.

— Par Silbom… jura Umbo.

— Le pauvre Silbom, il est largement dépassé à ce niveau, déplora Olivenko.

— Bizarre, je n’ai rien entendu, s’étonna Miche.

— Elles claquent des dents et tapotent de la griffe, expliqua la voix. Elles glissent et se frottent contre les surfaces, soupirent et halètent. C’est ainsi qu’elles m’ont communiqué leurs ordres. Elles m’ont appris ce langage il y a plusieurs siècles déjà.

— Envisageaient-elles un crash ?

— Oui, acquiesça la voix. Je devais provoquer un impact fatal à ses passagers si vous tentiez quoi que ce soit contre elles.

— Qui est le commandant, à la fin, elles ou moi ? s’emporta Rigg.

— Vous ne m’aviez pas interdit de leur obéir, jusqu’à présent.

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