Coulez mes larmes, dit le policier [Flow My Tears, the Policeman Said - fr]
- Автор: Дик Филип Кайндред
- Год: 1988
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-277-22451-0
- Переводчик: Michel Deutsch
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Coulez mes larmes, dit le policier [Flow My Tears, the Policeman Said - fr]». Краткое содержание книги:
Mais il se réveille un matin dans une chambre d'hôtel sordide pour s'apercevoir que son identité s'est évanouie sans laisser de trace : même sa maîtresse, la belle Heather Hart, ne se souvient plus de lui.
Une situation pour le moins inconfortable, dans un Etat ultra-policier où tout défaut de papiers d'identité suffit à vous faire expédier dans un camp de travail…
Seulement voilà : ce n'est pas un homme comme les autres. Produit d'une expérience secrète, Taverner est un six, un mutant aux nerfs d'acier qui mènera une lutte sans merci, sous les yeux d'un pol sentimental, contre la folie où vient de basculer le monde…
— Encore ce fan tordu, répondit Heather, qui paraissait calmée. (À moins que ce ne fût de la résignation ?)
— Tu as une fausse dent. Quand tu es avec un de tes amants, tu la fixes à sa place dans ta bouche avec une résine époxyde spéciale que tu achètes chez Harney. Mais, avec moi, tu l’enlèves parfois pour la mettre dans un verre avec de la mousse du Dr Sloom. C’est ton dentifrice préféré. Tu dis toujours qu’il te rappelle l’époque où le Bromo Seltzer était légal, et non pas vendu au marché noir et fabriqué dans un laboratoire clandestin à partir des trois bromures que Bromo Seltzer a cessé d’utiliser depuis…
Heather l’interrompit :
— Où avez-vous péché cette information ?
Ses traits étaient crispés, sa voix sèche et directe. Et ce ton, Jason le reconnaissait. C’était celui qu’Heather employait avec les gens qu’elle détestait.
— Ne prends pas ce ton avec moi ! s’exclama-t-il avec colère. Ta fausse dent est une molaire. Tu l’appelles Andy. Vrai ou faux ?
— Un fan tordu qui sait tout ça ! Seigneur ! Mon cauchemar le plus atroce se réalise ! Quel est le nom de votre club ? Combien a-t-il d’adhérents ? D’où venez-vous ? Et comment fichtre vous êtes-vous procuré ces détails personnels touchant à ma vie privée que vous n’avez pas le droit de connaître, pour commencer ? Je veux dire que ce que vous faites est illégal. C’est une atteinte à la liberté individuelle. Si vous m’appelez encore, je vous lance les pols aux trousses.
Elle tendit la main pour raccrocher.
— Je suis un six, dit Jason.
— Un quoi ? Un six quoi ? Vous avez six jambes ? C’est ça ? Ou, plus vraisemblablement, six têtes ?
— Tu es une six, toi aussi. C’est cela qui nous lie depuis tout ce temps.
— Je vais mourir ! s’écria Heather, livide. (Même à la lueur diffuse du plafonnier de l’aéromobile, Jason remarquait qu’elle avait blêmi.) Combien vous faut-il pour me laisser en paix ? J’ai toujours su qu’un jour un fan tordu finirait par…
— Arrête de me traiter de fan tordu ! hurla Jason, prêt à mordre.
Cela le rendait fou furieux. L’expression évoluait en lui quelque chose de définitif, peut-être un oiseau cloué à terre.
— Que voulez-vous ? s’enquit Heather.
— Te voir chez Altrocci.
— Parce que vous êtes au courant de ça aussi ? Le seul endroit où je puisse aller sans être souillée par des tarés qui veulent me faire signer des menus qui ne leur appartiennent même pas. (Elle soupira avec peine.) Eh bien, c’est fini. Je ne vous verrai ni chez Altrocci ni ailleurs. Disparaissez de ma vie ou vous aurez affaire à mes pols privés et…
— Tu n’as qu’un seul pol privé, coupa Jason. Il a soixante-deux ans et il s’appelle Fred. Il a commencé sa carrière comme tireur d’élite dans la Milice du comté d’Orange. Connu pour avoir descendu les trublions étudiants de l’Université Fullerton, État de Californie. Il se défendait bien en ce temps-là, mais, aujourd’hui, on n’a plus rien à craindre de lui.
— Vraiment ?
— Tiens, je vais te dire quelque chose et tu essayeras d’expliquer comment je le sais. Te rappelles-tu Constance Ellar ?
— Oui, cette starlette insignifiante qui ressemblait à une Barbie Doll, sauf qu’elle avait la tête trop petite et qu’elle était si soufflée qu’on aurait dit qu’on l’avait gonflée avec une cartouche de gaz carbonique ? (Elle fit la moue.) Une vraie gourde.
— Oui. Une vraie gourde. C’est le mot exact. Tu te rappelles ce que nous lui avons fait à mon émission ? Sa première apparition planétaire, parce que j’avais été obligé de la prendre comme bouche-trou. Tu te rappelles ce qu’on lui a fait, toi et moi ?
Silence. Il continua :
— Pour nous faire une fleur, parce qu’on l’acceptait dans le show, son agent a été d’accord pour qu’elle fasse une pub pour un petit annonceur. Comme on était curieux de savoir de quoi il s’agissait, on a ouvert le paquet avant qu’elle n’arrive. C’était une crème pour s’épiler les poils des jambes. Bon Dieu, Heather, tu dois sûrement…
— J’écoute.
— Alors, on a substitué au tube de crème une bombe déodorante d’hygiène intime sans toucher au conducteur qui disait simplement : « Démonstration du produit, l’utilisatrice exprimant sa satisfaction », et puis on s’est esquivé en attendant la suite.
— Vraiment ?
— Miss Ellar a fini par se montrer. Elle est entrée dans sa loge, a ouvert le sac et… quand j’y repense, je ne peux pas m’empêcher de me marrer. Elle est venue me voir, sérieuse comme un pape, et m’a dit : « Monsieur Taverner, je suis désolée de vous ennuyer avec cela mais, pour effectuer cette démonstration, je vais être forcée d’ôter ma jupe et ma culotte. Devant la caméra. – Et alors ? ai-je fait. Quel est le problème ? – J’aurais besoin d’une petite table pour poser mes vêtements, m’a-t-elle répondu. Je ne peux pas les laisser tomber par terre. Ça ne ferait pas bien. Je veux dire, je vais me pulvériser ce truc dans le vagin devant soixante millions de téléspectateurs, et quand on fait ça, on ne peut pas flanquer ses vêtements par terre ; ce n’est pas élégant. » Et elle l’aurait vraiment fait à l’antenne, si Al Bliss n’avait pas…
— Cette anecdote est de très mauvais goût.
— Tu as quand même rigolé comme une bossue. Cette gourde dont c’était la première apparition sérieuse sur les écrans était prête à y aller. « Démonstration du produit, l’utilisatrice manifestant sa satisf… »
Heather raccrocha.
Comment lui faire comprendre ? se demanda-t-il en grinçant des dents si farouchement qu’il faillit faire sauter un de ses plombages en argent. Il avait horreur de cette sensation : mordre un bout de plombage. Détruire son corps, inutilement… Ne voit-elle donc pas que, si je sais tout d’elle, ça a une signification importante ? Qui pourrait en savoir autant ? Seulement quelqu’un qui a été physiquement très intime avec elle pendant un certain temps. C’était l’évidence. Il ne pouvait pas y avoir d’autre explication. Et pourtant, elle avait dressé des défenses qu’il ne parvenait pas à forcer. Alors que ça lui sautait aux yeux. Ses yeux de six.
Derechef, il enfonça une autre pièce et recomposa le numéro.
— C’est encore moi, dit-il, quand, enfin, Heather eut décroché son téléphone portatif. Encore un détail que je connais : tu es incapable de ne pas répondre à une sonnerie de téléphone. C’est pour cela que tu as dix numéros privés, chacun correspondant à un besoin bien précis.
— J’en ai trois. Ce qui prouve que vous ne savez pas tout.
— Je voulais seulement dire…
— Combien voulez-vous ?
— J’en ai ma claque pour aujourd’hui, dit-il avec sincérité. Il n’est pas question que tu m’achètes parce que ce n’est pas ça qui m’intéresse. Je veux… Écoute-moi, Heather… Je veux savoir pourquoi personne ne me connaît. Toi, en particulier. Et puisque tu es une six, tu devrais être capable de m’expliquer. Te souviens-tu de moi ? Regarde l’écran. Regarde !
Elle le fixait, un sourcil en accent circonflexe.
— Vous êtes jeune mais pas trop. Vous êtes séduisant. Votre voix est autoritaire, et vous n’avez aucun scrupule à me faire tourner en bourrique. Vous ressemblez exactement à un fan tordu, vous parlez, vous agissez en conséquence. OK. Satisfait ?
— Je suis dans un sale pétrin.
Il était parfaitement irrationnel de lui faire cet aveu puisqu’elle n’avait pas le moindre souvenir de lui. Mais, au fil des années, il avait pris l’habitude de lui confier ses ennuis – et de prêter une oreille attentive aux siens – et l’habitude n’était pas morte, elle ne tenait aucun compte de la réalité présente, elle fonctionnait sur l’élan acquis.