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Coulez mes larmes, dit le policier [Flow My Tears, the Policeman Said - fr]

Электронная книга - «Coulez mes larmes, dit le policier [Flow My Tears, the Policeman Said - fr]». Краткое содержание книги:

Jason Taverner est un homme comblé : toutes les semaines, 30 millions de Fans regardent son show télévisé.
Mais il se réveille un matin dans une chambre d'hôtel sordide pour s'apercevoir que son identité s'est évanouie sans laisser de trace : même sa maîtresse, la belle Heather Hart, ne se souvient plus de lui.
Une situation pour le moins inconfortable, dans un Etat ultra-policier où tout défaut de papiers d'identité suffit à vous faire expédier dans un camp de travail…
Seulement voilà : ce n'est pas un homme comme les autres. Produit d'une expérience secrète, Taverner est un six, un mutant aux nerfs d'acier qui mènera une lutte sans merci, sous les yeux d'un pol sentimental, contre la folie où vient de basculer le monde…
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— C’est tout ? demanda Taverner aux malabars.

Il n’arrivait pas à y croire. Demeure impassible, s’exhorta-t-il. Continue ton chemin.

Il s’éloigna.

Kathy sortit du puits d’ombre d’un réverbère hors de service et le frôla. Il se figea à ce contact. L’impression de se transformer soudain en bloc de glace. Et l’onde de froid partait de son cœur.

— Que pensez-vous de moi, maintenant ? lui demanda-t-elle. Du travail que j’ai fait pour vous ?

— Ça a marché, répondit-il laconiquement.

— Bien que vous m’ayez insultée et abandonnée, je ne vous dénoncerai pas. Mais il faut que vous passiez la nuit avec moi comme vous me l’avez promis. Vous comprenez ?

Force était à Jason d’admirer la jeune femme. En s’embusquant à proximité du point de contrôle, elle avait eu de visu la preuve que les documents de sa fabrication avaient abusé les pols. Aussi, d’un seul coup, la situation s’était modifiée. À présent, Jason avait une dette envers elle. Il n’était plus une malheureuse victime.

Elle avait moralement des droits sur lui. D’abord, le bâton : la menace de le livrer aux pols. Ensuite la carotte : les fausses cartes parfaitement imitées. Il était possédé, c’était un fait, et il devait l’admettre. Vis-à-vis d’elle et de lui-même.

— N’importe comment, je vous aurais sorti de leurs pattes. (Elle tendit le bras et désigna du doigt un point précis de sa manche.) J’ai un écusson d’identification de la police. On ne le voit qu’à l’agrandisseur. De toute façon, je ne peux pas me faire rafler par erreur. J’aurais dit…

Il l’interrompit brutalement :

— Pas un mot de plus là-dessus. Je ne veux plus entendre parler de ça. (Il s’écarta d’elle mais elle fondit sur lui avec l’adresse d’un rapace.)

— Vous voulez qu’on retourne à mon petit appartement ?

— Cette chambre miteuse ?

Il songea : à Malibu, j’ai une maison flottante. Huit chambres à coucher, six salles de bains pivotantes et un living quadridimensionnel avec plafond à l’infini. Et je dois passer mon temps comme ça à cause de quelque chose que je ne comprends pas et qui échappe à mon contrôle. À fréquenter des bas quartiers marginaux, des gargotes minables, des ateliers et des studios encore plus minables. Suis-je puni pour quelque chose que j’ignore ou que je ne me rappelle pas ? Mais non, il n’y a pas de justice distributive. Je le sais depuis longtemps. On n’est ni puni pour le mal qu’on a fait, ni récompensé pour le bien qu’on a fait. Au bout du compte, tout s’annule. Je n’ai peut-être rien appris d’autre mais, ça, je l’ai appris.

— Devinez ce que j’achèterai demain en priorité quand je ferai les commissions ? lui demanda Kathy. Des mouches mortes. Savez-vous pourquoi ?

— C’est bourré de protéines.

— Oui, mais ce n’est pas pour cette raison. Je ne les achète pas pour moi mais pour Bill, ma tortue. Toutes les semaines, je lui en prends un sac.

— Je n’ai pas vu de tortue chez vous.

— Elle est dans mon grand appartement. Vous ne pensiez quand même pas vraiment que j’achetais des mouches mortes pour mon usage personnel, n’est-ce pas ?

— De gustibus non disputendum est, cita-t-il.

— Voyons voir… Question goûts, on ne discute pas. C’est ça ?

— C’est ça. Autrement dit, si vous voulez manger des mouches mortes, ne vous gênez pas, mangez-en.

— Bill en mange. Il aime. Ce n’est qu’une petite tortue verte… pas un gros machin. Avez-vous déjà vu comment les tortues gobent les mouches qui flottent sur l’eau ? Ça a beau être petit, c’est terrible. La mouche est là et, une fraction de seconde plus tard, glop ! Elle est dans la tortue. (Kathy éclata de rire.) En train de se faire digérer. Il y a une leçon à tirer de ça.

— Laquelle ? (Il anticipa sa réponse.) Que, quand vous donnez un coup de croc, vous prenez tout ou rien, jamais une partie. C’est bien ça ?

— C’est bien ça.

— Alors, qu’avez-vous attrapé ? Tout ou rien ?

— Je… je ne sais pas. Mais c’est une bonne question. Je n’ai pas Jack. Mais peut-être que je ne veux plus de lui. Il y a si longtemps, maintenant. Je suppose que j’ai encore besoin de lui. Mais j’ai encore davantage besoin de vous.

— Et moi qui croyais que vous pouviez aimer deux hommes à la fois !

— J’ai dit ça ? (Elle médita tout en marchant.) J’entendais par là que c’est l’idéal mais que, dans la vie réelle, on ne peut que se rapprocher de cet idéal. Vous comprenez ? Est-ce que vous suivez ma pensée ?

— Non seulement je la suis, mais je vois où elle mène. Tant que je serai là, vous abandonnerez temporairement Jack et vous retournerez psychologiquement à lui quand je n’y serai plus. C’est ce qui se passe chaque fois ?

— Je ne l’abandonne jamais, répliqua-t-elle sèchement.

Ils n’ouvrirent plus la bouche avant d’atteindre le vieil immeuble dont le toit se hérissait d’une forêt d’antennes de télévisions désaffectées. Kathy farfouilla dans son sac, sortit sa clé, déverrouilla la porte de sa chambre.

Les lampes étaient allumées dans la pièce. Et un homme d’un certain âge, cheveux et costume gris, était assis sur le divan décrépit. Corpulent, mais d’une netteté immaculée. Les joues parfaitement rasées. Pas une égratignure, pas de couperose, pas la moindre dissonance. Impeccable et astiqué. Pas un seul cheveu hors de l’alignement.

— M. McNulty, annonça Kathy d’une voix chevrotante.

L’homme se leva et tendit la main droite à Jason qui, automatiquement, tendit la sienne.

— Non, laissa tomber McNulty. Je ne vous serre pas la main, je veux voir vos papiers. Ceux qu’elle vous a fabriqués. Montrez-les-moi.

Sans un mot – il n’y avait rien à dire –, Jason lui remit son portefeuille.

— Ce n’est pas vous qui les avez fabriqués, dit McNulty après les avoir brièvement examinés. Ou alors vous avez fait de sacrés progrès.

— J’ai quelques-unes de ces cartes depuis des années, fit Jason.

— Tiens donc ! (McNulty lui rendit son portefeuille.) Qui lui a collé le micro-émetteur ? demanda-t-il à Kathy. Vous ? Ou Ed ?

— Ed.

— Voyons un peu. (McNulty toisa Jason comme s’il prenait des mesures pour son cercueil.) Un homme dans la quarantaine, élégant, habillé moderne. Des chaussures de prix… en vrai cuir. N’est-ce pas, monsieur Taverner ?

— C’est de la vache.

— D’après vos papiers, vous êtes musicien. De quel instrument jouez-vous ?

— Je chante.

— Eh bien, chantez-nous quelque chose.

— Allez vous faire foutre !

Jason réussit à contrôler sa respiration. L’expression correspondait au fond de sa pensée. Ni plus ni moins. McNulty se tourna vers Kathy.

— On ne peut pas l’accuser de ne rien avoir dans le ventre. Vous lui avez dit qui je suis ?

— Oui. En partie.

— Vous lui avez parlé de Jack ? Sachez qu’il n’y a pas de Jack, monsieur Taverner. Elle est persuadée du contraire mais ce n’est qu’une illusion psychopathique. Son mari est mort il y a trois ans dans un accident d’aéromobile. Il n’a jamais été dans un camp de travail.

— Jack est toujours vivant ! s’écria Kathy.

— Vous voyez ? Elle s’est admirablement ajustée au monde extérieur, exception faite de cette idée fixe. Elle ne s’en débarrassera jamais. Ça lui est indispensable pour son équilibre. (Il haussa les épaules.) C’est parfaitement inoffensif et ça l’aide à tenir le coup. C’est pourquoi nous n’avons pas cherché à la guérir de cette obsession en recourant à la psychiatrie.

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