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Alex

Электронная книга - «Alex». Краткое содержание книги:

Qui connaît vraiment Alex ? Elle est belle. Excitante.Est-ce pour cela qu'on l'a enlevée, séquestrée, livrée à l'inimaginable ? Mais quand la police découvre enfin sa prison, Alex a disparu.Alex, plus intelligente que son bourreau. Alex qui ne pardonne rien, qui n'oublie rien, ni personne.Un thriller glaçant qui jongle avec les codes de la folie meurtrière, une mécanique diabolique et imprévisible où l'on retrouve l'extraordinaire talent de l'auteur de Robe de marié.
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Ça fait du mal de se retrouver ensemble, tout de même, quatre ans plus tard. De l’équipe d’origine, il n’en manque qu’un Maleval. Expulsé de la police. S’est traîné plusieurs mois en préventive. Ce qu’il est devenu… Camille pense que Louis et Armand le revoient de temps en temps. Lui ne peut pas.

Ils sont tous les trois devant le grand plan de Paris, ils ne disent rien et comme ça finit par ressembler à une prière sournoise, Camille s’ébroue. Il désigne le plan.

— Bien. Louis, on fait comme on a dit. Tu emmènes tout le monde sur place. On ratisse.

Il se tourne vers Armand.

— Et toi, Armand, un fourgon blanc passe-partout, des pneus universels, un repas lambda pour la victime, un ticket de métro… Tu as l’embarras du choix.

Armand fait oui de la tête.

Camille ramasse ses clés.

Reste une journée à tenir avant le retour de Morel.

9

La première fois qu’il revient, le cœur d’Alex chavire. Elle l’entend, faute de pouvoir se retourner et le regarder. Son pas est lourd, lent et résonne comme une menace. Pendant chacune des heures précédentes, Alex a anticipé sur cette venue, s’est vue violée, battue, tuée. Elle a vu la cage descendre, elle a senti l’homme l’empoigner par l’épaule, l’extraire de sa cage, la gifler, la tordre, la forcer, la pénétrer, la faire hurler, la tuer. Comme il l’a promis. « Je vais te regarder crever, sale pute. » Quand on traite une femme de sale pute, c’est qu’on veut la tuer, non ?

Ça ne s’est pas encore passé. Il ne la touche pas encore, peut-être qu’il veut d’abord jouir de cette attente. La mise en cage est destinée à faire d’elle un animal, à l’avilir, la domestiquer, lui montrer qu’il est le maître. C’est pour cela qu’il l’a battue si violemment. Ces pensées, plus mille autres plus terribles encore, la hantent. Mourir n’est pas rien. Mais attendre la mort…

Alex se promet toujours de noter mentalement les moments où il vient mais les repères se brouillent vite. Le matin, la journée, le soir, la nuit, tout ça fait un continuum de temps dans lequel son esprit a de plus en plus de mal à trouver son chemin.

Quand il vient, il se plante d’abord sous la cage, les mains dans les poches, il la regarde un long moment, puis il dépose son blouson en cuir par terre, descend la caisse jusqu’à hauteur des yeux, il sort son téléphone, fait une photo et va s’installer à quelques mètres, là où il a déposé toutes ses affaires, une dizaine de bouteilles d’eau, des sacs en plastique et les vêtements d’Alex, jetés au sol, c’est dur pour elle d’être enfermée et de voir ça, quasiment à portée de main. Il s’assoit. Rien d’autre pour le moment, il la regarde. On dirait qu’il attend quelque chose, il ne dit pas quoi.

Et puis elle ne sait pas ce qui, d’un coup, le décide à repartir mais, soudain, il se lève, se tape sur les cuisses comme pour s’encourager, remonte la cage et, après un dernier coup d’œil, il repart.

Il ne parle pas. Alex lui a posé des questions, pas trop parce qu’elle ne veut pas le mettre en colère, il n’a répondu qu’une seule fois, le reste du temps il ne dit rien, on dirait même qu’il ne pense à rien, il la fixe. Il l’a dit, d’ailleurs : Je vais te regarder crever.

La position d’Alex est, au sens propre, intenable.

Impossible de se tenir debout, la cage n’est pas assez haute. De s’allonger, elle n’est pas assez longue. De s’asseoir, le couvercle est trop bas. Elle vit repliée sur elle-même, presque roulée en boule. Les douleurs sont rapidement devenues insupportables. Les muscles se tétanisent, les articulations semblent se solidifier, tout s’est engourdi, tout est bloqué, sans compter le froid. Son corps entier s’est raidi et, comme Alex ne peut pas bouger, la circulation sanguine s’est ralentie, ajoutant encore à la douleur de la tension à laquelle elle est condamnée. Des images sont revenues, des schémas remontant à ses études d’infirmière, des muscles atrophiés, des articulations gelées, sclérosées, parfois elle croit assister à la détérioration de son corps comme si elle était radiologue, que ce corps n’était pas le sien et elle comprend que son esprit est en train de se diviser en deux, quelqu’un qui est là, l’autre qui n’y est pas, qui vit ailleurs, le début de la folie qui la guette et qui sera le résultat mécanique de cette position infernale, inhumaine.

Elle a beaucoup pleuré mais ensuite, elle n’a plus eu de larmes. Elle dort peu, jamais bien longtemps parce que la crispation musculaire la réveille sans cesse. Les premières crampes réellement douloureuses sont intervenues la nuit dernière, elle s’est réveillée en hurlant, sa jambe entière était saisie d’une torsion intolérable. Pour tenter de la détendre, elle a frappé avec son pied contre les planches, le plus fort qu’elle pouvait, comme si elle voulait faire exploser la cage. La crampe s’est peu à peu calmée mais elle sait que son effort n’y est pour rien. Elle reviendra comme elle est partie. Tout ce qu’elle a gagné, c’est que la cage s’est mise à se balancer. Quand elle commence, elle met longtemps avant de se stabiliser de nouveau. Ça porte au cœur au bout d’un moment. Alex a vécu des heures dans la hantise que cette crampe revienne. Elle surveille chaque partie de son corps mais plus elle y pense, plus il la fait souffrir.

Au cours de ses rares moments de sommeil, elle fait des rêves de prison, elle est enterrée vivante, ou noyée, quand ce ne sont pas les crampes, le froid, l’angoisse, ce sont les cauchemars qui la réveillent. Maintenant, comme elle n’a bougé que de quelques centimètres en plusieurs dizaines d’heures, elle est prise de soubresauts, comme si ses muscles mimaient le mouvement, ce sont des spasmes réflexes auxquels elle ne peut rien, ses membres cognent violemment les planches, elle pousse des cris.

Se damnerait pour pouvoir s’étendre, pour seulement s’allonger, juste une heure.

Lors de l’une de ses premières venues, il a fait monter par une autre corde, au niveau de sa cage, un panier en osier qui s’est balancé un long moment avant de se stabiliser. Quoi qu’il ne fût pas loin du tout, il a fallu à Alex déployer des trésors de volonté, elle a dû se déchirer la main à travers les planches pour réussir à attraper une partie du contenu, une bouteille d’eau et des croquettes pour animaux. Pour chien ou pour chat. Alex n’a pas cherché, elle s’est ruée dessus, sans réfléchir. Et a quasiment vidé la bouteille tout de suite, d’un coup. C’est plus tard seulement qu’elle s’est demandé s’il avait mis quelque chose dedans. Elle s’est remise à trembler mais il est impossible de savoir de quoi elle tremble, de froid, d’épuisement, de soif, de peur… Les croquettes ont ravivé sa soif sans vraiment la rassasier. Elle y touche le moins possible, seulement lorsque la faim la tenaille. Et puis, il faut aussi pisser et tout le reste… Au début, elle a eu honte, mais comment faire ? Ça s’étale en bas à l’aplomb de sa cage, comme les déjections d’un énorme oiseau. La honte est vite passée, ce n’est rien à côté de la douleur, rien à côté de la hantise de vivre ainsi des jours et des jours, sans bouger, sans remuer, sans savoir combien de temps il va la garder, si vraiment il a l’intention de la faire mourir ici, comme ça, dans cette caisse.

Combien de temps faut-il pour mourir de cette façon ?

Les premières fois, quand il venait, elle le suppliait, elle a demandé pardon, elle ne sait pas pourquoi, et même, ça lui a échappé, une fois, elle lui a demandé de la tuer. Elle n’avait pas dormi depuis des heures et des heures, la soif la taraudait, son estomac avait régurgité les croquettes qu’elle avait pourtant longuement mâchées, elle sentait la pisse et le vomi, la rigidité de sa position la rendait folle, à cet instant, la mort lui a semblé préférable à tout. Aussitôt, elle l’a regretté parce que en fait, elle ne veut pas mourir, pas maintenant, ça n’est pas comme ça qu’elle voyait la fin de sa vie. Elle a tant de choses à faire encore. Mais, quoi qu’elle dise, quoi qu’elle demande, l’homme ne répond jamais.

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