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Coulez mes larmes, dit le policier [Flow My Tears, the Policeman Said - fr]

Электронная книга - «Coulez mes larmes, dit le policier [Flow My Tears, the Policeman Said - fr]». Краткое содержание книги:

Jason Taverner est un homme comblé : toutes les semaines, 30 millions de Fans regardent son show télévisé.
Mais il se réveille un matin dans une chambre d'hôtel sordide pour s'apercevoir que son identité s'est évanouie sans laisser de trace : même sa maîtresse, la belle Heather Hart, ne se souvient plus de lui.
Une situation pour le moins inconfortable, dans un Etat ultra-policier où tout défaut de papiers d'identité suffit à vous faire expédier dans un camp de travail…
Seulement voilà : ce n'est pas un homme comme les autres. Produit d'une expérience secrète, Taverner est un six, un mutant aux nerfs d'acier qui mènera une lutte sans merci, sous les yeux d'un pol sentimental, contre la folie où vient de basculer le monde…
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— Oui. Importante également. Par certains aspects, vous êtes la personne la plus importante que j’aie jamais rencontrée. C’est passionnant !

— C’est vrai ?

— Oui, répondit-il avec énergie.

D’ailleurs, en un sens et de façon plus ou moins confuse, c’était effectivement vrai. Personne, pas même Heather, n’avait jamais réussi à l’embobiner aussi parfaitement. Ce qu’il découvrait lui était intolérable et, pourtant, il lui était impossible de retirer son épingle du jeu. Comme si, assis aux commandes de son aéromobile spécial et unique, il se trouvait en face d’un feu simultanément rouge, vert et orange. Aucune réaction raisonnable n’était possible. À cause de l’irrationalité de Kathy. Terrible puissance de l’illogisme, des archétypes émergeant des sinistres profondeurs de l’inconscient collectif qui les soudait l’un à l’autre, ainsi que tous les autres. Un nœud qui ne pourrait être défait tant qu’ils vivraient.

Pas étonnant s’il y a des gens – et même beaucoup – qui souhaitent la mort.

— Vous voulez voir un cosmostern ?

— Pourquoi pas ?

— Ils en donnent un bon au ciné douze. Ça se passe sur une planète du système de Bételgeuse qui ressemble beaucoup à la planète de Tarberg… dans le système de Proxima, vous savez. Seulement, elle est habitée par les mignons d’une entité invisible…

— Je l’ai vu.

En fait, l’année précédente, Jeff Pomeroy, qui tenait le rôle du capitaine, avait été l’invité de son show. On avait même passé une courte séquence : l’habituelle bande-annonce, une visite des studios de Pomeroy. Jason n’avait pas apprécié et il n’apprécierait sans doute pas davantage aujourd’hui. En plus, il détestait Jeff Pomeroy, à la ville aussi bien qu’à l’écran.

— Et ce n’était vraiment pas bon ? lui demanda Kathy avec confiance.

— En ce qui me concerne, répondit-il, je considère que Jeff Pomeroy est une vraie plaie. Lui et ses semblables. Ses imitateurs.

— Il a fait un stage à Morningside. Je n’ai pas eu l’occasion de le connaître, mais il y était.

— Je veux bien le croire.

Et il le croyait à moitié.

— Savez-vous ce qu’il m’a dit un jour ?

— Le connaissant, je parie qu’il…

— Il a dit que j’étais la personne la plus docile qu’il ait jamais rencontrée. Intéressant, n’est-ce pas ? Pourtant, il m’avait vue lors d’une de mes transes mystiques – vous savez, quand je me couche par terre et que je crie –, n’empêche qu’il a dit ça. Je trouve que c’est une personne très intuitive. Vraiment. Pas vous ?

— Si.

— Alors on retourne dans ma chambre pour baiser comme des lapins ? plaida Kathy.

Jason grogna de stupéfaction. Avait-elle vraiment dit cela ? Il se retourna pour essayer de déchiffrer son expression, mais ils se trouvaient pour le moment dans une zone obscure entre deux enseignes. Bon Dieu ! il faut absolument que je me tire de là ! Que je trouve un moyen de regagner mon univers !

— Ma franchise vous choque ?

— Non, répondit-il avec tristesse. La franchise ne me choque jamais. Quand on est une célébrité, on doit être capable de l’accepter. (Surtout celle-là, songea-t-il.) Toutes les formes de franchise. La vôtre plus que toute autre.

— Quelle est ma forme de franchise ?

— C’est la franchise franche.

— Alors, vous me comprenez.

— Oui. Absolument.

— Et vous ne me regardez pas de haut ? Comme quelqu’un de rien du tout qui mériterait d’être mort ?

— Non, vous êtes quelqu’un de très important. Et de très honnête, aussi. Une des personnes les plus honnêtes et les plus directes qu’il m’a été donné de rencontrer dans mon existence. Je vous le dis comme je le pense. Je vous le jure devant Dieu.

Elle lui tapota amicalement le bras.

— Ne vous emballez pas comme ça. Laissez venir les choses naturellement.

— Ça vient tout naturellement, je vous le garantis.

— Tant mieux.

Son ton était joyeux. De toute évidence, il lui avait mis du baume au cœur. Elle était sûre de lui. Et c’était de cela que dépendait la vie de Jason. Mais était-ce bien vrai ? Ne capitulait-il pas devant son raisonnement pathologique ? Pour le moment, il ne le savait vraiment pas.

— Écoutez, dit-il, hésitant. Je vais vous dire quelque chose et je veux que vous m’écoutiez attentivement. Votre place est dans un cabanon pour fous criminels.

Le manque de réaction de Kathy fut effrayant, terrifiant. Elle ne dit rien.

— Et je veux mettre le maximum de distance entre vous et moi, ajouta-t-il.

D’une secousse, il libéra sa main de la sienne, fit demi-tour et s’éloigna dans la direction opposée. Ignorant Kathy, il se perdit dans la foule des ordinaires qui piétinaient sur le triste trottoir éclaboussé de néon de ce quartier miteux.

Il songea : je me suis débarrassé d’elle et, ce faisant, j’ai probablement signé mon arrêt de mort.

Que faire, maintenant ? (Il s’immobilisa et regarda tout autour de lui.) Est-ce que je trimbale un microémetteur sur moi comme elle le prétend ? Est-ce que je me trahis à chaque pas que je fais ? Gai Gaétan m’a conseillé de me mettre en quête d’Heather Hart. Et tout le monde sait au pays de la télé que Gai Gaétan ne se trompe jamais.

Mais vivrai-je assez longtemps pour joindre Heather Hart ? Et si je ne la joins pas, si j’ai un mouchard sur moi, n’entraînerai-je pas simplement sa mort ? Telle une épidémie aveugle. Et si Al Bliss ne me connaît pas, si Bill Wolfer ne me connaît pas, pourquoi Heather me connaîtrait-elle ? Mais Heather est une six. Comme moi. La seule avec moi. Cela fera peut-être la différence. S’il y a une différence.

Avisant une cabine publique, il s’y engouffra, ferma la porte pour ne pas être gêné par le vacarme de la circulation et glissa un quinque d’or dans la fente.

Heather Hart avait plusieurs numéros secrets. Certains pour ses affaires, d’autres pour des amis personnels et un pour… autant le dire carrément, pour ses amants. Naturellement, Jason connaissait ce fameux numéro, étant donné ce qu’il avait été pour Heather, et était encore, espérait-il.

L’écran s’éclaira. D’après le flou de l’image, il conclut qu’Heather prenait la communication sur le vidéophone de son mobile.

— Salut, dit-il.

— Oui diable êtes-vous ? demanda Heather en mettant sa main en visière pour mieux le voir.

Ses yeux verts scintillaient, ses cheveux roux flamboyaient.

— Jason.

— Je ne connais pas de Jason. Comment avez-vous eu ce numéro ? (Le ton était angoissé mais rude en même temps.) Débarrassez ma ligne ! (Elle faisait les gros yeux sur l’écran.) Qui vous a donné ce numéro ? Je veux son nom.

— C’est toi qui me l’as donné, il y a six mois quand il t’a été affecté. La plus privée de tes lignes privées. C’est bien comme cela que tu l’appelais ?

— Qui vous a raconté cela ?

— Toi. Nous étions à Madrid. Toi pour des repérages d’extérieurs, moi en congé pour six jours. J’habitais à huit cents mètres de ton hôtel. Tu venais me retrouver dans ta Rolls aéromobile tous les jours, à trois heures de l’après-midi. Vrai ou faux ?

— Vous êtes un journaliste ? demanda Heather d’une voix qui chevrotait.

— Non. Je suis ton chevalier servant numéro un.

— Mon quoi ?

— Ton amant.

— Vous êtes un fan ? Vous êtes un fan ! Un de ces fichus fans tordus. Si vous ne raccrochez pas, je vous tue.

Le son et l’image moururent ; Heather avait coupé.

Jason mit un autre quinque dans la fente et refit le numéro.

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