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La Grande Quête

Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:

À peine arrivé à la forteresse de Fal Dara, le jeune Rand n’a déjà qu’une idée en tête : fuir les noirs secrets qu’il a appris sur lui-même.
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
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— Je m’en vais… Vous m’entendez ? Je ne les laisserai pas m’embrocher avec leurs lances, et je refuse d’utiliser mon arc contre une femme !

— Le Pacte ! cria Loial. Souvenez-vous du Pacte !

Une intervention qui n’eut pas plus de succès que celles d’Erith et de Verin.

Rand remarqua que l’Aes Sedai et la jeune Ogier s’étaient effectivement écartées du chemin des trois Aielles. Un instant, il se demanda si Mat n’avait pas raison. Même si elle tentait de le tuer, il n’était lui-même pas sûr de pouvoir frapper une femme. Hélas, il y avait un problème… S’il parvenait à sauter en selle, les guerrières n’étaient plus qu’à une trentaine de pas, et ces lances semblaient parfaites pour les distances de ce genre.

Alors que les trois femmes avançaient toujours, armes brandies, il cessa de se soucier de leur sécurité et commença à se demander comment il allait les empêcher de lui trouer la peau.

Il invoqua le vide, qui vint à lui aussitôt. Mais seul, sans la lueur maladive du saidin. Et, sans elle, le cocon semblait plus grand et plus désolé que jamais, lui communiquant une sorte de faim assez dévorante pour le consumer entièrement. Le désir de quelque chose de plus – une entité qui aurait dû être là !

Un Ogier s’interposa soudain entre les deux groupes d’humains, sa longue barbe frémissant d’indignation.

— Que pensez-vous faire ? s’écria-t-il. Rangez tous vos armes ! (Il foudroya du regard Ingtar, Rand, Hurin, Perrin et même le pauvre Mat, pour une fois bien innocent.) Pour vous, on peut imaginer quelques excuses… (Il se tourna vers les Aielles, qui s’étaient immobilisées.) Avez-vous oublié le Pacte ?

Les trois femmes retirèrent leur voile à une incroyable vitesse, comme si elles tentaient de faire croire qu’elles ne l’avaient jamais mis. La plus jeune était rouge comme une pivoine, et les deux autres semblaient pour le moins… confuses.

— Pardonne-nous, Frère des Arbres, dit la guerrière aux cheveux roux. Nous nous souvenons du Pacte, et nous n’aurions pas dû brandir nos armes, mais… Mais nous sommes dans le pays des Assassins de l’Arbre, où tout le monde est contre nous, et nous avons vu des hommes en armes…

Rand vit que la femme avait des yeux gris, comme les siens.

— Tu es dans un Sanctuaire, Rhian, rappela gentiment l’Ogier. Petite sœur, ici, tout le monde est en sécurité. On ne s’y bat pas, et personne ne nuit à personne.

La guerrière acquiesça comme une petite fille honteuse d’avoir voulu voler un pot de confiture.

L’Ogier se tourna alors vers Ingtar et ses compagnons.

L’officier rengaina son arme. Rand l’imita, mais pas aussi vite que Hurin, qui semblait aussi embarrassé que la guerrière. Perrin lâcha simplement le manche de sa hache, puisqu’il n’avait jamais été au bout de son geste. Alors qu’il desserrait sa prise sur la poignée de son épée, Rand bannit le vide et frissonna de tous ses membres. Derrière lui, le vide lui laissait une terrible sensation de désolation et un désir brûlant que quelque chose vienne l’en débarrasser.

— Aes Sedai, dit l’Ogier en saluant Verin de la tête, je suis Juin, fils de Lacel fils de Laud. On m’a chargé de te conduire devant les Anciens. Ils sauront découvrir pourquoi une Aes Sedai est venue chez nous avec l’un de nos jeunes et plusieurs hommes armés.

Verin eut un regard attristé pour les Aielles, comme si elle regrettait de ne pas avoir parlé avec elles. Puis elle fit signe à Juin d’ouvrir la marche.

L’Ogier obéit sans même accorder l’ombre d’un regard à Loial.

Quelques instants durant, Rand et les autres firent face aux trois guerrières – un moment de grande tension, Ingtar restant immobile et inexpressif comme une statue. Même si elles avaient retiré leur voile, les Aielles brandissaient toujours des lances et elles scrutaient les humains comme si elles entendaient lire leurs pensées. Rand semblait les intéresser tout particulièrement, mais pas parce qu’elles le trouvaient avenant ou sympathique…

— Il porte une épée, souffla la jeune guerrière avec un mélange de mépris et d’horreur.

Puis elle se retourna, récupéra sa coupe et s’en fut, ses compagnes lui emboîtant le pas.

— Des Promises de la Lance, murmura Ingtar alors que les trois femmes disparaissaient dans la forêt. Une fois voilées, j’aurais parié qu’elles ne s’arrêteraient plus. Et sûrement pas à cause de quelques mots… (Il regarda Rand et ses compagnons.) Vous devriez voir une charge de Boucliers Rouges ou de Chiens de Pierre. Aussi facile à arrêter qu’une avalanche…

— Elles ne pouvaient pas violer le Pacte, une fois qu’on le leur avait remis en mémoire, dit Erith. Elles sont venues pour obtenir du bois-chanté… (La fierté fit soudain vibrer sa voix.) Au Sanctuaire Tsofu, nous avons deux Chanteurs… De nos jours, ils sont très rares. On dit que le Sanctuaire Shangtai s’enorgueillit d’avoir un jeune Chanteur très doué, mais nous, nous en avons deux !

Loial s’empourpra, mais la jeune Ogier ne s’en aperçut apparemment pas.

— Si vous me suivez, je vous montrerai un endroit où attendre que les Anciens aient pris une décision.

Alors que les cinq humains et l’Ogier suivaient leur jeune guide, Perrin marmonna :

— Bois-chanté, mon œil ! Ces Aielles cherchent Celui qui Vient avec L’Aube !

— En d’autres termes, toi, Rand, crut bon d’ajouter Mat.

— Moi ? C’est absurde. Qu’est-ce qui vous fait croire que… ?

Il se tut, car Erith venait de s’engager dans l’escalier d’une maison couverte de fleurs sauvages qui semblait bâtie à l’écart pour accueillir des invités humains.

Les pièces faisaient vingt bons pas sur vingt et les plafonds culminaient à une hauteur démesurée, mais les Ogiers avaient quand même fait de leur mieux pour fournir le plus de confort possible à des humains. Malgré ça, les meubles restaient trop grands, les chaises trop hautes pour qu’on ait encore les pieds qui touchent le sol, et les tables arrivaient à la taille de Rand – un géant parmi son peuple, et presque un nain chez les Ogiers…

Hurin aurait pu se tenir debout dans la cheminée, qui semblait elle aussi avoir été modelée par l’érosion naturelle et pas par la main d’un tailleur de pierre.

Erith eut un regard interrogateur et un peu inquiet pour Loial, qui eut un geste de la main nonchalant, avant de tirer une chaise dans un coin de la pièce extrêmement difficile à voir depuis la porte.

Dès que la jeune Ogier fut partie, Rand fit signe à ses amis de le rejoindre.

— Comment ça, les Aielles me cherchent ? Pourquoi en serait-il ainsi ? De toute façon, elles m’ont regardé, puis elles sont parties…

— Elles t’ont regardé comme si tu ne t’étais pas lavé depuis un mois, plaisanta Mat, et en te parfumant au bain parasiticide pour mouton, par-dessus le marché. Mais ça peut quand même être toi qu’elles cherchent… Nous avons rencontré un Aiel, figure-toi…

Bouche bée, Rand écouta le récit de l’étrange rencontre au cœur de la Dague… Mat se chargea de l’essentiel de l’histoire, Perrin intervenant pour rétablir la vérité quand il se laissait emporter par son imagination débordante.

Mat insista cependant sur la tension qui avait présidé à tout le dialogue, face à un interlocuteur si dangereux.

— Comme tu es le seul Aiel parmi nos connaissances, conclut-il, il peut très bien s’agir de toi. Selon Ingtar, les Aiels ne vivent jamais hors de leur désert. Du coup, tu es peut-être bien le seul candidat possible.

— Je ne trouve pas ça drôle, Mat ! Combien de fois devrai-je dire que je ne suis pas un Aiel ?

La Chaire d’Amyrlin affirme que tu en es un… Ingtar le pense aussi. Et Tam a dit… Oui, mais la fièvre le faisait délirer…

Les Aes Sedai et Tam – même si la maladie l’excusait amplement – avaient coupé ses racines. Voyant qu’il ne tenait plus debout que par miracle, ils lui en avaient ensuite proposé de nouvelles. Le faux Dragon… L’Aiel… Mais il refusait de revendiquer ces racines-là. Elles lui étaient étrangères.

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