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Coulez mes larmes, dit le policier [Flow My Tears, the Policeman Said - fr]

Электронная книга - «Coulez mes larmes, dit le policier [Flow My Tears, the Policeman Said - fr]». Краткое содержание книги:

Jason Taverner est un homme comblé : toutes les semaines, 30 millions de Fans regardent son show télévisé.
Mais il se réveille un matin dans une chambre d'hôtel sordide pour s'apercevoir que son identité s'est évanouie sans laisser de trace : même sa maîtresse, la belle Heather Hart, ne se souvient plus de lui.
Une situation pour le moins inconfortable, dans un Etat ultra-policier où tout défaut de papiers d'identité suffit à vous faire expédier dans un camp de travail…
Seulement voilà : ce n'est pas un homme comme les autres. Produit d'une expérience secrète, Taverner est un six, un mutant aux nerfs d'acier qui mènera une lutte sans merci, sous les yeux d'un pol sentimental, contre la folie où vient de basculer le monde…
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— Vous m’en voyez navrée.

— Personne ne se souvient de moi. Et je n’ai pas de certificat de naissance. Je ne suis pas né. Jamais. Naturellement, et par la force des choses, je n’ai pas de papiers sauf un jeu de fausses cartes que j’ai acheté à une indicatrice pour la somme de deux mille dollars. Plus mille pour le contact. Je les ai sur moi mais un micro-émetteur y a peut-être été incorporé. Malgré tout, je suis obligé de les avoir en poche. Tu sais pourquoi : même quand on est tout en haut de l’échelle, il faut tenir compte de la société telle qu’elle est. Hier, j’avais trente millions d’admirateurs qui auraient hurlé comme des putois si un pol ou un nat avait seulement fait mine de lever la main sur moi. Aujourd’hui, je suis sous la menace du CTF.

— Qu’est-ce que ça veut dire ?

— Camp de travail forcé. (Il lui jetait les mots à la figure, dans l’espoir de la coincer et de la mettre au pied du mur.) La vicieuse petite salope s’est arrangée pour que je l’emmène dans je ne sais quel minable restaurant rital et là, alors, elle s’est mise à hurler. Des cris d’hystérique. Elle m’a avoué s’être évadée de Morningside. Ça m’a coûté trois cents dollars de mieux et maintenant, va-t’en savoir ! Il est probable qu’elle a lâché les pols et les nats à mes trousses. Si ça se trouve, ils sont en train d’espionner notre conversation, ajouta-t-il en poussant habilement d’un cran l’apitoiement sur soi-même.

— Dieu du ciel ! piailla Heather.

Et elle raccrocha.

Jason n’avait plus de pièces. Aussi dut-il renoncer. Au fond, cette allusion aux écoutes avait été idiote. N’importe qui aurait aussitôt coupé. Je me suis pris dans ma propre toile. Toujours le vieux piège des mots. En plein au milieu. Soigneusement aplati des deux côtés, aussi. Comme un gros anus artificiel.

Il poussa la porte de la cabine et se retrouva sur le trottoir nocturne encombré. Juste ici, songea-t-il avec aigreur, au cœur de Ville-Zone, où fourmillaient les indics de police. Un cadre du tonnerre, comme dans ce spot classique sur les muffins que nous étudiions à l’école, se dit-il.

Ce serait drôle s’il s’agissait de quelqu’un d’autre. Seulement, c’est sur moi que c’est tombé. Parce que la souffrance est réelle, et la mort aussi, et qu’elles rôdent de jour et de nuit dans les coulisses. Prêtes à fondre à tout instant.

Dommage que je n’aie pas pu enregistrer notre conversation au téléphone, sans compter ce que nous nous sommes dit, Kathy et moi. En vidéocassette couleur et tridimensionnelle, cela aurait fait une bonne séquence quelque part en fin d’émission puisque nous sommes parfois un peu courts. Parfois ? Mon œil ! En général, toujours. Pour le restant de mes jours.

Il avait déjà son intro : « Que peut-il arriver à un individu, un honnête citoyen qui n’a jamais eu affaire aux pols, un homme qui, un beau jour, perd ses papiers d’identité et se trouve confronté… » Etc. Ses trente millions de téléspectateurs seraient suspendus à ses lèvres parce que c’était la crainte secrète de chacun d’eux. « Un homme invisible et qui ne serait pourtant que trop visible, enchaînerait-il. Légalement invisible mais illégalement ostensible. Qu’adviendrait-il de cet homme s’il ne pouvait pas remplacer… » Bla-bla-bla. Et tutti quanti. Merde ! Rien de ce qu’il avait dit, rien de ce qui était arrivé ne passerait à l’antenne. Alors, laissons tomber. Un paumé de plus, voilà tout. Beaucoup sont appelés mais peu sont élus. C’est ça, être un pro. C’est ainsi que je règle mes affaires, publiques et privées. Arrête les frais et fais-toi la malle quand il le faut. C’était une autocitation, datant des jours glorieux où sa première émission mondiale avait été relayée par satellite.

Il faut que je trouve un autre faussaire, un qui ne soit pas à la solde des pols et qui me fera un nouveau jeu complet de pièces d’identité. Sans micro-émetteurs. Et, évidemment, j’ai besoin d’une arme.

Il aurait dû y penser quand il s’était réveillé dans cette chambre d’hôtel. Plusieurs années auparavant, lorsque le syndicat Reynolds s’était mis en tête de casser le show, il avait appris à tirer et ne sortait plus sans son pistolet, un Barber’s Hoop portant à trois kilomètres et dont la trajectoire balistique demeurait stable jusqu’aux derniers trois cents mètres.

La « transe mystique de Kathy », sa crise de hurlements. Sur la bande-son, une voix d’homme mûr dirait avec les cris en fond sonore : « C’est cela être psychopathe. Être psychopathe, c’est souffrir au-delà de… » etc., bla-bla-bla. Il aspira une profonde goulée d’air nocturne et froid, frissonna et, les mains dans les poches de son pantalon, se mêla aux passagers à la dérive sur la mer du trottoir.

Pour se retrouver derrière une file de dix personnes attendant devant un barrage de contrôle volant. Un pol en uniforme gris flânochait derrière la queue, veillant à ce que personne ne fasse demi-tour.

— Vous ne passez pas, l’ami ? demanda-t-il à Jason qui, machinalement, faisait mine de s’esquiver.

— Mais si… bien sûr.

— Eh bien, tant mieux, répondit jovialement le policier. Parce qu’on est là depuis huit heures du matin et qu’on n’a pas encore notre quota.

6

Les deux pols malabars qui s’occupaient de l’homme précédant Jason s’exclamèrent à l’unisson :

— Il n’y a pas plus d’une heure qu’elles ont été fabriquées. Ce n’est pas encore sec. Regardez… l’encre bave à la chaleur. Allez !

Ils hochèrent la tête. Quatre autres pols patibulaires empoignèrent le suspect et l’enfournèrent dans un fourgon aéromobile lugubrement peint en noir et gris, les couleurs de la police.

— À vous, lança allègrement l’un des deux malabars à l’adresse de Jason. On va voir de quand datent les vôtres.

— Ça remonte à pas mal d’années.

Taverner tendit au flic son portefeuille contenant ses sept cartes d’identité.

— Tu vas me graphier les signatures, ordonna le gradé à son collègue. Histoire de voir si elles se superposent.

Kathy avait eu raison.

— Ça colle, dit le pol en reposant sa caméra administrative. Elles ne se superposent pas. Mais on dirait que la carte militaire avait un émet que l’on a effacé. Et avec beaucoup d’habileté, si c’est le cas. Il faut une loupe pour s’en apercevoir.

Il mit en place un agrandisseur portatif qu’il alluma. Son éclat blanc révélait les moindres détails des fausses cartes.

— Tu vois ?

— Quand vous avez été démobilisé, demanda le garde à Jason, vous rappelez-vous s’il y avait un point électronique sur cette carte ?

Les deux policiers scrutaient Taverner en attendant sa réponse.

Que dire ?

— Je ne sais pas. Je ne sais même pas ce qu’est un… (« Micro-émetteur » faillit lui échapper, mais il se reprit juste à temps, du moins l’espérait-il.) Ni à quoi ressemble un point électronique.

— C’est un point, mon vieux, l’informa le plus jeune. Vous écoutez, oui ou non ? Est-ce que vous êtes sous drogue ? Regarde ! Sa carte de drogue… Il y a un an qu’elle n’a pas été tamponnée.

— Ça prouve que ses papiers ne sont pas maquillés, intervint l’un des patibulaires. Il faudrait être dingue pour porter faussement une infraction sur une carte d’identité.

— Eh oui, fit Jason.

Le gradé reprit la parole :

— D’ailleurs, ça ne nous regarde pas. (Il rendit ses papiers à Jason.) C’est avec son inspecteur des drogues qu’il aura à s’expliquer. Passez. (Sans ménagements, il poussa Jason à l’aide de sa matraque, tout en tendant la main pour prendre les papiers du suivant.)

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