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Coulez mes larmes, dit le policier [Flow My Tears, the Policeman Said - fr]

Электронная книга - «Coulez mes larmes, dit le policier [Flow My Tears, the Policeman Said - fr]». Краткое содержание книги:

Jason Taverner est un homme comblé : toutes les semaines, 30 millions de Fans regardent son show télévisé.
Mais il se réveille un matin dans une chambre d'hôtel sordide pour s'apercevoir que son identité s'est évanouie sans laisser de trace : même sa maîtresse, la belle Heather Hart, ne se souvient plus de lui.
Une situation pour le moins inconfortable, dans un Etat ultra-policier où tout défaut de papiers d'identité suffit à vous faire expédier dans un camp de travail…
Seulement voilà : ce n'est pas un homme comme les autres. Produit d'une expérience secrète, Taverner est un six, un mutant aux nerfs d'acier qui mènera une lutte sans merci, sous les yeux d'un pol sentimental, contre la folie où vient de basculer le monde…
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— Est-ce que vous réagissez à ma chaleur humaine ? lui demanda-t-elle.

— Oui.

— Vous sentez mon amour qui se projette vers vous, n’est-ce pas ? Écoutez… On l’entend presque. (Elle écouta attentivement.) Mon amour croît et c’est une tendre plante.

Jason fit signe au garçon et lui demanda avec brusquerie :

— Qu’est-ce que vous avez ? Seulement de la bière et du vin ?

— De l’herbe aussi, monsieur. Acapulco Gold, qualité extra. Et du très bon haschich.

— Mais pas d’alcool dur ?

— Non, monsieur.

D’un geste, Jason congédia le garçon.

— Vous le traitez comme un domestique.

— Ouais.

Il exhala un grognement, ferma les yeux et se frotta l’arête du nez. À tant faire, autant aller jusqu’au bout, maintenant. Somme toute, il avait réussi à provoquer son courroux.

— C’est un loufiat miteux et ce restaurant est une boîte miteuse. Partons.

— C’est dont ça, être une célébrité ? laissa tomber Kathy d’une voix amère. Je comprends. (Elle reposa doucement sa fourchette.)

— Qu’est-ce que vous croyez comprendre ? explosa-t-il. (Cette fois, c’en était fini de jouer les conciliateurs. Définitivement. Il se leva et mit son manteau.) Je pars.

— Oh mon Dieu ! murmura Kathy en fermant les yeux. (Sa bouche tordue formait un trou béant.) Oh, mon Dieu ! Non. Qu’avez-vous fait ? Savez-vous ce que vous avez fait ? Comprenez-vous vraiment ? Est-ce que vous vous rendez compte ?

Et subitement, les paupières toujours closes, les poings serrés, elle baissa la tête et se mit à hurler.

Jamais Jason n’avait entendu de tels cris ; il resta paralysé sur place. Ces hurlements, ce visage noué et défait… il en était tout assourdi, hébété. Ce sont des cris de psychotique, se dit-il. Issus de l’inconscient atavique. Du tréfonds de l’entité collective, par-delà la personne.

De le savoir n’arrangeait rien.

Le patron et deux garçons se précipitèrent, leurs menus encore à la main. Bizarrement, Jason enregistrait les détails. C’était comme si tout s’était figé, pétrifié avec ces cris. Les dîneurs levant leurs fourchettes, baissant leurs cuillers, mâchonnant. Tout s’était arrêté et il n’y avait plus que ce bruit affreux, horrible.

Et elle articulait des mots. Des mots orduriers, d’arrière-cour. Des mots brefs, destructeurs, qui injuriaient l’ensemble des clients, y compris Jason. Surtout lui.

Le patron, la moustache frémissante, fit signe aux garçons qui prirent Kathy à bras-le-corps, la soulevèrent par les épaules, puis, avec l’aval du chef, la traînèrent d’un bout à l’autre du restaurant et la déposèrent dans la rue.

Jason régla l’addition et se précipita au-dehors.

Mais le patron l’arrêta devant la porte, la main tendue.

— Trois cents dollars, dit-il.

— Pourquoi ? Pour l’avoir éjectée ?

— Pour ne pas appeler les pols.

La mine sinistre, Jason paya.

Les serveurs avaient allongé Kathy par terre au bord du trottoir. Maintenant, elle était muette. Les yeux cachés derrière sa main, elle oscillait d’avant en arrière en remuant silencieusement les lèvres. Les garçons la surveillaient, essayant manifestement de deviner si elle créerait d’autres scandales. Finalement, leur décision une fois prise, ils réintégrèrent en vitesse l’établissement, abandonnant Jason Taverner et Kathy sous l’enseigne au néon blanche et rouge.

Jason se mit à genoux. Cette fois, quand il posa la main sur l’épaule de Kathy, elle ne se rétracta pas.

— Je suis désolé, dit-il (et il était sincère), d’avoir agi comme une brute.

Je t’ai accusée de bluffer, mais tu ne bluffais pas. D’accord. Tu as gagné. Je capitule. À partir de maintenant, ce sera comme tu voudras. À toi de choisir. Mais vite, pour l’amour du ciel ! Qu’on en finisse le plus rapidement possible.

Son intuition lui soufflait que cela ne tarderait pas.

5

Ensemble, main dans la main, ils déambulèrent dans les rues crépusculaires, passant devant les flaques de couleur dégoulinantes, scintillantes, flamboyantes, projetées par les enseignes lumineuses qui tourbillonnaient, palpitaient et clignotaient à qui mieux mieux. Ce type de quartier ne plaisait pas à Jason ; il en avait vu des millions pareils, disséminés sur toute la planète. C’était ce décor qu’il avait fui dans sa jeunesse, utilisant sa sixité comme moyen de s’en sortir. Et voilà qu’il y était revenu.

Il n’avait rien contre les gens. Ils étaient piégés, les ordinaires, malgré eux, et obligés de rester. Ils n’avaient pas inventé le système. Ils ne l’aimaient pas. Ils le supportaient alors que Jason avait pu s’en arracher. En réalité, il avait mauvaise conscience en voyant ces visages lugubres, ces bouches tombantes au pli amer.

— Oui, dit enfin Kathy, je crois que je suis vraiment en train de tomber amoureuse de vous. Mais c’est votre faute. C’est à cause du puissant champ magnétique que vous irradiez. Saviez-vous que je le vois ?

— Bigre ! fit-il machinalement.

— Il est violet foncé et velouté, poursuivit-elle en lui étreignant la main – et ses doigts avaient une force surprenante. Il est très intense. Et vous, est-ce que vous distinguez mon aura magnétique ?

— Non.

— C’est étonnant. Pourtant, j’aurais cru.

Elle paraissait calme maintenant ; après l’épisode explosif des cris, s’ensuivait une stabilité relative. Presque une structure de personnalité pseudo-épileptoïde, diagnostiqua-t-il. En s’accumulant jour après jour…

Mais Kathy brisa le fil de sa pensée :

— Mon aura à moi est d’un rouge éclatant. La couleur de la passion.

— Je vous en félicite.

Elle fit halte et se retourna pour le scruter, pour déchiffrer son expression. Jason espéra que celle-ci était suffisamment opaque.

— Vous m’en voulez d’avoir perdu mon self-control ? s’enquit-elle.

— Non.

— On dirait que vous êtes en colère. Je suis sûre que vous m’en voulez. Je suppose que seul Jack est capable de comprendre. Et Mickey.

— Mickey Quinn, fit pensivement Jason.

— C’est quelqu’un de remarquable, n’est-ce pas ?

— Absolument.

Il aurait pu lui en dire long sur Quinn, mais c’aurait été inutile. Elle ne voulait pas vraiment savoir. Elle croyait qu’elle comprenait.

Que crois-tu encore, petite fille ? Par exemple, que crois-tu savoir de moi ? Aussi peu que tu en sais sur Mickey Quinn, sur Arlene Howe et sur tous les autres qui, pour toi, n’ont pas d’existence réelle. Songe à ce que je pourrais te dire si tu étais capable de m’écouter un instant. Seulement, tu n’en es pas capable. Ce que tu apprendrais t’effraierait. D’ailleurs, tu sais déjà tout !

— Qu’est-ce que ça fait comme effet d’avoir couché avec tant de gens illustres ?

Kathy s’arrêta pile.

— Vous pensez que j’ai couché avec eux parce qu’ils étaient connus ? Vous me prenez pour une CV, une collectionneuse de vedettes ? Est-ce vraiment l’opinion que vous avez de moi ?

Un vrai papier tue-mouches ! Chaque fois qu’il ouvrait la bouche, elle le coinçait. Impossible de la battre à ce jeu.

— Je pense que vous avez eu une vie intéressante. Que vous êtes une personne intéressante.

— Et importante, ajouta Kathy.

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